Karl Polanyi, « précurseur de la décroissance » ?

Note de lecture, par Jean-Michel Servet (IHEID, Genève) de :
Nadjib Abdelkader, Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak, Karl Polanyi et l’imaginaire économique, Paris, Le Passager Clandestin, collection "Précurseur.ses de la décroissance", 2020.
https://www.lepassagerclandestin.fr/catalogue/precurseur-ses-decroissance/karl-polanyi-et-limaginaire-economique/

Ce que nous appelons la terre est un élément de la nature qui est inextricablement entrelacé avec les institutions de l’homme. […] On ne peut pas séparer nettement les dangers qui menacent l’homme de ceux qui menacent la nature.
Karl Polanyi [1944], La Grande Transformation, Paris, Gallimard, 1983, p. 253.

La collection “Précurseur.ses de la décroissance”, fondée et dirigée par Serge Latouche, ayant édité des ouvrages consacrés à des économistes ou critiques de l’économie comme Bernard Charbonneau (1910-1996), André Gorz (1923-2007), Ivan Illich (1926-2002) et Jean Baudrillard (1929-2007), vient de publier un livre rédigé par Nadjib Abdelkader, Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak [1] intitulé Karl Polanyi et l’imaginaire économique. Selon la présentation de la collection, ils ont en commun de “nous faire retrouver le sens des limites” et celui d’une “abondance frugale” en s’élevant contre “l’idéologie du progrès”. Par rapport à ceux qui viennent d’être cités, Karl Polanyi (1886-1964) appartient à une génération antérieure ; il en va de même pour Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994), un des inspirateurs de la décroissance à partir du concept d’entropie (The Entropy Law and the Economic Process paru en 1971) et pour les auteurs du Rapport Meadows dont en 1972 la publication, soutenue par le Club de Rome, constitue une des premières alertes médiatisées sur les limites matérielles de la croissance et du développement économique. La citation donnée en exergue de cet article et empruntée à l’introduction et à la conclusion du chapitre 15 de La Grande Transformation intitulé « Le marché et la nature » illustre à quel point son auteur a toute sa place dans cette collection d’ouvrages.

Karl Polanyi et l’imaginaire économique se compose en première partie d’une présentation par les trois auteurs du livre de la vie et des travaux de Karl Polanyi permettant de le situer dans une perspective résumée par les auteurs comme intégrant “au sein d’une même critique de l’utopie libérale qu’est la société de marché les conséquences sociales et écologiques de son imposition”.

Le premier chapitre resitue son itinéraire intellectuel, à travers le contexte à partir de sa jeunesse à Budapest, de ses lieux d’exil de Vienne au Royaume-Uni, puis aux États-Unis et enfin au Canada. Le deuxième chapitre intitulé « substantivisme contre économisme » aborde sa vision de la position de l’économie dans les sociétés. Le troisième chapitre traite de sa conception de « la transformation libérale du XIX e siècle comme matrice de notre modernité ». Un processus analysé plus spécifiquement dans le quatrième chapitre à travers la transformation de la terre, du travail et de la monnaie en « marchandises fictives », point sur lequel je vais plus particulièrement revenir. La conclusion de l’ouvrage montre en quoi pour Karl Polanyi « une autre modernité était possible ».

En seconde partie de l’ouvrage sont publiés des extraits de son œuvre illustrant cette approche. Est ainsi offert l’occasion de le lire ou de le relire dans le texte. Et, à partir d’une brève bibliographie, il invite à aller plus loin dans la connaissance de l’auteur à travers principalement les publications de Jérôme Maucourant [2]. Il n’était pas facile de transmettre l’essentiel d’une œuvre de cette importance en moins de 120 pages. Les auteurs sont bien parvenus à présenter sa rupture avec la pensée dominante.

Cette publication nous donne l’opportunité de (re)penser Polanyi comme un « précurseur de la décroissance ». Pour comprendre la vision de Karl Polanyi en la situant dans la problématique plus générale du « développement », on peut citer sa réaction, rapportée par Kari Levitt Polanyi, sa fille, alors étudiante à l’université de Toronto, lorsqu’elle l’a informé de son intérêt pour le « développement économique » :

« Lorsque j’ai pris connaissance pour la première fois des débuts de la littérature sur l’économie du développement, vers la fin des années 1950, dans un recueil d’essais édité par A. N. Agarwala et S. P. Singh [1958] et publié à Delhi, je me suis hâté de partager mon enthousiasme avec mon père. Il n’a pas découragé mon intérêt naissant, mais sa réponse fut caractéristique : ‘Le développement, Kari ? Je ne sais pas ce que c’est ! ». Et d’ajouter : « Il étudiait alors la vie économique des sociétés primitives et archaïques avec des étudiants diplômés de l’université Columbia. À ce moment-là, je ne comprenais pas ce qui l’avait amené à entreprendre cette recherche qui me semblait si éloignée du monde contemporain. […] Il n’y avait dans son travail aucune allusion à une notion de progrès, aucun postulat selon lequel les sociétés modernes seraient plus avancées ou plus développées que celles du passé. » [3]

Un témoignage évidemment essentiel pour nous.

Certains lecteurs, au-delà de la question de la décroissance, peuvent s’étonner de voir mise en avant une modernité de Karl Polanyi en tant que précurseur de “celles et de ceux qui ne se résignent pas à la marchandisation générale de nos sociétés”. N’était-il pas convaincu qu’à la suite de la résolution de la crise de 1929 par une intervention des États, cette dernière était devenue irréversible ? En affirmant dans La Grande Transformation (1944), qu’« une vision rétrospective donnera crédit à notre époque pour la fin du marché autorégulé », sans doute n’imaginait-il pas un retour de la domination du marché telle qu’on l’a connu à partir des années 1980. Son œuvre se situe en effet à l’inverse même de cette eschatologie ou cette fin de l’histoire vue par des tenants du free market. Son actualité [4] se trouve donc ailleurs que dans ce qui serait ses prédictions. Elle l’est dans la pertinence de sa critique comme le montrent Nadjib Abdelkader, Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak. Et pour lui donner raison sur le long terme le quart de siècle écoulé devra/devrait être considéré comme un intermède. Ce qui doit surtout nous intéresser est sa capacité d’analyse et son invention de concepts ou d’approches susceptibles d’éclairer notre temps et de penser des alternatives à ce qui peut être considéré comme un retour du Marché et de la croissance productiviste, y compris au-delà des apparences de la gestion actuelle de la crise “covid” [5].

Il serait erroné d’imaginer qu’aucun économiste n’aurait abordé les questions environnementales avant la période récente. Citons : les limites de la croissance des productions agricole par rapport à celle de la population chez Thomas Malthus, la loi des rendements agricoles décroissants chez David Ricardo, l’épuisements des mines chez Stanley Jevons ou la pollution des villes du fait de l’utilisation du charbon chez Alfred Marshall [6]. D’autres raisons font penser l’auteur de La Grande Transformation comme un précurseur.

La première originalité de Karl Polanyi qui permet de le considérer comme anticipant la critique des économies productivistes et consuméristes est, comme il est bien montré dans Karl Polanyi et l’imaginaire économique, de ne pas saisir la rareté comme un fait naturel mais comme le produit d’une société et d’une culture. Concevoir ainsi une relativité des besoins rompt avec un dogme crucial pour l’économie et introduit à un des fondements de l’anthropologie économique substantiviste opposée à l’anthropologie économique formaliste expliquant l’économie comme un ajustement entre fins et moyens. Cette approche situe Karl Polanyi hors de cette problématique des besoins et de la rareté dominante chez les économistes. Notons qu’il n’est pas le premier à avoir pensé la relativité des besoins. En ce sens on peut citer l’économiste anti-physiocrate Graslin ou le philosophe et économiste Condillac.

Son deuxième apport essentiel est la découverte des principes dits “d’intégration économique”, comme modes d’interdépendance des activités humaines. Il relativise le rôle du marché par rapport aux autres modes d’affectation des ressources, non seulement leur collectivisation et redistribution par une puissance publique mais aussi la réciprocité et une logique d’autosatisfaction ou d’autosuffisance, que l’on trouve aujourd’hui au cœur du fonctionnement de pratiques solidaires de l’économie.

Cette affirmation d’une diversité des modes d’interdépendance des activités humaines, qui relativise d’un point de vue tant historique que fonctionnel le marché s’accomplit à travers la rupture introduite par le processus dit “de transformation” (la généralisation d’une marchandisation des rapports entre humains et de l’exploitation de la nature) et le contre-mouvement dit “de grande transformation” (qui introduit des éléments de régulation réduisant l’emprise du marché).

Les pratiques solidaires de l’économie peuvent être considérées comme des anticipations ou des mises en œuvre de modes de vie fondés sur une vision écologique de la vie.

L’essor d’approches en termes de commun distinct des biens publics par leurs modes de gestion par des parties prenantes et non par un gouvernement administrant la société s’est fait après la disparition de Karl Polanyi. Mais plusieurs éléments de son œuvre les anticipent. On peut comprendre ainsi sa critique de la gestion soviétique de l’économie dès les années 1920 et son intérêt simultané pour le mouvement britannique du socialisme dit « de guilde », basé sur une autogestion avant la lettre. Il en va de même de l’application qu’il fait ensuite du principe de réciprocité à partir de travaux d’ethnologues ou des références aux enclosures en Grande-Bretagne à partir de ceux d’historiens, que rappellent bien utilement Nadjib Abdelkader, Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak.

Un élément fondamental mis en avant par Karl Polanyi à propos de la transformation est que l’économie capitaliste, qui l’a promue, ne peut réussir à pleinement “transformer” en produits destinés à être vendus, et à être produits, gérer et échangés comme tels, trois éléments cruciaux pour les activités humaines : le travail, la terre et la monnaie. Ainsi que les auteurs de Karl Polanyi et l’imaginaire économique le montrent, ils ne peuvent être transformés en marchandises sans gravement mettre en danger la reproduction de la vie et des sociétés. D’où la référence bien venue à un imaginaire dans le titre de l’ouvrage de Nadjib Abdelkader, Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak. Polanyi a donc désigné le travail, la terre et la monnaie comme étant dans nos sociétés des “marchandises fictives” [7]. Cette limite est de toute évidence essentielle pour une approche de ce qui est largement considéré, au-delà des critiques que l’on peut porter à la formulation et conception, comme un développement « durable » et/ou « soutenable » depuis le Rapport Brundtland (1987) de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU.

Karl Polanyi et l’imaginaire économique intègre bien l’analyse du travail et de la nature comme marchandises fictives en lien avec une approche écologique. Toutefois, si la monnaie est citée comme troisième marchandise fictive, la relation entre les questions environnementales et sa production et sa gestion n’y est pas abordée. Or, on peut y voir une hypothèse dérivée de Polanyi pouvant être mobilisée notamment pour comprendre la présente crise.

Karl Polanyi a en effet appréhendé le rôle de la monnaie comme support de spéculations et pour ce qui pouvait être considéré comme chrématistique des sociétés de son temps, l’argent faisant de l’argent. Cela est largement illustré dans La Grande Tranformation en particulier par les opérations sur les marchés des changes transformant les devises en dissolvants de la stabilité économique, politique et sociale dans un grand nombre de pays. Toutefois, par rapport au temps de Polanyi, la transformation de la monnaie en marchandise fictive s’est considérablement approfondie car les sociétés ont connu une mutation du processus de création monétaire. Alors que de son temps, ou plus exactement dans la représentation commune, les dépôts faisaient les crédits, la création monétaire des banques existait bien [8] mais elle n’atteignait pas les proportions actuelles et surtout le lien entre Banque centrale et Trésor public était encore suffisamment établi pour que les gouvernements puissent activer cette création monétaire publique.

L’analyse critique par Karl Polanyi de la monnaie comme marchandise fictive doit donc être poursuivie en tenant compte des mutations connues par la production de la monnaie depuis les années 1960. Les sociétés ont connu une intense financiarisation et, pour reprendre une expression de Zygmunt Bauman, elles ont été “liquéfiées”. Un nouveau mécanisme d’exploitation a été mise en place à travers la création monétaire massive par les banques commerciales du fait des crédits qu’elles ouvrent, y compris à fins spéculatives plus que pour financer les investissements productifs ou les consommations finales. Or ce processus n’est pas sans conséquences écologiques.

Penser avec Polanyi et continuer à considérer ses écrits comme vivants parce que source d’inspiration, ainsi que nous y invitent les auteurs de Karl Polanyi et l’imaginaire économique, impliquent de ne pas opposer des contraintes « financières et économiques », « sociales » et « environnementales » et de ne pas jouer les unes contre les autres comme des domaines qui seraient autonomes et concurrents. Il permet de les repenser en interactions et de proposer d’inverser leur actuelle hiérarchie en mettant la finance au service de l’économie, qui elle-même le serait à celui de la société, elle-même reconnue comme partie intégrante du vivant. C’est le cas des travaux faisant le lien entre écologie et questions monétaires et financières [9]. Ils analysent comment la monnaie est créée (par le crédit bancaire à la suite de la privatisation et marchandisation du commun monétaire) et mise en circulation, accumulée et potentiellement détruite dans le processus de circulation mais aussi comment et pour quoi elle est dépensée. Et ils montrent qu’en découle une compulsion de croissance ayant des conséquences fortes sur l’empreinte écologique des activités humaines [10].

// Article publié le 10 octobre 2020 Pour citer cet article : Jean-Michel Servet, « Karl Polanyi, « précurseur de la décroissance » ? », Revue du MAUSS permanente, 10 octobre 2020 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Karl-Polanyi-precurseur-de-la-decroissance
Notes

[1La lecture de cet ouvrage est l’occasion de saluer la mémoire de Sébastien Plociniczak, co-auteur du livre avec Nadjib Abdelkader et Jérôme Maucourant. Au moment de la sortie de l’ouvrage, il nous a quittés à 43 ans. Parallèlement à une carrière politique locale, cet universitaire en poste à l’IUT de l’université polytechnique des Hauts-de-France a été un des chercheurs francophones spécialistes de l’œuvre de Polanyi depuis la soutenance en 2008 à l’université Paris 13 de sa thèse en économie intitulée L’encadrement social des marchés et grâce à plusieurs articles notamment co écrits avec Jérôme Maucourant (tels que « Penser l’économie, les institutions et la dynamique institutionnelle à partir de Karl Polanyi », in : Éric Mulot, Pepita Ould-Ahmed, Elsa Lafaye de Micheaux, Institutions et développement : la fabrique institutionnelle et politique des trajectoires de développement, Presses universitaires de Rennes, p. 89-112, 2007 ; « L’« institution » selon Karl Polanyi. Fondements et mise en perspective contemporaine », Tracés. Revue de Sciences humaines n° 17, p. 143-156, 2009 ; « Penser l’institution et le marché avec Karl Polanyi. Contre la crise (de la pensée) économique », Revue du Mauss permanente, 2012).

[2Très nombreux sont les travaux basés sur ceux de Karl Polanyi. On peut citer les éditions des Karl Polanyi International Conferences dont la première remonte à 1986 ainsi que les ouvrages édités par Fred Block et Margaret R. Somers, Gareth Dale, Michele Cangiani, Chris Hann et Keith Hart ou Mark Harvey, Ronnie Ramlogan et Sandy Randles, Marguerite Mendell et Daniel Salée. Ou pour se limiter au français, on pense notamment à Jean-Louis Laville (voir notamment l’ouvrage cité ci-dessous en note 4) et à Alain Caillé. Bien utile aussi est la possibilité d’accéder à distance aux archives de Karl Polanyi conservées au Karl Polanyi Institute of Political Economy de l’université Concordia à Montréal [https://www.concordia.ca/research/polanyi/archive.html].

[3Clancier, Ph., Joannès, F., Rouillard, P., Tenu, A., (éd.), Autour de Polanyi, Vocabulaires, théories et modalités des échanges, Paris, De Boccard, 2005, p. 2.

[4Le terme « actualité » a plusieurs sens. Outre celui de produire un effet, il est celui de toujours présenter un intérêt pour notre époque ou encore de renvoyer à ce qu’il y est très fréquemment fait référence. On peut le penser au vu du nombre d’articles et de livres qui paraissent en lui étant totalement ou partiellement consacrés. Parmi les publications du mois où je rédige cet article, on relève dans un champ historique et économique qui est familier à Jérôme Maucourant : Michael Hudson, 2020, “ Debt, land and money. From Polanyi to the New Economic Archaeology. Inspiration for The Great Transformation in the postwar monetary breakdown ”, September 4, Site. Michael Hudson. On Finance, Real Estate and the Powers of Neoliberalism. [https://michael-hudson.com/2020/09/debt-land-and-money-from-polanyi-to-the-new-economic-archaeology]. Signalons aussi la parution le 24 septembre 2020 d’un article de Nadjib Abdelkader, un co-auteur de Karl Polanyi et l’imaginaire économique : « L’actualité de Karl Polanyi » sur le site de GeopoWeb [https://geopoweb.fr/?L-ACTUALITE-DE-KARL-POLANYI-Par-Nadjib-ABDELKADER-183] qui complète l’ouvrage en mettant notamment l’accent sur l’importance pour Karl Polanyi de la machine et des techniques dans le processus de transformation des sociétés soumises au capital et à ses conséquences sur les modes de vie et les rapports à la nature. Remarquons ici que L’actualité de Karl Polanyi est aussi le sous-titre de Socioéconomie et démocratie, un ouvrage collectif édité par Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville en 2013 aux éditions Erès.

[5Il importe ici de bien saisir que, contrairement à une vision sommaire, le néolibéralisme mobilise des actions publiques mettant l’État au service des marchés. C’est ainsi que doivent être comprises les interventions publiques dans le cadre de la gestion de la crise actuelle. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle « transformation », ni d’une nouvelle « grande transformation » au sens de Karl Polanyi. Voir : Solène Morvant-Roux, Jean-Michel Servet, André Tiran La sortie du grand confinement ne préfigure pas l’entrée dans un à venir post-néolibéral », à paraître Revue de la Régulation.

[6Voir : Agnar Sandmo, « The Early History of Environmental Economics », Review of Environmental Economics and Policy, vol. 9, Issue 1, Winter, 2015, p. 43-63.

[7Karl Polanyi a aussi cité les aliments, en particulier les céréales, comme exemple de marchandise fictive. On peut les considérer à la confluence de la nature et du travail. Sur cette application, voir : Philippe Steiner, « Les marchés agroalimentaires sont-ils des marchés spéciaux ? », Contribution au Séminaire de sociologie économique de l’université fédérale de Santa Catarina (Brésil), version diffusée par le GDR Économie & Sociologie ́ les Marchés Agroalimentaires – Montpellier, 23 et 24 mars 2006 www.symposciences.org. Il est possible aussi de l’étendre à d’autres champs comme la connaissance ainsi que l’a fait Geneviève Azam dans « La connaissance, une marchandise fictive », Revue du Mauss, 2007/1, n°29, p. 110-126.

[8Voir la critique qu’en fait Irving Fisher (1867-1947) dans La monnaie 100% (traduction française de la deuxième édition [1936] en 2019 par Marc Laudet pour la collection Écrits sur l’économie de Classiques Garnier). Depuis longtemps les banques ouvrent plus de crédit qu’elles n’ont de fonds en dépôt en jouant sur le fait que simultanément leurs clients ne retireront pas en masse tous les avoirs qu’ils détiennent en banque. Il est donc depuis longtemps possible que les crédits excèdent les dépôts. Ce qui est nouveau est la disproportion entre les crédits et les dépôts. Les banques peuvent aujourd’hui créer la monnaie (en échange d’une reconnaissance de dette) et n’avoir que 1 à 2 % de réserves obligatoires dans la plupart des pays. Ce processus de création monétaire peut aussi expliquer en partie pourquoi elles ont la capacité de prêter à taux négatifs, de recevoir ensuite le remboursement du prêt sans restituer l’essentiel du capital avancé à quiconque après couverture de leurs frais de fonctionnement.

[9Voir notamment ceux de et cités par Christian Arnsperger dans : « Monnaie », in : Dominique Bourg, Alain Papaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, PUF, 2015, p. 651-654 ; et 2017, « Repenser la création monétaire pour demeurer dans les limites de la biosphère », in : Agnès Sinaï, Mathilde Szuba (dir.) Gouverner la décroissance, Paris, Presses de Sciences Po, p. 77-93.

[10La rédaction de cet article a été l’occasion d’échanges avec Jérôme Blanc, Alain Caillé, Pierre Dockès, Isabelle Hillenkamp, Thierry Pairault, Christophe Petit, Solène Morvant-Roux et André Tiran que je remercie.

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