Mon village entre les deux guerres

On lira ici avec un grand intérêt et une certaine émotion, je crois, les souvenirs d’un habitant d’un village du Languedoc (Peyriac-Minervois), aujourd’hui âgé de plus de quatre-vingt dix ans, qui se souvient et nous dit à quoi y ressemblait la vie aux alentours de 1930. Son récit commence comme une énumération des métiers et des occupations des uns et des autres puis, peu à peu, la liste devient récit de mille petites choses, presque insignifiantes et pourtant si parlantes. Plusieurs choses sont frappantes. D’abord l’extrême dureté des conditions matérielles d’existence. Il n’y a aucun confort, la nourriture est pauvre. Le travail très pénible, surtout quand, de surcroît, il faut faire une cinquantaine de kilomètres chaque jour sur des vélos incertains et sans dérailleur pour y aller et en revenir. Mais, pour l’essentiel, le village vit en quasi-autarcie. Il forme une sorte de microcosme presque autosuffisant, comme en atteste l’incroyable quantité et diversité des métiers repérés par l’auteur de ce récit qui a souhaité rester anonyme. Une profusion et une variété qui laissent songeurs à notre époque ravagée par un chômage endémique et l’indifférenciation ou l’insignifiance relative des emplois, qu’ils soient précaires ou stables. Dans cet univers rural des années 1930, au contraire, chacun a un métier et une position spécifiques, aussi modestes soient-ils. Or, si Peyriac est un chef-lieu de canton – quand même ! –, il comptait à l’époque bien moins de mille habitants (et guère plus aujourd’hui). Imagine-t-on aujourd’hui neuf épiceries, deux boucheries, trois boulangeries, quatre laitiers etc. pour si peu de gens ?
Mais le plus saisissant, dans ce document, c’est la mémoire du narrateur. Doublement saisissante, en fait. D’abord pour l’exploit mnésique lui-même. À son âge ! Mais ce n’est pas, si l’on y réfléchit, le plus extraordinaire (encore que…). Non, le plus étonnant est de constater – puisque l’on s’en souvient encore à ce point – à quel point chacun comptait, était vivant et visible aux yeux de tous. Incarnait un être-au-monde spécifique et donc précieux. On voit là, en somme, rétrospectivement, un univers de socialité primaire extraordinairement dense et cohérent. Et mille choses encore, que je laisse au lecteur le soin de découvrir, s’il est un tant soit peu curieux du monde d’hier. A.C.

Le texte transformé a été copié dans le presse-papier : il ne vous reste plus Ceci n’est pas une conférence mais tout simplement un récit...

La Commune de Peyriac, telle que je l’ai vécue entre les deux guerres, vivait en autarcie.

Comme commerces, il y avait :

9 épiciers
(alimentation générale) :
Valette Eléonore, magasin situé à la jonction de la rue de la ville et du quai du bourguet,
Rouire Xavier, magasin près de la maison de Delagnes (place du bourguet),
La Ruche du Midi dans la rue de la ville, sur la façade il y a encore l’enseigne,
Les Docks méridionnaux, rue de la ville, façade défoncée enseigne encore visible,
GILS Angèle rue de la ville, à l’angle de la rue Pouytes,
SEMAT simplement café, huile et savon en face les Docks Méridionaux où s’installera plus tard la coiffeuse Rosette Betord.
Assis sur une chaise, devant sa porte, il torréfiait lui même son café. Son fourneau était alimenté par du charbon de bois, au dessus de celui-ci se trouvait d’abord une boule creuse mobile qui contenait le café vert et que celui-ci manœuvré avec une manivelle (rotation inversée) et ensuite un tronc de cône (comme un entonnoir renversé) qui servait à évacuer la fumée L café en se grillant doucement embaumait le quartier.
Etablissement ESTADAS à succursales multiples se trouvait rue de la ville jouxtant le salon de coiffure Amédée.
ALBERT Lucie située sur la place de la Mairie où habitait Claude Albert avant son déménagement.
BALESTE mère de Léon Baleste sur la route où habitaient Mlle Durand et ensuite Henri Latorre.

Volailler ESPALLAC François,
C’est son épouse qui s’occupait de la vente, elle faisait beaucoup de découpes, le magasin se trouvait où habitait SARRATO Charles en entrant dans la maison à gauche.

2 Bouchers
BOSC François magasin de vente situé dans la rue de la ville formant l’angle avec la rue de l’ancienne poste, son abattoir était situé près de la maison verdier à l’angle de la rue Teisseyre et du 27e d’infanterie, par la suite il a été négociant en cochons avec aussi une bergerie en haut à gauche de la rue Teisseyre face à Lignières.
VIDAL Pierre magasin situé sur la place de la Mairie entre la route de Trausse et la rue qui va à la fontaine fraîche à gauche de la maison en entrant. Son abattoir, rue de la grande fontaine.
Il possédait rue des Mauves (après Laquet) une bergerie avec un certain nombre de moutons.
MARTY René tout d’abord installé à Trausse, par la suite il a pris la succession de François BOSC. Il été situé dans la rue de la ville à coté de l’ancienne pharmacie, la devanture de son magasin est resté en l’état. Son abattoir, en bordure du ruisseau des mauves dans la rue qui va à la grande fontaine, et actuellement propriété de Guy JEAN.
MICOULEAU Alfred successeur de VIDAL son magasin toujours visible à l’emplacement de la boucherie abandonnée (campaci…) Son abattoir à l’angle de la route de Trausse et du quai du bourguet (maison prévue à la démolition).

Boissons gazeuses
CASSIGNOL Paul rue de la Grande fontaine : fabrication de limonades, sodas et siphons.
Actuellement logement occupé par sa petite fille Annie JEAN.

3 Boulangeries
DHOMPS Charles rue de la ville face à Angèle GILS, il chauffait son four avec des bouffanelles et il vérifiait la température de celui-ci en présentant le dos de sa main par le portillon. Il retirait alors les cendres et enfournait la pâte qu’il venait de pétrir avec un pétrin électrique. Plus tard, il utilisa un brûleur à mazout pour remplacer les bouffanelles.
JEAMMES Jean, situé en descendant la place, où loge encore actuellement sa famille. Même façon de faire que le boulanger DHOMPS.
ESTRABEAU Pierre installé dans la rue de la ville où loge actuellement Cortès, pas de comparaison avec les autres. Il pétrissait la pâte avec un pétrin moteur à essence, et quand ce dernier tombait en panne (ce qui arrivait fréquemment) il pétrissait à la main. Ce pétrin se trouvait dans un petit local appelé « gloriette ». Le pain se vendait tout ou presque à kilo, et certains clients le payaient à crédit. Comment se contrôlait cette vente… deux lattes de bois, longueur 0.40 largeur 3 ou 4cm, épaisseur 1cm. On mettait ces « tailles » comme on les appelait, bien juxtaposées. Un pain, une entaille, et à la fin du mois on réajustait ces lattes, et si tout coïncidait le paiement avait lieu.
Quel en était son prix et comparaison d’époques. En 1920, ce qui n’est pas si vieux que cela, vu que j’étais né et que j’avais deux ans. Le kilo de pain valait 1 franc 13 (bien sûr en ancien franc), converti plus tard en nouveau franc et puis en euro. Ce qui donnerait aujourd’hui avec la même valeur 575kgs de pain.
Toutes les maisons, pour cuisiner et se chauffer avaient une cheminée à ciel ouvert et aliment épar du bois en bûches. Pour les fêtes et grandes occasions, quand on avait une volaille ou un gros poisson, comment le faire cuire ? Tout simplement en le portant au boulanger. Une fois que son pain était cuit, le boulanger enfournait les plats que les gens de Peyriac lui confiaient et cela gratuitement. Le seul dilemme du boulanger, ne pas se tromper en restituant les plats à ses clients. Il faisait cuire également des pommes de terre sous la cendre. Lorsque certains charcutaient un cochon, ils lui apportaient des fritons finement hachés et additionnés de jus de citron et sucre afin que celui-ci leur fasse des gâteaux en ajoutant de la pâte à pain. Ce gâteau s’appelait une « vitre ».
Suprême gourmandise du temps de Mr Estrabeau, les gosses lui amenaient une pomme(souvent de qualité blanc d’Espagne) légèrement sucrée afin que celui-ci la recouvre de pâte à pain et la leur fasse cuire. Que diraient les enfants d’aujourd’hui si on leur offrait ce dessert ?

4 Laitiers
PRAX Augustin
L’étable était située dans la rue des caves près de l’embranchement avec la rue Pouytes. Le lait se vendait près de l’étable dans la cave, plus tard l’étable a été transféré au moulin et le lait se vendait alors dans un magasin face à l’ancienne étable.
DE VIVIES
Son étable, rue des caves où se trouve une salle aménagée pour le 3°âge. La vente du lait était au premier étage de la maison de maître et était vendu par Mme de Vivies.
LAPEYRE Auguste
Etable dans la rue Pouytes entre le carrefour de la rue des caves et la maison de Fargues. Le lait était vendu au rez de chaussée près de l’étable ou bien de porte à porte.
GUIRAUD Armande
Elle vendait le lait qui lui était livré par un éleveur du TARN à domicile en parcourant les rues du village. Toujours très alerte, avec son bidon émaillé où étaient accrochés les gobelets de mesure.

Hôtels & cafés
RICHARDIS Louis
Hôtel très fréquenté à l’époque par les voyageurs de commerce ; les clients du café étaient les personnes assez âgées et sans ou peu d’activité.
LAUTHIER
J’ai connu M.M LAUTHIER mais ils avaient cessé leur profession. Ce café a été repris par la maison ANEL et par la suite PEROUSE.
CAFE LALAQUE
Exploité par M.LALAQUE André, continué par la suite par son fils Henri et surtout par son épouse Elina. Continué par sa fille épouse Henri LATORRE, il était appelé le Bon Coin, toujours en activité mais sous une autre appellation

Négogiants en vin
NEGOCE DE GROS
LAUCAGNE Georges
Chai situé sur la RD 11 où est actuellement un garage
GILS Georges : fin du Bourguet sur la rue qui va au moulin, maison habitée par sa petite fille épouse Constant.
COURTIER
COMBES Antonin : son travail, faire des offres d’achat de vin aux vignerons pour des négociants, entre autre LAUCAGNE
NEGOCE DEMI-GROS
Clientèle bourgeoise par petite futaille livrée à domicile par la Gare en France entière.
PUJOL- JEAN JEAN CANAVY-BORDES-Jean MIGNARD
Les vignerons faisaient tous le vin chez eux jusqu’à la construction de la Cave Coopérative. Il y avait les vignerons importants qui avaient tous une cave plus ou moins aménagée. Mais ceux qui avaient très peu de vignes, avaient un foudre ou des demi-muids défoncés, installés dans une pièce abandonnée.
Laisser les raisins fermenter, et dans quelles conditions, soutirer, enlever le marc pour pressurer, le résultat ?
Il y avait un pressoir ambulant. Je me souviens bien que METGE Séverin, le père d’Emile, avec un cheval, amenait le pressoir devant chaque maison, l’installait au milieu de la rue. Le marc pressuré s’écoulait dans une comporte et avec de grosses casseroles on le rentrait dans la cave.
Au début le marc était porté à la distillerie de RIEUX, avant la construction de celle de PEYRIAC.
Le pressurage terminé, imaginez l’état de la rue non goudronnée !!!
La cave a été construite, je ne me rappelle pas la date, mais j’étais à l’école et si mes souvenirs sont bons, par l’entreprise AZARIO de LEZIGNAN ;
La cave coopérative avait beaucoup de mal à démarrer, une très grande méfiance des viticulteurs. Ils voulaient être seuls maîtres à faire du vin et à le vendre.
Il y avait un écueil.
Pour démarrer cette construction, il fallait au départ qu’une certaine quantité de vin soit officiellement inscrite.
Le président était M.CAFFORT, le Maire.
Pour y arriver, de nombreuses personnes qui ne pouvaient pas faire le vin chez elles.
Pour arriver à la capacité voulue, très difficilement, avaient pris des parts de cave plus que leur quantité de raisins vendangés. Il y avait deux qualités d’adhérents, les totaux et les partiels, ce qui n’était pas toujours l’idéal, certains plus combinards apportaient la vendange médiocre à la cave et vinifiaient chez eux les bons raisins.
Petit à petit la confiance s’installe et la cave récupère de très nombreux nouveaux adhérents.

La buvette
Deux fois par mois, avec une brouette, ils allaient à la cave avec un petit fût et cela dure assez longtemps.
Par la suite, on arrivait avec des mobylettes et une petite remorque avec une bonbonne et d’autres venaient à pied mais avec la petite remorque, et cela a été revu avec une camionnette et des emballages plastiques, toujours les mêmes et cela dure encore aujourd’hui où en plus on prend des bouteilles ce qui ne se faisait pas à l’époque.

Tartres et lies
Maison CAYROL, son fils Léon et par la suite SARRATO Pierre et MAURIES Léonce.

LES COMMERCES NON ALIMENTAIRES

Lingerie
FOUQUET : rue de la ville face au salon de coiffure d’Amédée. Il vendait de l’étoffe en coupon, il était aidé de sa mère car si je me rappelle, il était célibataire ou veuf, je ne sais pas.
J’ai bien connu une femme décédée depuis longtemps qui, quand un coupon lui plaisait, elle achetait tout le coupon pour ne pas qu’une autre femme porte le même vêtement
LAPEYRE : près de la grande fontaine, il faisait principalement les marchés ; on l’appelait « lou peillarot » ce qui signifie « le chiffonnier »
AMIEL Louise, bisaïeule de Martial RICHELME. Etoffes vendues au magasin où réside encore son petit fils, elle faisait également les marchés et foires.
Il y avait aussi un voyageur de commerce d’ALBI qui représentait la maison CHATARD.
Chaque année, il visitait ses clients, proposait des draps de lit, des serviettes, en un mot linge de table (ou de maison).Comme il avait de nombreuses valises, il louait une femme qui les lui transportait de maison en maison avec une brouette, un but ou plutôt un plaisir.
Il était certain qu’à chaque visite on achetait des draps pour le trousseau destiné au mariage des enfants. Il y avait dans chaque armoire des piles de draps entassés depuis plusieurs années, souvent jaunis par la fumée de la cheminée, draps que personne ne veut aujourd’hui, étant trop rudes.

PAILLES ET FOURRAGES, GRAINES

BEZES Lezin
Continué par la suite par son fils et petit fils, mais magasin très achalandé
MAUREL Emile où habite actuellement D… LOUBET
SEARD René où habite sa fille Simone

Comment se pratiquaient ses voyages de fourrage :
En vrac sur charrette, maintenu par des câbles.
Certains partaient seuls avec deux charrettes, un cheval par charrette, la circulation sur les routes était quasiment nulle.
Au pont du Trapel, au bas de la cote qui arrive à VILLALIER, charrettes immobilisées et bloquées. On dételait le cheval d’une charrette, on l’attelait en double avec celle qui avait gardé le cheval, donc cette charrette avait deux chevaux. On arrivait à VILLALIER, on dételait les deux chevaux, on redescendait au pont du Trapel, on re-attelait les deux chevaux à la charrette qui était en attente et on arrivait à VILLALIER.
Mais il y avait un piège à éviter, il fallait à tout prix que la charrette ne s’engage pas dans les rails du tramway car on ne pouvait pas repartir, ou très difficilement.
Le bandage acier des roues des chariots ripaient au contact des rails. Et rebelote à la côte après le pont de la Clamoux, mais plus courte et sans les rails.

BATIMENT

GUILLARD, où habite actuellement André MIGNARD, marié à Mme LALAQUE qui a été institutrice à RIEUX
GILS Charles, ses petits enfants toujours en activité
ARRUFAT Pierre et son fils ARRUFAT Paul
VIDAL Louis
Les ouvriers travaillaient tous manuellement. Prenons exemple sur la maison qui était de M CHAMBEL où loge actuellement Joseph MIGNARD, bâtie par Pierre ARRUFAT.

Comment faisait on pour monter les pierres à cette hauteur ?
Une échelle fixe sur l’échafaudage.
Le premier ouvrier avec le pied sur un barreau, la pliure du genou sur l’échelon au dessus, et ainsi de suite jusqu’à l’échafaudage.
On remettait au premier ouvrier une pierre, il l’élevait au dessus de lui et la donnait au second, qui faisait pareil. Cela s’appelait « la guillaoumado ».
Que de travail et de temps pour arriver au sommet, les tuiles et le mortier étaient montés par une poulie.
Les échafaudages étaient assez sommaires, des fitates, c’étaient des troncs d’arbre très haut et très fins au sommet ; dans le mur on enfonçait des barres de fer de 30, on attachait aux fitates par une petite corde appelée « faïsset » des plateaux de bois de 5 cm d’épaisseur qui faisaient la plate forme.

Comment se déplaçaient les ouvriers travaillant hors du village ?
QUELQUES EXEMPLES
Avant de se rendre compte qu’il était plus bénéfique de vendre des matériaux de construction plutôt que de les utiliser, Henri LIGNIERES était entrepreneur en bâtiment
Mon père a fait son apprentissage chez lui et il a continué après sa démobilisation jusqu’en 1924 où il est devenu artisan. Avant la guerre 14-18 il travaillait pour l’entreprise LIGNIERES, un chantier à LAREDORTE
10 heures de travail par jour, trajet non compris, tous travaux manuels et la journée de 10 heures finie, revenir à PEYRIAC en vélo, vélo très lourd sans dérailleur, mauvais état des routes.
Mais il y avait pire.
Vous connaissez peut être le pont de Minerve. Le pont est construit en pierres, style roman. Le coffrage a été exécuté par 4 charpentiers dont vous connaissez les descendants : CIOPPANNY Paul, le grand père de Louis CIOPPANI et Francis et grand oncle de Martial RICHELME, ARTOZOUL Louis grand père de Charles DREUILLE, SAVOIE de Caunes, frère de madame LAPEYRE Louis tonnelier, FABRE Edmond père de madame DELAUR.
Ils partaient tous les matins en vélo PEYRIAC-MINERVE [à peu près 50 km aller-retour. Ndlr] en prenant le repas de midi et rentraient le soir même, et cela a duré combien de temps, et par quel temps et pour quel salaire ???
A noter que sur ce chantier tout était manuel, pas de grue, pas de scie électrique. Il a fallu échafauder toutes les poutres sur la terre ferme et les amener sur les appuis. C’était des poutres énormes car pendant le travail de maçonnerie tant que la pierre de voûte ne clavetait pas le tout, ce coffrage supportait des poids considérables.

LES TRAVAUX PUBLICS

CERVELLO Edouard, carrière de pierres
Quand l’explosif avait détaché du massif, il fallait le débiter avec un gros marteau plat d’un côté en forme de tranchant de l’autre. Cette masse à débiter était appelée « la bourre ».
Puis terminer avec un petit maillet emmanché à tige flexible, comme du tamarin, très pénible pour la paume de la main.
SARRATO Pierre (père et fils) travail comme Cervello.
Que faisait-on de cette pierre concassée : l’empierrement des routes.
Comment opérait-on ?
On chargeait de gros camions, les bennes basculantes n’existaient pas, les ridelles étaient maintenues fermées et les pierres se chargeaient à la fourche par-dessus les ridelles.
Pourquoi ?
Sur le plateau, dans le sens longitudinal, était posé un châssis occupant toute la longueur, en forme de triangle, les côtés étant appuyés aux ridelles.
Pour poser, on abaissait une ridelle, la pierre cassée entre ridelle et sommet du triangle tombait.
Le camion faisait demi tour, on tombait l’autre ridelle et le camion était vide.
Comment était entreposé et mesuré ce gravier ?
Exemple : une route de 5m de large et en moyenne 10 cm d’épaisseur, ce qui faisait 0.500 m 3. Il était formé, le long de la route, un cordon de pierre triangulaire par un gabarit dont le volume était de 0.500 m 3 de pierre par ml de cordon, ce qui donnait approximativement le volume nécessaire. Ce cordon était répandu sur la largeur de la route à la fourche à cailloux, le gabarit était modifié suivant la largeur des routes.

LES ARTISANS NECESSAIRES A LA RUE DU VILLAGE

Le maréchal-ferrand
GUIRAUD Joseph, grand père de Régis
LAPEYRE, grand père famille BOUCHOU
DURAND, dit « fin »

Le bourrelier
ABRIBAT, grand père RIEUTORD Jean compagnon du tour de France.
Anecdote : se présente un ouvrier itinérant se présentant comme compagnon. Abribat lui tend la main, pas de réaction du visiteur. Il a été manu militari mis à la porte, ce dernier ne lui avait pas fait le signe de reconnaissance, c’est qu’il n’était pas compagnon.
D’ailleurs sur la porte d’entrée très discrètement les trois petits ponts sont perceptibles.
DOUMERGUE : grand père de Paulette SICARD.

Le cordonnier
CARNES : vendeur, fabricant et réparateur
ESCAULIER : fabricant et réparateur
GUIRAUD : simplement réparateur

Le tailleur
BASTIE : grand père de Gisèle
Assis les jambes croisées, comme on dit assis en tailleur, il faisait des vêtements neufs. Quand il présentait un tissu à un client, il disait en le palpant « ça c’est pas de la gnognote » ce qui se dit parfois en parlant à Gisèle.
CAPELET : je ne me rappelle pas son nom, j’étais très jeune, on l’appelait ainsi car il était toujours coiffé d’un petit chapeau.
Il allait à domicile, on lui remettait des vêtements en mauvais état, il rapiéçait une jambe de pantalon, un coude par une pièce rapportée, il disait ça fera comme du neuf. Un bleu de travail neuf sur un tissu très vieilli… !!! A noter que l’on voit parfois des vestes neuves avec un empiècement au coude.
Il était nourri et recevait quelques billets.

Le brodeur
Augusta GLORIES, infirme de naissance mais de grand talent, il travaillait pour une clientèle très difficile.

La repasseuse
GILS Anna : un très gros fourneau vertical en fonte, alimenté au charbon, le dessus du fourneau était plat, avec une grille sur le pourtour pour éviter les chutes des fers, forme et poids divers.
Elle amidonnait pour les grands-mères des coiffes diverses comme on en voit encore en Bretagne.

Les cycles
CHIFFRE : dans la rue François DURAND, ancien maire parent des Tessier.
VEZES : dit » TITOTO », cycles et un peu de ferronnerie, son atelier était en descendant la place après la maison Jeammes.

Le charron
DURAND Paul, père des fils et fille DURAND

Le tonnelier
BARTHAS Louis, LAPEYRE Louis « dit Caillaou », TORT dit « Bidoua », LALAQUE Augustin, DURAND dit « Zouzou », MIGNARD Jean
Anecdote : avant les vendanges, BARTHAS allait voir des clients avec une brouette contenant pointes, crampillons, poignées métalliques pour comportes et ?il faisait le tour du village pour ces dépannages. Combien devait il gagner, probablement peu.
BARTHAS était le grand père de Jean et Georges,Caporal Barthas.

Les foudres :
TORT : oncle de GUILLARMING je l’ai connu mais il avait cessé son activité
AZALBERT Moïse, le grand père de Jacqueline AZALBERT.

Le charpentier menuisier
CALVET François
ARTOZOUL Louis grand père de Charles DREUILLE

Le menuisier
VALETTE Baptiste, grand père de Simone BONNET
BISCAYE qui a déménagé à TRAUSSE

Le plombier
BALESTE Pierre père de Robert BALESTE
En 1939 disparaît le train des voyageurs, et vers 1970 disparaîtra le train de marchandises.
FURO Jacques père de Raymond FURO et de Jacqueline MARTIN sa sœur

Le photographe
AZEMA dit CHOCHO pourquoi je ne sais pas
Il avait un poste sur trépied des plus primitifs, il développait et parfois, souvent même on avait de la peine à se reconnaître

Le coiffeur
BRUN Henri, sur la façade de la maison dans la rue de la ville on voit encore une face en pierre avec barbe
COMBES Antonin, prédécesseur de REVEL Amédée

Tabacs
Mme LALAQUE mère de Mme GUITARD, entre presbytère et boucherie.

Etude solfège et instruments
DENOY Simon

Forains
RICHELME Antoine
Célèbre dans la région pour sa croquande souvent imitée, jamais égalée ainsi que sa fabrication de berlingot et chiques, ses crèmes glacées fabriquées à la sorbetière et jouets divers pour enfants. Et ce n’était pas tout : il vendait de petits tubes en étain qu’il remplissait d’eau très légèrement parfumée qui se vendaient par paquet de 3. Les jeunes gens avec ce que l’on appelait des « jisclets » arrosaient les jeunes filles sur qui on jetait des confettis.
Mais Antoine toujours très commercial récupérait ces jisclets pour les faire fondre
AMIEL : jeu de hasard la roulette, aïeule de Martial Richelme et de Charles Dreuille
FERRAN Gédéon : manège de chevaux de bois et sièges suspendus avec genre piano automatique pour agrémenter et attirer les bambins et surtout les parents car c’étaient eux qui avaient la monnaie.
AU LAURAGAIS : un marchand de volaille qui venait en camion
DAUDET de BAGES dit le Bajol : poissons de mer et surtout de l’étang avec une camionnette, mais je ne suis pas très sur si avant il venait avec un cheval

Plantes pour jardins et légumes
SERVOLLES Joseph, SERVOLLES Francois et MIGNARD Louis

Légumes seuls :
SALVADOR Père
VALERO dit « PERLINPIN » vente seulement de ses produits (Ses petits enfants : un était employé au CA de RIEUX et un autre présentateur à FR3

Plants de vigne
BALESTE Jacques dit Jacques de l’Horte, personnage connu dans toute la région
BARTHAS Abel
BASTIE Jacques : ce dernier était associé avec BARTHAS, a continué seul, aidé parfois par BONNAFOUS Paul

Le rempailleur de chaises
MORA : les chaises étaient habillées de fibres végétales ; le grand plaisir des chats, à la grande colère de la maîtresse de maison, était d’essayer et nettoyer ses griffes sur ces sièges.
Ces fibres étaient de la Boze ou Bauze, ce n’est pas mentionné sur le Larousse, des feuilles longues et flexibles sans tige apparente un peu comme des lames de sabre. Elles poussaient dans un fossé comblé après coup et faisait régulateur d’eau d’orage. Elle se trouvait entre le Tinal et la déchetterie de Caunes

Le rétameur
AUGE : les couverts, cuillers, fourchettes, louches étaient en ferraille qui noircissait à la longue.
AUGE dans une poêle faisait fondre de l’étain, après avoir passé ces ustensiles à l’acide il les trempait dans ce bain d’étain fondu. Elles étaient reluisantes et on attendait un prochain bain
quelques années.
Il rebouchait aussi les trous des casseroles.

Parapluie
Des forains principalement des gitans, réparaient les parapluies, la faïence, la porcelaine. Pour cela ils faisaient un trou de chaque côté de la fente, un petit fer en U et de la colle.

Le rémouleur, l’aiguiseur
Un forain avec un petit chariot, deux roues de vélo, une meule à aiguiser actionnée par le pied, un petit réservoir d’eau sur la meule, criait : » couteaux, ciseaux, rasoirs….

LES TRANSPORTS


GARE SNCF

Gare RIEUX-PEYRIAC, deux voyages par jour, cession d’activité à la mobilisation, puis fermée en 1939-45.
En gros le fret était composé des vins. En effet tout le vin ou presque tout, de CAUNES, TRAUSSE, PEYRIAC, RIEUX, AZILLE, LAREDORTE, ST COUAT était expédié par fût et ce vin était apporté à la gare par des chariots.
Comment évaluer la contenance des demi muids : un portique métallique, une balance romaine, on accrochait le fut par le fond des « douelles », on déduisait le fut vide du poids total.
Il y avait aussi HUDELLE Gabriel et son fils, qui transvasaient directement le vin du wagon au camion.
BARTHE :
Il délivrait de nombreux colis, avec un cheval et une plateforme sans ridelle pour faciliter le chargement et le déchargement. Il livrait les colis à PEYRIAC, RIEUX, TRAUSSE.
Quand la voie a été construite il a fallu faire des aménagements. Mais avant je tiens à signaler que la plate forme de la voie était constituée par du gravier qui était puisé à la rivière, transporté et épandu sur la voie avec pioches, pelles et charrié par les chevaux. Pour sécuriser la voie, afin que tous les chemins de villes ne gênent la circulation, il y avait ce qu’on appelle le chemin latéral, donc cela dégageait la voie ferrée de la route.
Des passages à niveaux vont être aménagés, car quand le train arrivait il fallait fermer les chemins qui coupaient la voie.
Sur le chemin de MENGAUD, le garde barrière était Madame BALESTE, son époux travaillait sur la voie, c’étaient les grands parents de Robert Baleste.
L’autre passage à niveau était sur la route de LAURE, garde barrière Mme PASSABOSC, son époux travaillait à la gare.
En manoeuvrant des wagons, sur un coup de tampon, il a glissé, est tombé sur la voie, les roues du wagon lui ont sectionné les deux jambes, il est décédé très vite. Je me le rappelle bien, j’avais environ 10-12 ans car son fils Lucien avait exactement mon âge.

MONIER Charles : TOULOUSE PEYRIAC
Il parcourait tout Toulouse pour des particuliers à la recherche de ce qui lui avait été commandé et livrait à domicile

MAURIES Hyppolite : diligence RIEUX CARCASSONNE départ le matin et arrivée le soir. Il faisait également des commissions.
Quand on les lui indiquait, il disait : « c’est dit »
Quand on lui donnait l’argent, il disait : « c’est fait »
Mais il le disait en occitan

TESSIER Frères :
Ils ont remplacé MAURIES, effectuaient RIEUX -CARCASSONNE plusieurs fois par jour et quand le cinéma parlant a été installé à CARCASSONNE, ils faisaient le trajet spectacle

TRANSPORTS DE VIN

MAISON OURLIAC à RIEUX jusqu’à TOULOUSE
Un camion à essence, roues à bandages de caoutchouc plein et traction par chaîne. Il partait par exemple de RIEUX, de chez un négociant, en première, puis en seconde jusqu’à la fin de la côte de Salauze, il ne pouvait pas prendre la troisième, le faux plat ne le permettait pas. De plus, il fallait très souvent s’arrêter et un seau de graisse ou d’huile épaisse était accroché au châssis et avec un pinceau il fallait remettre de la graisse qui s’était réchauffée et avait diminué.
A noter que c’était pareil pour les trains, à chaque arrêt avec une burette d’huile, il fallait remplir le récipient qui distribuait l’huile sur les roulements et de plus avec un marteau il fallait taper sur les essieux pour savoir s’ils n’étaient pas fêles

Et pour revenir à la SNCF,
Je me souviens bien encore que, étant très jeunes avec mon frère et ma cousine Thérèse, nous sommes allés à BOUTENAC, village de ma grand-mère maternelle.
Je prends le train Gare de Rieux Peyriac, descente à Moux, prendre le train Carcassonne Narbonne, descendre à Lezignan, prendre une ambulance Lezignan Boutenac !!!!Je ne me rappelle plus le temps qu’il a fallu

Un autre moyen de transport : LE CANAL DU MIDI
Des barques transportaient du canal de SETE, des carburants de La Nouvelle, des engrais, des céréales du Lauragais à La Nouvelle ou dans les villages au bord du canal.
Vous savez tous que le long du canal il y a ce que l’on appelle le chemin de halage. Les barques étaient tirées en principe par des chevaux, on dételait au passage d’écluse, le conducteur aidait l’éclusier à la manœuvre des portes et des vannes.
Mais on ne pouvait décharger qu’à des quais aménagés : Laredorte, Trèbes, Homps.
Des affenages étaient installés pour la nourriture et le repos des chevaux pour la nuit, les écluses étant fermées la nuit

LES CARBURANTS

BALESTE Léon : il distribuait l’essence en bidon de 5 litres, 10 bidons par caisse de bois.
Mon père avait un petit camion 3T Unic, il se lamentait en disant je n’en ferai pas le mois avec ces 50L
SERVOLLES Pierre
Distribuait l’essence directement aux véhicules avec une pompe actionnant deux réservoirs en verre, quand un se remplissait, l’autre se vidait

MAIN D’ŒUVRE AGRICOLE

Les ramonets qui étaient payés au mois mais ils devaient s’occuper du cheval tous les jours de l’année.
Les autres étaient journaliers, salaire et vendanges à la journée.
Le rendez vous était à l’écurie où le patron ou le régisseur distribuait le travail
Quand il avait plu, certains patrons les occupaient à des travaux d’entretien, à nettoyer écurie ou cave
Et d’autres peut être moins fortunés, disaient avec ce temps on ne peut rien faire, on verra demain et l’ouvrier revenait chez lui, et pendant qu’à midi tout son petit monde se trouvait à table, il avait beaucoup de souci pour la mère de famille qui seule ferait le budget.
Il n’y avait pas d’assurance, pas de congés payés, de jours chômés car le dimanche ils allaient à leur jardin ou petite vigne, seuls les ramonets avaient un jour chômé payé le lundi de fête locale et avaient une assurance appelée « secours mutuel »

LES VENDANGES

Avant, pendant et aussitôt après personne ne savait à quel prix il serait payé.
C’est M SIZAIRE, un gros propriétaire qui habitait la maison du docteur GALIBERT qui décidait du salaire. Tant qu’il n’avait pas payé, tout le monde attendait sa décision et on se conformait à ce qu’il avait décidé, était il généreux ou pas, je ne le sais pas.
Je l’ai connu ; on pouvait le voir devant la porte de sa maison, celle du Dr Galibert, pas très grand, assez corpulent, un cigare aux lèvres.

LE TRAVAIL DES OUVRIERS AGRICOLES


Le laboureur : toute une saison derrière son cheval, maintenant la charrue par ses manchons pour la diriger.
Les manuels on les appelle les brassiers. Avec une sorte de bêche, enlever le « regou » comme on l’appelait, c’était une bande de terre, dans le sens de la marche, comprise entres les souches et on déchausselait, on dégageait la terre autour du pied de la souche.
Sulfater ou soufrer avec des machines à bras pour les petits propriétaires et avec un bac sur le dos du cheval pour les autres.
Tailler en hiver, par n’importe quel temps.
Pour les femmes, des mois entiers baissées pour ramasser les sarments à poignées pour le feu domestique, en bouffanelles pour les boulangers.
Les bouffanelles étaient de gros paquets de sarments ramassés à la hâte.
Mais elles ne pouvaient pas faire grand chose
Les cotisations étaient mineures sur les salaires des ouvriers.

ANECDOTE : une année il y a eu une invasion de chenilles bourrues, je dis bien une invasion. Comment lutter, à part quelques boîtes d’insecticide pour combattre cafards et fourmis ? Il n’y avait rien.
Toute la population viticole s’est mobilisée, femmes, enfants, personnes âgées ; et, munis de ciseaux à couture, ils ont envahi les vignes et coupé en deux toutes les chenilles.
Ce travail a duré assez longtemps mais au moins rien n’a été pollué.
Si c’était maintenant, ce serait vite fait, mais en traitant mécaniquement, on tue tous les insectes les nuisibles et les utiles.

Seuls les ouvriers du bâtiment avaient une assurance accident payée par l’employeur à une société privée.
Une inondation dont je ne me rappelle pas la date avait fait de gros dégâts.
Pour se protéger des ces inondations la municipalité avec l’aide de l’état à construit, de Pautard à Peyriac, des berges en béton
Ont participé à ces travaux d’abord pour les petits ouvrages, Fongaro d’Homps, Bertrand de Luc, Fusté de La Livinière
Et Gils Charles
Sudre et Picoy de Perpignan.
Les fondations ont été exécutées à la pioche et à la pelle, parfois dans l’eau ; les graviers Creuser au bord de la fondation, mettre des tôles, reprendre les graviers entreposés, faire le béton à la pelle et à la griffe, loger le ciment dans des sacs de jute qui laissaient passer toutes les fines, remplissage des fouilles, coffrage en planches de bois pour les murettes, gravier pris sur place tel quel et remplissage.
Une cantine pour nourriture des ouvriers située dans la prairie entre la rivière et la route de Trausse.

HYGIENE ET CONFORT

Ces mots étaient à l’époque presque inconnus. L’eau chaude était très rare dans les logements qui avaient l’eau à l’évier.
Il fallait souvent aller chercher l’eau à la fontaine avec un seau.
La toilette se faisait soit à l’eau froide soit à l’eau tiède. Il fallait la faire chauffer à la cheminée ou à la cuisinière à charbon, il n’existait pas d’autres moyens.
Dans les chambres, sur une tablette avec dessus une plaque de marbre très souvent blanche, une cuvette et un pot à eau plus ou moins fleuris, en faïence, à utiliser avec du savon de Marseille, parfois une savonnette.
On affichait au mur un miroir qui servait aussi à se raser ou à se peigner, quand on allait pas au coiffeur, qui rasait le mercredi et le samedi toujours après le repas du soir.
La douche assez rare surtout l’hiver, les chambres n’étaient pas chauffées.
Un bassin d’eau tiédie, savonnage et rafraîchissement. A noter que l’on pouvait aller aux douches communales à Rieux. Il y en avait 10 + 10 : en rentrant à gauche les cabines homme et à droite celles pour les femmes. Mais il y avait tellement de monde entre Rieux, Peyriac et même Trausse que l’attente était très longue. Si des cabines femme étaient libres, inutile de les occuper, interdiction formelle.
Il y avait dans quelques maisons un bidet portatif posé sur un trépied en bois, ce qui facilitait à la fin la vidange, et le trépied pliant était rangé dans le placard.
Cette situation s’est un peu améliorée avant la guerre mais pour la toilette seulement.
Il n’y avait pas de réseau d’égout, donc on ne pouvait pas avoir de WC.
On vidait le seau dans un fumier isolé dans un coin de jardin, de cour ou courette réservée à cet usage
Et pour ceux qui ne pouvaient pas, c’était à chaque membre de la famille d’aller vider le seau hygiénique en tôle émaillée avec couvercle dans un trou de gravier à la rivière.

L’EAU ET LES FONTAINES

La fontaine était à usage domestique. Bien avant la guerre de 1914-18, pour tous les besoins ménagers on allait chercher l’eau à la fontaine située au coin de la rue, travail contraignant, se rajoutant à tous les travaux de la ménagère.
A noter que pour simplifier, en allant chercher cette eau, on prenait les légumes qui n’avaient pas pu être nettoyés au ruisseau qui arrosait les jardins et on les lavait à la borne fontaine.
Mais avant que ces bornes soient installées, il y avait deux solutions.
soit on allait à la grande fontaine, appelée « Fontaine fraîche » : voyez un peu le parcours,
soit on puisait l’eau du puits : il y avait dans beaucoup de maisons des puits situés dans une cave ou une cour, parfois et même souvent à côté de l’écurie ou du fumier de cheval. Comme les besoins domestiques étaient peu important, on puisait cette eau stagnante. Que penser de la qualité ?
Le maire de 1800 à 1812, Monsieur Joseph VERNON a crée ce que l’on appelle le projet FONTINAL, ce qui a été pour la population un bien énorme.
On a crée un captage au dessous de Caunes, si j’ai bonne mémoire, sous la prairie Azalbert. Comment a t ‘il été crée pour donner une eau correcte ? Je crois qu’à cette époque on n’était pas très regardant, on ne connaissait pas la pollution.
De plus il fallait que le captage résiste aux inondations.
IL a fallu creuser manuellement une tranchée de Caunes jusqu’au bassin situé sur la route de Carcassonne, au dessus du lotissement.
Amenés probablement par train des tuyaux en fonte grise de la fonderie de Fumel, Lot et Garonne, posés en tranchée, joints au plomb, recouverts manuellement. Après le réservoir, on a continué les tranchées, toujours manuellement, dans toutes les rues du village, puis on a installé à chaque coin de maison ou dans les rues longues des bornes fontaines que vous avez connues.
Au début elles fonctionnaient grâce à une petite roue que l’on tournait à la main (voir boulangerie Pastre). Par la suite certaines ont été changées pour économie d’eau, avec une plate forme que l’on faisait tourner, et à l’arrêt l’eau ne coulait plus, car avec le premier système, même en bloquant la roue l’eau coulait toujours pour parfois faire barboter quelques canards.
Ces fontaines furent disponibles dès 1811 : quel progrès !
Le raccordement de la borne au tuyau en fonte était réalisé avec du plomb, le saturnisme était alors inconnu.
Mais avant le projet Fontinal il y eut la grande fontaine.
Je n’en connais pas la date de création, mais elle doit être très ancienne.
Dans tous les villages, les maisons se rapprochaient de la rivière pour avoir de l’eau et il devait y en avoir tout le temps, absence de pompage dans la rivière et pollution néant.
Donc la grande fontaine était le seul point d’eau pour les maisons car tout le monde ne pouvait pas forer des puits car il n’y avait pas d’eau dans les sols ou le creusement était trop onéreux.
Mais au fil du temps elle a du être améliorée à plusieurs reprises vu son état actuel.
Cette fontaine est composée d’un réservoir bas, contenant toujours l’eau amenée par des tuyaux sur le mur frontal, et évacuée par le trop plein dans des canalisations traversant le terrain Barthas pour rejoindre l’Argent Double.
Sur le fronton il y a actuellement la Marianne. Est-elle d’origine ? Probablement pas, cette fontaine devait peut être exister avant la République.
J’ai appris à mon retour du service militaire que des individus bêtes ou méchants avaient jeté la Marianne dans la fontaine. Est-ce possible ? Je ne pense pas, elle se serait détériorée. Mais admettons cette possibilité, ce serait du brigandage.
Moi qui suis athée, libre penseur et apostat, je ne me permettrais pas de renverser une vierge sur son socle, abattre une croix latine avec son occupant, ou la même croix sans son occupant, symbole protestant, à la condition que les religieux respectent tous les autres monuments, athées, libre penseur…
Ce sont tous des symboles à respecter.
Au dessous du fronton, se trouve une excavation rectangulaire d’environ 30x40 dans laquelle il devait y avoir une inscription, date de mise en service ou nom de l’auteur de ce travail.
En dessous un dessin d’une feuille d’acanthe, souvent utilisée comme ornement relevée vers le haut.
Sur les côtés, 2 rouleaux en pierre, tournés de l’intérieur vers l’extérieur Pourquoi ? Fantaisie d’artiste, sûrement. Sous le socle, comme pour le soutenir, une petite figurine.
Que devrait –on faire ?
La restauration me paraît nécessaire, et c’est au conseil municipal de juger.
Décaper Marianne, une fois bien nettoyée la faire repeindre par un peintre capable, je pense couleur chair nature, sans maquillage, peut être un rouge à lèvre de teinte naturelle, mais très peu.
Sur son épaule droite, peindre l’écharpe comme celles des députés, couleur rouge sur le cœur.
Dans l’excavation rectangulaire, sceller une plaque de marbre avec la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Bien brosser les rouleaux et la feuille d’acanthe pour faire tomber les fleurs de pierre prêtes à tomber, très soigneusement et de façon à ne pas détruire l’harmonie du dessin, éviter les rayures et la coloration qui pourraient survenir au brossage. Est ce possible ? A moins que par économie, on laisse tomber.

LA GRANDE FONTAINE OU FONTAINE FRAICHE

Une question se pose ? Cette eau, d’où vient-elle ?
L’argent double, les ruisseaux en amont sont secs.
Et pourtant elle coule et probablement depuis très longtemps, car elle devait être à l’époque le seul point d’eau naturel du village.
Deux suppositions :

- Il pourrait y avoir en amont une résurgence qui a été captée. Dans la terre, il y a ce que l’on appelle des eaux vagabondes qui circulent dans les veines et resurgissent quand la couche d’argile remonte.
Exemple d’un livre que m’a prêté Jean Fabre.
Le ruisseau du Cros appelé « le souc », environ à Argentières, se déverse dans l’Argent double, puis la Clamoux et enfin l’Orbiel. Et on suit sa trace grâce à la coloration des eaux.
Ce phénomène a pu se produire ici
Ou bien de la rivière tout simplement, bien qu’elle soit sèche.

Lors du goudronnage des chemins vicinaux, pour stabiliser la sous chaussée, il a été répandu du gravier venant de l’Argent Double.
A 2 ou 300 m en amont du pont on a creusé une très grande fosse de plus de 2 m de profondeur.
Celle ci s’est remplie d’eau, ce qui ne s’était jamais vu ici, c’était au mois d’août, et pour la fête locale on a fait une course aux canards et les gagnants ont été jean Verdier et René Espallac.
Donc il y a de l’eau dans le fond du lit et peut être qu’elle alimente la grande fontaine.
De toute façon elle coule, parfois elle diminue et elle se tarit rarement.
Certains sourciers affirment pouvoir détecter des eaux souterraines. Est-ce possible ?
Si oui, à titre de curiosité, pourrait-on essayer ?

La Clamoux : A Cabrespine, sous le pont de l’eau courante, un peu en dessous la rivière est sèche, elle disparaît dans l’Orbiel comme indiqué
La Cesse : Elle naît avant Ferrals les montagnes, près d’une ferme appelée Mas Naguine
Quand elle arrive au Hameau d’Autheze, elle est rejointe par une autre rivière appelée « Bayette »
Une campagne appelée Manses
Début de la rivière, un simple petit ruisseau toujours sec et plus bas, en face d’une campagne, je ne me rappelle plus le nom, qui appartenait à des cousins de Louis Vidal, de l’eau abondante.
D’où vient elle ? car en amont de Mansès, c’est un petit mamelon très sec et même aride, elle doit circuler dans le lit inférieur.
Ces deux rivières descendent vers Minerve. Là aussi, plus d’eau, très sec, la rivière a cessé de couler et c’est probablement pour cela qu’on l’a appelée « La Cesse »
Des barrages avaient été envisagés dans les gorges pour créer une réserve d’eau. Les géologues ne faisant pas confiance aux berges qu’ils considéraient comme une passoire, ont abandonné ce projet.

LES JARDINS

Nos grands parents, non instruits, la plupart étant des hommes qui avaient ce que l’on appelle du bon sens paysan, voulaient arroser les jardins.
Ils ont construit (quand ?) un barrage sur la rivière appelé « la rauque basse »
Il barrait tout le lit et divisait le courant vers les deux berges.
Rive droite : une rigole jusqu’à la maison de M.GAU ; elle se divise en 2, elle continue tout droit à travers les jardins et rejoint le ruisseau des « mauves » derrière la maison GUY JEAN. A la maison GAU elle bifurque à droite, longeant la route goudronnée, entre tous les jardins et rejoint aussi le ruisseau des mauves, et là les deux ruisseaux se rejoignent.
Cela était peut être insuffisant. On a fait en face le moulin de Pautard, au dessus de l’actuelle station de pompage de Rieux, un autre ruisseau qui n’était pas appelé le grand ruisseau mais en patois « le rec grand »
Le branchement dans la rivière est toujours visible. Je signale que j’ai connu le ruisseau des mauves avant qu’il soit cimenté, tout en pierres, fond vaseux, toujours humide et comme il y avait de très nombreuses plantes, donc des mauves, il a gardé ce nom.
Rive gauche : passe au moulin de Pautard, longe la prairie Azalbert, et traverse la route de Trausse. Cette eau se divise en deux : une partie longe la route avant le monument, elle pénètre dans tous les jardins pour continuer à arroser les jardins route de Violet.
L’autre partie à la première séparation longe aussi de nombreux jardins et tombe dans la rivière, rive gauche au lieu dit le Signas.
Et toute irrigation commandée par des vannes sans pompage ni explications.

ELECTRICITE TRES RATIONNEE

EDF n’existait pas, c’était la SMTF – SOCIETE DE TRANSPORT DE FORCE – qui alimentait la région, par son usine à chute d’eau en provenance d’Axat, puis le barrage de PUYVALADOR, complété par la suite par MATEMALE.
La puissance électrique n’était pas comme actuellement dénommée en watts mais en bougie qui a été le moyen le plus ancien d’éclairage électrique.
On avait droit par exemple à 50 bougies, pas de problème, mais dès que l’on dépassait cette puissance, un régulateur nommé basculateur sectionnait le courant et les lampes avec arrêt et reprise faisaient un tremblement, et il fallait de suite éteindre une lampe. Mais ce courant ne servait que la nuit, il arrivait tard et partait tôt, et je me souviens, le soir on attendait l’heure d’arrivée du courant.
L’installation était très sommaire, du fil entouré de coton, deux fils torsadés, pas de prise de terre, pas de prise de courant, il n’y avait aucun appareil à brancher, et le paiement était forfaitaire.

LA NOURRITURE

Très sommaire, en premier lieu le jardin avec élevage de lapins, clapier parfois logés dans une cave, une remise, une écurie.
Ceux qui pouvaient, élevaient des poules, canards, et un cochon ; et ceux qui ne pouvaient pas élever le cochon, l’achetaient à la foire du 17 février chez un négociant en cochon.
La boucherie, le dimanche pour une viande à griller ou une volaille chez ESPALLAC.
Le vendredi, coutume oblige, le poisson de mer.
La pâtisserie inconnue ou presque sauf celle fabriquée par la maîtresse de maison.
La plupart du temps le repas se composait d’un plat unique.

L’HABILLEMENT

D’abord les femmes, blouse en satinette noire, bas en coton ou en laine noire, chignon sur la tête recouverte parfois d’un fichu tricoté.
Certaines, voulant jouer les bourgeoises, s’habillaient coquettement pour aller à la messe, couverte d’un chapeau, manches non dénudées ainsi que la poitrine, sac à main obligatoire contenant chapelet, mouchoir, médailles, menue monnaie pour la quête, immersion de la main dans le bénitier, génuflexion en entrant dans l’allée centrale.
Une coutume absurde voulait que dès qu’un deuil frappait la famille, un rituel était organisé : femmes et jeunes filles, (sauf les enfants) s’habillaient en noir, surtout voile noir sur la tête et les épaules.
Il fallait arrêter toutes les pendules et réveils car en fonctionnant elles continuaient la vie, contradiction avec le décédé ; il fallait aussi recouvrir toutes les glaces et les miroirs d’un linge blanc, le visage qui se voyait était incompatible avec celui ou celle qui venait de disparaître.
Les volets étaient fermés ou presque, les viandes grillées n’étaient pas de mise, un potage de légumes avec un morceau de bœuf.
Pour les condoléances tout le village venait à la maison mortuaire, car la famille veillait le mort, certains pour une prière destinée au défunt, certains par pitié, d’autres par curiosité car tout le mobilier et le linge d’apparat étaient sans en avoir l’air inspectés avec critique ou envie.

Les hommes, pas de modification sur leur façon de s’habiller, certains le dimanche avaient un petit carré ou losange de tissu noir cousu sur l’avant bras gauche.
Il était d’usage que toutes les distractions étaient bannies, même pour les jeunes filles qui ne pouvaient sortir qu’avec les parents et encore.

HYGIENE ET CONFORT MENAGER

La lessive se faisait deux ou trois fois par an, c’est pour cette raison que les ménagères avaient beaucoup de linge.
Avec des corbeilles on portait le linge sale à la rivière. Les hommes avaient aménagé sur la rive un chenal de 1,50 à 2 mètres de largeur où passait la rivière, ce qui faisait un courant rapide. Les femmes agenouillées dans un baquet de bois, planche élevée côté rivière et très basses les autres côtés.
Devant le baquet, une pierre plate inclinée était immergée dans l’eau.
Trempage du linge, pièce par pièce dans le courant, ramené sur la pierre plate, savonné au savon de Marseille (cube de 10 cm de coté) linge bien savonné, tourné et retourné, torsadé, frotté, rincé dans le courant, mis sur la pierre plate, essoré avec un battoir en bois et au suivant.
Le tout termine, retour à la maison, dans un cuvier en bois ou en zinc, le linge était disposé à plat, bien arrangé, sur la partie supérieure à ciel ouvert on disposait un linge épais. Sur ce drap, on disposait des cendres qui provenaient uniquement de bois, en évitant les bouts de bois huilés.
On versait pas dessus de l’eau bouillante chauffée à la cheminée, on laissait diffuser très longtemps (car la cendre de bois contient de la potasse). Après ce temps très long, on reprenait le linge, on allait le rincer à nouveau à la rivière, on le posait sur un chevalet pour l’égouttage et on me mettait à sécher sur une prairie ou une haie.
Retour à la maison, repassage et empilage dans les armoires.
Maintenant on met le linge sale dans la machine à laver, il n’y a plus qu’à sécher et à repasser.

Comment le confort augment considérablement la pollution ?
Quatre ou cinq couches par jour pour un bébé, combien par an et pour les bébés de France ?
Combien de serviettes périodiques pour une femme pendant un an et pour toute la France ?
Combien de couches pour tous les hôpitaux, maison de retraite pour les personnes âgées pendant un an ?
Impossible à chiffrer.
Comment tout dépolluer correctement et pourtant tout cela est bien pratique, peut on faire autrement ?

LE CHAUFFAGE

On se chauffait au bois, avec des cheminées.
J’ai dit qu’il n’y avait pas que des cheminées à ciel ouvert.
Tous les bois étaient récupérés, rien ne se perdait.
Certains ramassaient le bois dans la rivière. Les crues de l’Argent double étaient beaucoup plus fréquentes qu’aujourd’hui ; on pouvait en compter au moins une par an.
Le courant se cassait sur la courbe avant la passerelle. Les troncs d’arbre heurtaient ce mur, tournoyaient et le courant les reprenaient.
Quelques hommes appuyés au parapet les récupéraient. Ils tenaient dans la main une barre de bois que l’on appelait Pal semalier, ce sont 2 barres que l’on passait sous la poignée des comportes pour les transporter.
Au bout du pal était fixé un gros fil de fer, à l’autre bout un nœud coulant.
Un petit tronc qui pouvait être soulevé vu son poids, se présentait. L’homme passait le nœud dans le tronc, relevait la barre, le nœud se resserrait, et il hissait ce bois sur la route, souvent aidé par un spectateur ; et au suivant !
Le ferait-on actuellement ?

LES SOINS AUX MALADES

Très sommaires et peu variés.
FIEVRE : cataplasme de farine de lin trempée dans de l’eau chaude, formant une boue, enfermée dans un linge fin, que l’on appliquait sur la poitrine ou le cou, puis saupoudrée de moutarde et appliquée sur le dos
ou coton thermogène couleur orange avec un produit révulsif qui engendrait une chaleur irritante et en l’absence du soignant les enfants le soulevait légèrement pour atténuer l’irritation
ou remplacé par un liniment, liquide onctueux employé sur la peau, mais alors impossible de soulager l’irritation.
ou pose de ventouses, poitrine ou dos
ou pointes de feu, tige de métal très fines rougies au feu
ANGINE : badigeon de la gorge avec un coton trempé dans du bleu de méthylène ou lavage à l’eau de SELTZ de chez Paul Cassignol.
VERS : vermifuge appelé SEMEN CONTRAT contre les petits oxyures comme du petit plomb de chasse appelé aussi graine aux vers qui contenait de la santonine, au goût assez agréable, donc facile à faire avaler aux enfants.
D’autres procédés comme du calomel, chlorure mercureux, employé comme cholérétique et purgatif étaient utilisés.

LA VAISSELLE

Toute la vaisselle était nettoyée comme le font actuellement les personnes qui n’ont pas de machine à laver la vaisselle, il doit y en avoir encore.

Les chambres n’étaient pas chauffées ; on bassinait le lit avec ce que l’on appelait « le moine »- un peu comme un berceau formé de deux arcs de cercle, au milieu deux tôles acier 20/20, une petite plaque supérieure, on accrochait un récipient rempli de braises de sarment ou de souche, ou bien on utilisait des bouillottes, pas en caoutchouc trop chères, mais deux bouteilles non rendues à Cassignol.

LES DISTRACTIONS

Pour quelques uns, fumer du tabac gris acheté en paquet ; il était une coutume incompréhensible aujourd’hui, certains buralistes attendaient que les derniers hommes qui sortaient du café s’arrêtent pour acheter le tabac et il se levait matin pour ceux qui n’en avait plus l’achète avant d’aller à la vigne.
Le samedi soir : la belote ou le billard à carambolage et ce que l’on appelait la « poule » avec une mise minimum qui intéressait le jeu.
Je signale que pendant la belote on consommait une canette de bière de ½ l à deux joueurs.
Le jeu de boules : la Lyonnaise.
L’équipe de rugby : le terrain dans le pré au début de la côte, route de Trausse. La rivalité Rieux Peyriac pour diverses raisons d’importance mineure.
Ce que l’on appelait les « tustets ».
A des personnes coléreuses, on pratiquait avec un jeu de cordes une manipulation sur la porte avec un morceau de fer, manipulation exécutée de loin, on lui demandait un faux renseignement qui le faisait déplacer et quand il voyait qu’il avait été berné, furieux, il essayait en vain d’attraper les farceurs ; c’est pour cela que cela se manipulait de loin. Mais cela a été abandonné de ma jeunesse.
Il ne faut tout de même pas oublier le Réveil du Minervois qui était constitué par de très nombreuses personnes, depuis sa création (1925) à sa dissolution :
Président : Abribat
Adjoint : Emile Lanet
Chef de clique : Raymond Fontvielle
Sous chef : Pierre Dreuille qui avec René Mignard étaient les seuls à connaître la musique.
Chef tambour : Barthes de Rieux
Par la suite,
Président : Léon Rieutord
Chef de clique : Henri Mignard
et après
Chef de clique : Charles Dreuille
Porte drapeau : Marceau Pelous

LES REPETITONS

En été, au Bourguet ou devant le monumen, je me rappelle, d’ailleurs assez vaguement, avant la construction du monument, il y avait une chapelle qui bordait la route de Trausse et de Violet.
C’était un passage très resserré qui a été démoli par la suite avec la venue des camions et voitures.
L’hiver, elles avaient lieu dans une salle du café Richardis, extérieure au bâtiment avec comme accès l’escalier toujours visible.
Le premier concours a eu lieu à Quillan, où d’ailleurs, un compositeur local (qui s’était fait connaître par la suite à Charles Dreuille), avait composé sa formation de trompettes de cavalerie, clairon, tambour, grosse caisse, qui a été par la suite une référence du Réveil, elle s’appelait « QUILLAN MARCHE »
Le deuxième concours a eu lieu à Limoges où étaient présentes de nombreuses fanfares nationales.
Pour parfaire ce morceau de musique, le notaire Me LARRIEU, prédécesseur de M SARAQUIGNE, musicien confirmé, a dirigé plusieurs répétitions.
A Limoges, le réveil à réussi sa prestation, a obtenu le 1er prix d’exécution pour l’ensemble ainsi que pour ses solos trompettes et tambour. Il a été ovationné par les auditeurs car malgré le temps, il n’a pas hésité à défiler sous la pluie.
Puis un concours plus facile à Castelnaudary et une prestation à CHATELAYON plage en Charente ou comme d’habitude il s’en est très bien sorti.
Le patron du Château de VIOLET, je ne me rappelle plus son nom, subventionnait le réveil et quand Monsieur Mignard a pris la direction, il lui a offert la baguette de chef d’orchestre, qui lui lors de son abandon, l’a remise à Charles DREUILLE.

Une anecdote : au retour une longue attente à la gare de Bordeaux.
Je signale que les membres étaient coiffés d’une casquette genre casquette de marin recouverte d’une housse blanche. Pendant cette attente, Barthes se promenait sur les quais longeant la voie ferrée ; et, à son grand étonnement, un voyageur, voyant sa casquette, l’a pris pour un agent SNCF et lui a demandé l’horaire d’un train.
L’attente était assez longue et quelques membres étaient sortis en ville quelques instants. Le train pour Carcassonne arrivé, repart sans les retardataires : grosse émotion du Président Rieutord, mécontentement sans suite.

Parfois en été, sous la terrasse du café ANEL et PEROUSE, il y avait le soir un bal mais pas très fréquenté par les jeunes filles qui n’osaient pas à cause du « qu’en dira t’on » et la réprobation des parents.

En argot local, le vin était parfois désigné sous le mot « piton ».
A côté des lavoirs, dans la rue que l’on appelait « la beauté » vivait un homme âgé, veuf et solitaire.
Il prenait des cuites mémorables et on l’appelait « Piton ».
Certains espiègles montaient sur le toit qui était assez bas et par le conduit de la cheminée appelaient Piton, en se faisant passer pour sa femme lui faisant des remontrances jusqu’à le faire pleurer ; procédé pas très élégant tout de même mais cela amusait certains jeunes gens.

LE TRIBUNAL SIMPLE POLICE

Juge : M ESTEVE
Greffier : M CHAMBAL puis Madame GEYNES
Huissier : Marceau BORDES
Percepteur : M CAZAJOU
Enregistrement : M JULIEN
Ponts et chaussées : M BOUDON, Ingénieur TPE
Cantonnier : Boutet-Carles
Régie : Thoumassie

Les audiences de ce tribunal relevaient parfois du théâtre et les plaignants du roman de Clochemerle.
Pour des détails insignifiants : chemin de servitude contesté, gêne des bruits de volailles, injures de part et d’autre… ET M. ESTEVE, qui était un peu pince sans rire, non content d’allumer les débats, les poussait à l’extrême au grand contentement de la salle.

LA GENDARMERIE


Cinq gendarmes plus un adjudant.
Qui logeaient dans la caserne démolie tout récemment, chemin du Moulin.
C’était une brigade à cheval. Leurs principaux travaux : pansage des chevaux tous les jours, crinière et queue bien peignées, sabots cirés, les nourrir et surtout entretien du harnachement en cuir et aciers.
Comme on donnait de l’avoine aux chevaux, il était interdit à tous les gendarmes d’élever de la volaille : possibilité de détourner l’avoine des chevaux pour des resquilleurs emplumés.
Matin et soir ils allaient au courrier en tenue officielle, jamais en civil ou débraillés. Ils étaient présents à chaque arrivée de train pour le contrôle des voyageurs. Ils se planquaient aussi derrière un platane, assez distant l’un de l’autre pour verbaliser les vélos sans lumière ou sans plaque fiscale.
Il ne faut pas oublier que tout vélo devait être muni d’une plaque fiscale émise par les Contributions Indirectes, ainsi que d’une plaque d’identité métallique fixée souvent sur le tube de la selle ou de la poignée de frein au guidon(ainsi que les plaques sur les briquets).
Comme il y avait peu de circulation sur les routes, les conducteurs d’attelage qui portaient du fourrage somnolaient sur ce que l’on appelait les « porte fainéant », un sac entre deux bancs de bois, car les charretiers étaient obligés de conduire les chevaux soit par la bride en marchant à pied, soit par les rênes s’ils étaient sur la charrette.
Le contrôle du braconnage en rivière : il était courant qu’à l’époque du « fraie » des vairons on posait des carafes vides ou « verveux »(filet de pêche en forme d’entonnoir). Certains gendarmes n’hésitaient pas à voler le poisson, et à casser la carafe.

L’ECOLE

L’ECOLE DES GARCONS :
CEP : M ROUGES
CP : M ROUSSET
L’ECOLE DES FILLES :
CEP : MME ROUGES
CP : MELLE DURAND
MATERNELLE : M ROUSSET, aide maternelle M VEZES

Après la clase de M ROUSSEL, je suis allé chez M ROUGE où je suis resté deux à trois mois, jusqu’à son départ à la retraite. M ROUGES s ‘est assis à côté de moi, comme il le faisait avec tous les élèves et il m’a dit : j’ai fait l’école à ton père, et comme il avait 30 ans de plus que moi, regardez la fidélité de l’enseignant au village.
Il nous faisait écouter de la musique avec un poste qu’il avait construit lui même : un cadre en liteaux de bois enroulé de fils électriques disjoints, cela s’appelait un poste à galène.
Qu’est ce qu’une galène : Définition du Larousse, la galène est un solide gris métallique, en général cristallisé en cubes ou octaèdres ; elle est le principal minerai de plomb, c’est le plus ancien des semi-conducteurs utilisés pour la détection des signaux électriques.
Il dessinait de petits animaux en couleur, des lézards, souri, grenouilles, papillons et les projetait sur un écran blanc avec ce qu’il appelait « la lanterne magique » qui agrandissait ces dessins.
Pour accompagner les chansons, il jouait de la mandoline.
Je suis allé à la sépulture de Madame Rougé à Montpellier pour accompagner ses anciens élèves Mme Michaud, Mlle Baraillé et ma mère.

LEURS REMPLACANTS :
Ecole des garçons :
CEP M CASTEL, CP M ROUSSET
Ecole des filles :
CEP MLE DURAND
CP Mme MICHAUD
Maternelle : MELLE CASTEL
Monsieur CASTEL était un homme hors pair – même encore malgré mon âge, j’ai pour M. CASTEL un sentiment de très grand respect, presque de vénération. Mon très grand regret, c’est que pour une fête de l’amicale ses deux filles n’ont pas pu venir.
Tous les élèves, je dis bien tous, étaient heureux en classe. Il connaissait ses élèves et savaient les intéresser.
En dehors de sa classe, il a été pour le village, à l’exception de quelques uns, un très grand animateur.
Ses réalisations :
Tout d’abord une bibliothèque dont les livres étaient à la portée de la population, évidemment à la disposition de ceux qui avaient la carte de l’amicale, créée en 1929.
Puis les excursions, en autobus et comme l’amicale était subventionnée par le Maire, ses voyages étaient peu coûteux et tout naturellement vivre au sac. De nombreuses personnes n’avaient jamais vu la mer, les étangs, la haute vallée de l’Aude et les forêts de la Montagne noire.
Il a été et secondé par ses collègues à la source du théâtre, pièces diverses comiques, lyriques…
Mle DURAND s’était opposée d’une façon catégorique que les filles du village, quel que soit leur âge, jouent avec les garçons ; on ne sait jamais, après les répétitions…
Un avocat de Carcassonne, je ne me rappelle plus le nom, est venu faire une causerie intitulée « l’éloquence au barreau » peut être un peu trop technique pour quelques uns.

Enfin le cinéma : au début c’était le cinéma muet, agrémenté de musique jouée sur un phonographe, mais vu le coût c’était peu varié.

Mais tout cela a pu se réaliser grâce à la compréhension de la municipalité dirigée par M CAFFORT, ceux qui l’ont connu savent que le Maire était très économe des deniers publics.
Toutes ses réalisations étaient vraiment d’éducation populaire, raison sociale de l’Amicale Laïque.
Au Bourguet, il y avait une distillerie coopérative, je me souviens du temps où elle était opérationnelle, comme tous les enfants, nous allions voir comment on distillait le marc.
Cette distillerie a été modifiée et est devenue le foyer des campagnes que vous connaissez tous

L’EGLISE

Catholique
Curé : M UTEZA
Sacristain : M SEMAT
Organiste : MIGNARD René
Sonneur de cloche :
VAISSIERE Baptiste, GILS Georges
Religieuse : Sœur Brigitte très âgée quand j’étais jeune, elle habitait au couvent qui a été démolie par la suite par l’association Concordia

LE MARIAGE

Vous savez que chez les Arabes c’est le père ou le frère aîné qui décide du mariage de la fille. IL en était à peu près de même à cette époque. Pour avoir le droit de se marier, il fallait que les conditions matérielles le permettent : ou 1 ou 2 chevaux, condition approximative ou bien dans certains cas c’était nul.
Mais il y avait beaucoup plus grave, le mariage entre étrangers. Que le fils de famille envisage de vouloir se marier avec une étrangère, même de confession catholique, était souvent contesté, mais que la fille de famille veuille épouser un étranger, c’était souvent un scandale
C’était la cassure comme cela arrivait souvent à une fille mère.
A ce moment là il n’y avait pas d’arabe ni de noir, cela aurait été la pire des choses :
Car en plus de la mésalliance, il y avait deux religions : le bébé sera-t-il chrétien ou musulman ?

Un mariage, le cortège nuptial maison-mairie-église à peu près comme actuellement, sauf une coutume moyenâgeuses : la mariée toute de blanc vêtue avait sur sa tête une couronne de fleurs dans laquelle figurait une fleur d’oranger, symbole de pureté.
Inimaginable de concevoir cette intrusion. De quel droit les habitants du village pouvaient ils juger du comportement de la jeune fille dans sa vie privée ? Cela ne nous concerne pas.
Parfois même des ricanements de femme qui mettaient en doute cette affirmation.
Les mariés eux ne portaient pas cette fleur, auquel cas on l’aurait pris pour un niais.

EVENEMENT TRES IMPORTANT DANS LA FAMILLE : LA NAISSANCE

Comment cela se passait-il ?
On n’appelait pas le médecin, sauf s’il y avait des complications.
C’est une sage femme qui assistait la mère pour la délivrance. C’était une coutume, on naissait à la maison.
A Peyriac la sage femme s’appelait Henriette Barthas, c’était la grand tante de Jean et Georges Barthas.
A son époque elle a accouché presque toutes les femmes de Peyriac et de nombreuses à Laure et Rieux et même à l’étang de Marseillette, sans jamais avoir eu de problème sérieux.
Il y avait aussi une mobilisation de toutes les femmes de la famille et parfois même des voisines.
Préparer la lingerie, les couches à jeter n’existaient pas, chauffer la chambre avec parfois de l’alcool à brûler dans une bassine en zinc, faire chauffer l’eau pour la toilette…
Le nouveau né après avoir été lavé était emmailloté dans des langes.
Tout cela fini, c’était les congratulations d’usage : beauté du bébé, sourire de la maman, parfois un peu crispé, mais tout de même souriante, car tout de même des soucis se profilaient : pourrai-je nourrir bébé au sein, sera-t-il assez robuste ?…
Après toujours avoir affirmé une ressemblance avec untel ou tel autre, la fille aînée, s’il y en avait une, se voyait confier le repos du bébé, le berceau que l’on agitait avec un mouvement de va et vient.
Il y avait aussi le choix du prénom, important pour quelques uns, sans importance pour d’autres.
Et comme le voulait la coutume, le contact avec le prêtre pour le baptême. A cette époque tous les enfants y passaient. Pour que la mère puisse vaquer à ses occupations l’enfant emmailloté était mis dans ce que l’on appelait un « buck », récipient en bois, carré qui lui arrivait au dessous des bras.

LA REPRISE DE LA VIE COMMUNALE APRES LA GUERRE

Deux décisions importantes :
1) le préfet annule et démet les membres de la délégation spéciale de Vichy
2) il nomme une assemblée municipale provisoire en attendant les futures élections
Sont désignés :
Maire : Abel Barthas
1er adjoint : Emile Galibert
2e adjoint : Charles Sarrato
Conseillers municipaux : Albin Cadastrem, Espanol Joseph, Jacques Baleste, et moi même.

Par la suite des votes normaux ont été faits.
Les conseillers ont été nombreux, toutes opinions confondues, je ne puis les citer de peur d’en oublier, et ils ont tous œuvré pour le bien de la commune.

Quelques réalisations :
Il y en a d’anciennes que les jeunes ont toujours vues, et cela leur paraît normal.
le goudronnage des chemins communaux à travers vigne
le tout à l’égout
la station d’épuration
la piscine
les douches
les lavoirs
la réfection de la mairie
le réservoir d’eau
le renforcement d’eau potable
les WC, utiles à l’époque car il n’y avait pas de WC à l’intérieur des maisons
le renforcement du réseau électrique


UNE ANEDOCTE : les sépultures

Pour le cortège du village au cimetière, le char funèbre était tiré par un cheval. Mais vu les évènements, très peu de chevaux étaient disponibles. Le conseil a donc décidé d’acheter un véhicule mobile.
Roger Pechmarty, le père de Pierre, habitait à Port de Bouc. Il nous informe que sa commune à l’intention de changer son corbillard et qu’elle nous le cèderait à bon prix.
Pechmarty négocie, nous tombons d’accord mais il faut aller le chercher.
Un volontaire : Antoine Richelme.
Il part je crois par le train et ramène le véhicule.
A cette époque, il n’y avait pas beaucoup de circulation ni de feux tricolores, rien de contraignant si ce n’est les agents de police.
Antoine aborde une ville ou un village. L’agent croyant à un convoi mortuaire, stoppe tout et fait signe à Antoine de continuer.
Celui ci très digne remercie d’un signe discret et continue. Je suis sûr que de toute sa vie il n’a jamais été autant salué par des agents.

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// Article publié le 9 décembre 2011 Pour citer cet article : Un habitant de Peyriac-Minervois (Aude), « Mon village entre les deux guerres », Revue du MAUSS permanente, 9 décembre 2011 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Mon-village-entre-les-deux-guerres
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