Jean-Paul Rogues, Moi qui aimais le vent de l’histoire

Jean-Paul Rogues

Moi qui aimais le vent de l’histoire

Gorges de l’Allier, Nijni–Novgorod, Budapest, Berlin ; Milan, Paris, Parme, Kiev ou Plaine de Thrace, plage d’Espagne, et Varsovie, on pourrait se perdre facilement. De quoi s’agit-il ? Notes de pêche, femme aimée, grâce donnée ? Puits de souvenirs ? N’est-ce pas simplement l’illustration d’un malgré tout ? « …malgré la lassitude et le droit de tout et de n’importe quoi, malgré l’intelligence vulpine, la malice, la profusion des calculs, et l’immense réserve de variantes de tout ce qui peut ne pas aller et de toutes les pensées laides qui restent sans absoute, ne pourrait-on pas aimer seulement la dernière neige anxiolytique, la dernière neige tombée… » ? Et, passagers de toutes choses, nous coudoyer un peu, histoire d’être à la hauteur, hauteur d’homme, et nous laisser aller au mouvement de ce flot malgré nos histoires propres, si particulières… et ainsi se trouver en manteau d’Arlequin, plus cousu de la vie des autres que nous n’y avions songé.

Jean-Paul Rogues est né au Puy-en-Velay et il n’a jamais rompu avec ce territoire, montagnes et rivières. Maître de conférences en littérature du XXe , il a écrit sur Alain-Fournier, Cl. Roy, G. Haldas, Y. Raditchkov, Henri Raynal, et dans la Revue du Mauss. Il a publié Les Pires Hypothèses (LOF, 1982), Retour (Le Dé bleu 1983), S’écarter du sujet (Le Dé bleu, 1988) , Le Plateau, (Le Dé Bleu, 1993 et Revue NRF 1996), Pris dans les faits, ( Écrits des Forges/ le Graal, 1993), Des raisons très anciennes, (Hestia, 1995).

Editions INGED/MAUSS
Collection Les extras du MAUSS
135 pages
Préface d’Alain Caillé et postface d’Henri Raynal

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Préface

Par Alain Caillé

Je ne sais pas pourquoi, en réfléchissant à ce que j’allais pouvoir dire dans cette préface que me demande mon ami Jean-Paul, c’est la célèbre première phrase du Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss qui m’est venue à l’esprit : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Et il ajoutait : « Et voici que je m’apprête à raconter mes expéditions ».

Je la transposerais volontiers, en nuançant. Je ne hais pas la poésie et les versificateurs, mais trop méfiant envers ce qui me semble relever parfois de l’expression obligatoire et emphatique des grands sentiments ou des extases convenues, je ne les fréquente guère. Et voilà que je m’apprête à préfacer ce qu’il faut bien considérer comme un recueil de poèmes, en prose il est vrai. Je le fais sans réticences, aucune, avec joie au contraire, car je prends toujours un réel plaisir, immédiat, dès les premières lignes, à lire Jean-Paul, et ceci depuis bien longtemps, depuis son premier livre, Les Pires Hypothèses. Tout me parle de ce qu’il écrit, et me semble être dit exactement comme il faut le dire. Sans jouer au poète, justement, sans ostentation de mots savants et rares destinés à faire croire à une profondeur pas toujours évidente. Mais sans, non plus, s’interdire des associations de mots surpre­nantes qui font voir, sentir ou penser autrement (privilège de la poésie, il faut le reconnaître), ou des coq-à-l’âne savoureux.

D’où me vient ce plaisir, ce sentiment d’absolue connivence, de familiarité ? Pour tout un ensemble de textes, ceux qui sont ici majoritairement représentés, je crois le comprendre à peu près. Ils parlent de voyages, mais nullement en explorateur. Non, ce qu’en retient Jean-Paul, c’est la couleur des murs, l’odeur de la pluie, les bruits de la ville, mais, surtout, surtout, c’est la singularité de celles et ceux qu’il a rencontrés, saisie et rendue en deux traits de plume, qui leur donnent toute leur épaisseur humaine. C’est, au fond, une ode à l’amitié à travers la différence des cultures et des lieux qu’il nous offre. À des amitiés fragiles et fortes, éphémères souvent mais vives, tissées par le partage d’un même sentiment de la contingence de nos destins respectifs, d’une absurdité à la fois partagée et surmontée. Ah, j’allais oublier, ce partage est aussi partage de nourritures (veaux, vaches, cochons et bien d’autres choses encore) et de boissons plus ou moins fortes.

Ce qui m’étonne, en revanche, et me sidère presque, c’est que je suis également sensible aux pages dans lesquelles Jean-Paul parle à (et de) ses montagnes, à (et de) ses rivières, à ses forêts, aux poissons, aux oiseaux, aux insectes, aux vents, aux tempêtes, etc. Cette sensibilité à ce qu’il écrit-là me déconcerte parce que je suis quant à moi profondément urbain, guère adepte des randonnées (c’est fatigant) et moins encore des nuits à la belle étoile (on y a trop souvent froid). Je me reprends : état-il juste de parler de « ses » montagnes, de « ses » rivières, etc. ? Sans doute pas, puisque ce que Jean- Paul célèbre c’est, au contraire, leur étrangeté, une bienfaisante et comme rassurante étrangeté dont il aime qu’elles le dépassent infiniment. Rien de cette nature à laquelle il donne voix ne lui appartient, c’est lui, à l’inverse, qui lui appartient par tous ses sens. Mais, au fond, c’est tout comme, et peu importent ici les titres de propriété.

En écrivant ces quelques lignes, je crois commencer à deviner pourquoi la nature dite par Jean- Paul me parle finalement à moi aussi. C’est que, au fond, il se rapporte à elle comme à des amis, une multiplicité d’amis. Il entend et chérit la diversité de ses langues, de ses manières d’être ou de s’habiller. Elle est, pour lui et selon lui, peuplée de sujets qui ont chacun leurs intentions secrètes, leurs particularités, leur douceur et leur joie, ou, plus souvent, leurs colères ou leur tristesse. Et je retrouve ainsi, via un cheminement tout autre que le mien, mes thématiques Maussiennes. Tout est, somme toute chez Jean-Paul, histoire de don. Mais un don étendu au-delà du seul don de Marcel Mauss. Le don qui crée les amis, bien sûr. Mais aussi le don qu’en termes phénoménologiques on qualifierait de donation. Le don que nous font les entités naturelles d’être là, présentes. Comme si elles se donnaient à nous et attendaient de nous une forme ou une autre de contredon. Ceux des textes de Jean-Paul qui la donnent à voir et à ressentir sont ce contredon.

Nous nous retrouvons ainsi, Jean-Paul et moi dans ce qu’il m’est arrivé de qualifier d’animisme méthodologique, cette posture qui consiste à poser que nous avons tout intérêt, et comme une sorte de devoir, à considérer les entités naturelles comme si elles étaient douées de sensibilité et de subjectivité. Comme si elles nous donnaient effectivement quelque chose et comme si, du coup, nous étions obligés de leur rendre quelque chose, ne serait-ce que de la reconnaissance et de la gratitude. Après tout, c’est ainsi que l’humanité a raisonné depuis la nuit des temps. Cela ne l’a pas empêchée de connaître divers effondrements, justement lorsque la relation de don/contredon avec elle n’était plus respectée. Maintenant que nous sommes au bord d’un effondrement possiblement terminal, renouer avec une forme ou une autre d’animisme méthodologique me semble urgent et vital. À sa manière, Jean-Paul y aide.

À propos des Extras du MAUSS

Voilà pourquoi je suis particulièrement heureux que son livre sorte dans la collection lancée par le MAUSS sous l’appellation Les extras du MAUSS. Un mot, pour finir, sur celle-ci. Elle prend le relais de La Petite Bibliothèque du MAUSS que nous avions lancée il y a une bonne vingtaine d’années. Comme elle, elle est destinée à accueillir des ouvrages qui nous semblent particulièrement intéressants – soit spécifiquement pour les études ou les engagements Maussiens, soit de manière plus générale – mais dont, pour des raisons diverses, aucun éditeur ne courra a priori le risque de les publier faute d’un lectorat anticipé suffisant.

C’était le cas du magnifique Cosmophilie du poète-philosophe Henri Raynal, condamné à l’invisibilité suite aux difficultés de son premier éditeur. Il fallait absolument le rééditer parce qu’il nous offre tout un ensemble de clés pour étendre la pensée du don à celle de la donation. Jean-Paul y a largement puisé, et nous aussi au MAUSS. Henri Raynal a été bien connu et célébré il y a… longtemps. Son aura s’est peu à peu dissipée à mesure que l’époque devenait plus nihiliste et critique critique. Il n’y avait plus guère de place pour le chantre par excellence de la beauté du monde et du cosmos. Il a pourtant toujours beaucoup à nous dire. Il est notre maître en admiration.

Mutatis mutandis la même chose est vraie pour Jean-Paul. Pliant sous les charges de cours1, il n’a pu se consacrer autant qu’il le souhaitait à ses textes littéraires. Ce n’est que maintenant qu’il retrouve toute sa fécondité. Enfin !

L’inconvénient des Extras du MAUSS, c’est qu’ils n’ont guère de diffuseur, au moins pour l’instant. Ils ne peuvent être connus que par le bouche-à-oreille et achetés que de la main à la main ou par Internet. Mais, au moins, ces livres existent, c’est l’essentiel. Et quant à celui de Jean-Paul, grâce à cette édition, je vais enfin pouvoir le lire autrement que sur écran. Je me vois bien le mettre sur ma table de chevet pour en parcourir régulièrement quelques pages. Présence du soir amicale et par­lante. Faites comme moi, vous ne serez pas déçus. Que des milliers de tables de chevet fleurissent !

Table

Préface 5
Moi qui… 11
Da Filippo 13
Pensée culinaire 15
Boire un whisky, poser ma veste 17
Mite hébétée 19
Plaine de Thrace 20
Kiev 22
Emportant-emporté 23
Dans le désordre et la fatigue 25
Les amis 26
Ces choses très élues, très aimées 27
Finca de Forcallet 29
Avec Tomasz 31
Féminité 33
Aksinia 35
Alpenstock 37
Arbres fraternels 39
Bébés d’été 41
Carnaval 42
Carrefour 43
14 Juillet 45
L’aile grise de la pluie 47
Russie encore 48
Écluses 50
En état de fonctionner 52
Finca 54
Pays natal 56
Grâce rendue 57
Granville 58
Je dirais que nous étions à la hauteur 60
Je ne sais pas 61
Je suis idiot, je ne bouge pas 63
Je vieillissais, ça tournait mal 65
La barrière des faits 66
Mais que sont devenues ? Ou aurait-il fallu ? 68
Niémeusmack 69
Octobre-Tégéviste 71
La rumeur du vent 73
Humeur vespérale 74
Je t’aimais 75
Joubarbe 76
La dispute 78
Le froid 80
Le Maître 81
Une couleur jaune 83
Nigun 85
Notes de pêche 88
Berlin pizzeria 90
Un cœur poreux 93
Estany Tort 95
On pourrait dire 96
On en est là, 98
Allier 100
Place Rambaud 103
Rencontre 105
Près d’un pont 107
Sans bouger 109
Se réêtrer 111
Tu m’as dit 113
Une heure de soleil 114
Les démêlés avec la vie 116
C’était la veille de Noël 117
Caen-Paris 119
La vieille Nijni 121
Nil 124
Les herbes de la finca 126
Bord de mer 128
Paris, Milan, Parme 129
Une lettre d’Henri Raynal 131

// Article publié le 19 avril 2020 Pour citer cet article : , « Jean-Paul Rogues, Moi qui aimais le vent de l’histoire  », Revue du MAUSS permanente, 19 avril 2020 [en ligne].
https://journaldumauss.net/./?Jean-Paul-Rogues-Moi-qui-aimais-le-vent-de-l-histoire
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