Vers une nouvelle candidature Royal ?

Le 13 octobre 2007, l’AFP puis Le Monde relaient la publication par l’institut de sondage CSA des résultats de son enquête sur une éventuelle candidature de S. Royal. Une information principale en ressort : le soutien (à hauteur de 71 %) des électeurs de gauche à cette candidature. Une autre information d’importance apparaît : pour 69 % des personnes interrogées (et 81 % dans l’électorat de S. Royal), c’est le Parti socialiste qui est responsable de la défaite de la candidate.

L’article est diffusé sur la liste de discussion du MAUSS par J.-L. Prat, avec en titre un « Ca promet ! ». F. Robertson réagit sur la même liste en considérant que « cet amour pur et inconditionnel de la défaite a vraiment quelque chose d’émouvant  ». On aurait pu en rester là, sans la réaction de D. Peyrat, irrité par l’ironie – et peut-être la suffisance ! – des propos tenus. Nous retranscrivons ici la discussion [1].

Quel « amour de la défaite » !? (D. Peyrat)

J’ai lu deux messages qui ironisaient sur un sondage semblant dire qu’encore aujourd’hui une majorité de l’électorat de gauche faisait de Ségolène Royal sa candidate préférée pour 2012.

J’avoue ne pas saisir la pertinence du raisonnement qui consiste, d’une défaite électorale, à inférer que le (la) candidat (e) défait (e) sera nécessairement toujours battu.

En 1974, Mitterrand, battu, était-il définitivement condamné à perdre toute élection présidentielle ? Ceux qui s’obstinèrent à le soutenir étaient-ils mus par un « amour pur et inconditionnel de la défaite » ?

En 1995, Jospin, battu, était-il de ce seul fait condamné à perdre toute élection ? Les gens de gauche qui lui confièrent le « leadership » de la gauche aux législatives de 1997 étaient-ils mus par un « amour pur et inconditionnel de la défaite » ?

On peut aussi élargir au plan international :

Lula a perdu au Brésil deux élections présidentielles avant, de longues années plus tard, d’en gagner… une troisième. Ceux qui continuèrent à y croire après deux défaites, dont l’une très nette, étaient-ils mus par un « amour pur et inconditionnel de la défaite » ?

En conséquence, on a bien sûr le droit de penser que Ségolène Royal ne gagnera jamais une élection présidentielle. Mais il ne faut pas dire « parce qu’elle en a perdu une », car cela ne correspond à aucun raisonnement rigoureux, et ce n’est pas confirmé par l’histoire, emplie de candidats victorieux qui étaient d’anciens perdants…

Il faut donc argumenter, dire pourquoi  : « c’est de sa faute si elle a perdu l’élection », « elle est incompétente », « c’est une femme, les Français ne sont pas prêts à en élire une à la présidence », « elle n’est pas assez à gauche », « son pacte présidentiel était mauvais, voici pourquoi », etc.

Et puis il n’est pas interdit de se demander :
- Si Fabius avait été candidat, est ce que cela n’aurait pas nourri encore plus le vote Bayrou : bref, la gauche aurait-elle été au second tour ?
- Si DSK avait été candidat, certes le vote Bayrou aurait probablement diminué, mais est ce que le vote dans les milieux populaires et les quartiers aurait été aussi significatif qu’il l’a été en faveur de Ségolène Royal ?

Je raisonne ici sur des candidats potentiels, car sur la question de savoir si Ségolène Royal a été la meilleure candidate de gauche à l’élection présidentielle de tous les candidats de gauche présents à celle-ci, excusez-moi, mais la question est tranchée. Je ne vois pas que Besancenot, Bové, Buffet et Laguiller et Voynet aient démontré, elles et eux, leur capacité à gagner quoi que ce soit.

Au premier tour Royal rassemble neuf millions de voix (26 % de l’électorat, comme Mitterrand… en 81). Question : et les autres ? Qui s’est effondré ? Le PS… ou le reste de la gauche ?

Autre question : si un sondage disait aujourd’hui « 71 % des électeurs de gauche pensent que le meilleur candidat possible pour 2012 c’est… José Bové », ça vous rendrait optimiste pour la victoire ?

Bref, à y regarder de plus près, les « amoureux de la défaite » sont peut-être de ce côté-là, et pas ailleurs…

Amitiés à tous les maussiens,

Didier

(… qui, malgré la défaite, et sans être inconditionnel de qui que ce soit, ne regrette ni son vote pour Ségolène dans le débat d’investiture du PS, ni son vote pour elle au premier tour, ni son vote au second tour)

S. Royal : une nouvelle variété de couleuvre ? (J.-L. Prat)

Quelques mots de réponse, à titre personnel : en ce qui me concerne, je ne fais aucun pronostic sur le résultat des élections de 2012, mais si les nouveaux sondages « royalistes » m’inclinent à ironiser, c’est parce que ce qu’ils nous promettent constitue à mes yeux une nouvelle variété de couleuvre proposée aux électeurs de gauche : en 2002, pour contrer Le Pen, nous avons élu Chirac ; en 2007, dans l’espoir de contrer le candidat d’une droite dure, nous avons voté pour une candidate de gauche dont toute la campagne avait consisté à larguer presque tout le contenu du programme de son propre parti — en instrumentalisant, pour ce faire, une « démocratie participative » dont la seule fonction était de faire apparaître qu’elle ne se considérait pas comme liée par les choix de ceux-là même qui l’avaient désignée comme candidate (elle l’a d’ailleurs confirmé, en révélant après coup qu’elle ne croyait pas à la possibilité de relever le SMIC, ni aux mérites des 35 heures…) Est-il vraiment utile, pour mettre en œuvre le programme de Bayrou, de voter pour Madame Royal ? N’aurait-il pas été plus simple de voter pour le doux François ? En tout cas, comme dit le proverbe, si tu me trompes une fois, c’est ta faute, si tu me trompes deux fois, c’est la mienne.

Bien amicalement,

JL

Que faire maintenant ? (D. Peyrat)

Merci de cette réponse.

Ce « Ca promet ! » permet la discussion, puisqu’il ne semble pas invalider une autre candidature de Ségolène Royal uniquement sur la base du constat de sa défaite, mais par désaccord avec le contenu de sa campagne. Ce qui est bien entendu un débat plus que légitime.

« Avaler des couleuvres » ? Mais elle ne nous a rien fait avaler… puisqu’elle a perdu. Et ce n’est une couleuvre qu’on avale, là, c’est un boa constrictor qui serre autour de nous ses anneaux : Sarkozy. Le problème c’est, désormais : qui peut le battre en 2012 (avant, je n’y crois pas trop) ? Eh bien disons que d’après ce sondage, 68 % des électeurs de gauche pensent, encore, qu’il n’y a qu’elle qui puisse y parvenir. Et ajoutons ceci, qui n’est pas un détail : 59 % des ouvriers. Je suis d’accord avec eux. Mais je suis prêt à changer d’avis, si on me montre qui d’autre pourrait faire mieux qu’elle.

« Avaler des couleuvres » ? Je me souviens d’avoir voté pour Mitterrand en 1981, dès le premier tour, et en me pinçant le nez (pas d’appétence particulière pour la personnalité de ce monsieur)… Mais c’était pour battre Giscard. Je ne regrette rien. Je n’ai pas l’impression d’avoir avalé une couleuvre. Il faut aussi savoir choisir entre des inconvénients. Ce réalisme-là, ce n’est pas du cynisme, mais la conscience que nous sommes dans un monde imparfait et que l’ultimatisme ne mène qu’à des impasses.

« Son programme était le même que celui de Bayrou ? » Ah bon ? Un peu rapide, non ? Franchement, je n’ai pas trouvé dans le programme de Bayrou les propositions du « pacte présidentiel » sur le logement, les quartiers, l’écologie, le social, le renforcement des moyens de la justice, la lutte contre les violences faites aux femmes, etc. Je prends le sujet que je connais (un peu) : la sécurité. Bayrou, de 2002 à 2006 avait voté toutes les lois ultra-sécuritaires de Sarkozy (déjà). Royal, elle avait voté « contre » à chaque fois . Pour moi, ce n’était pas un détail. Et les différences (je ne veux pas ici rentrer dans le détail) se voyaient aussi dans leurs programmes respectifs dans ce domaine-là, malgré tout ce que la gauche angélique et anti-sécuritaire a pu en dire…

C’est sûr que le « pacte présidentiel » ce n’était pas tout à fait le programme du PS. Et alors ? Vous en connaissez, vous, des candidats élus à la présidence qui avaient dit, juste avant le second tour : « mon programme c’est celui du RPR (de l’UDF, ou je ne sais encore) point à la ligne. Je n’ai, je vous le dis, aucune autonomie par rapport à ce texte élaboré par les militants et les instances de mon cher parti  » ?

Moi pas. A-t-on déjà oublié que Mitterrand, les deux fois où il a été élu à la présidence, avait soigneusement pris ses distances avec le programme commun PS-PC (81) puis avec le projet socialiste en 88 (sa fameuse « Lettre aux Français ») ?

En tout cas il y a une autre chose intéressante dans ce sondage : il dit que 69 % des Français, dont 81 % des électeurs de Royal au premier tour, estiment qu’elle a perdu à cause du PS ! Certes ce n’est qu’un sondage. Mais quand même, on peut se poser la question : si cela avait été une campagne entièrement calée sur le « projet socialiste », bref si elle s’était (elle ou un autre) mise à débiter par cœur les chapitres de cet intéressant document (résultat affligeant d’une synthèse purement tactique et merdique des différentes sensibilités du PS) est-on sûr, vraiment que le score du premier tour n’aurait pas été encore plus faible, et l’écart au second encore plus écrasant ?

De l’autre côté, les résultats de tous les candidats de la gauche non-PS, tous acharnés à se positionner « à la gauche de Ségolène » ne démontrent pas avec une clarté lumineuse qu’un discours « plus à gauche » (selon les canons en vigueur dans la pensée autorisée) aurait sans aucun doute emporté la conviction de l’électorat.

« La démocratie participative, uniquement un leurre pour prendre ses distances avec le programme du PS ? » C’est là aussi aller un peu vite en besogne. Les débats participatifs ne prétendaient pas être la démocratie participative en acte, mais un moyen pour faire revenir à la politique des gens qui à tort ou à raison se sentent exclus du fonctionnement partidaire. Bien sûr, cela permettait aussi d’amorcer, en même temps, un début de réponse à la question : est-il possible, dans l’intervalle qui sépare deux élections, de penser une démocratie plus permanente, plus active ? Désolé, cela ne me paraît pas un faux problème. Je crois même que c’est une réponse possible à la désaffection du politique (qui touche aussi l’extrême gauche) et, même par certains aspects à la crise du lien social ainsi qu’au « parcellitarisme » [2].

Bon. Tout ça pour dire qu’elle a perdu, certes, et que certaines improvisations m’ont aussi fait souffrir, notamment dans mon domaine, disons, de « compétence ». Mais elle a pointé, avec « l’ordre juste » et, justement, cette histoire de « démocratie participative » quelques problèmes fondamentaux de l’époque, même si des intuitions fécondes ne font pas une solidité programmatique, permise par un vrai travail théorique derrière, lequel manquait, ça se voyait un peu trop.

Justement : nous voilà au pied du mur, nous. Qu’est ce qu’on fait, là, maintenant pour écrire, ou contribuer à écrire le nouveau « manifeste de 1848 » et construire la « vision du monde » dont on a besoin pour agir dans la société telle qu’elle est ? Pour que la gauche ne soit plus cette espèce de machin informe, mélange de bons sentiments, de stratégies d’esquives, de superficialisme théorique et de conduites minorisantes, qu’elle est devenue ?

Pourquoi tant de gens de gauche ne sont plus capables que de discuter entre eux, entre happy fews, en laissant à l’abandon ces millions de gens qui, sans être des « réactionnaires » ne se situent plus de façon automatique dans le clivage droite/gauche ? Pourquoi cet amour des fétiches ? Pourquoi tant de militants qui donnent l’impression de tourner en rond, et de refouler les gens qui ne sont pas a priori convaincus ?

Je ne sais pas ce qu’il faut faire, moi, ni comment, mais je sais que c’est dans cette direction qu’il faut travailler. Sinon, on en prend pour 10 ou 15 ans… Cela me paraît en tout cas plus productif que de se mettre à hurler avec les loups contre l’imparfaite brebis qui vient de mordre la poussière, certes, mais qui demeure vivante, semble-t-il, au moins dans l’esprit de pas mal de gens et dans l’opposition, elle…

Amitiés

Didier

Une candidate contre la gauche ? (F. Robertson)

Didier, excusez-moi si mon petit commentaire vous a paru méprisant. À vrai dire, c’était surtout la manifestation d’un certain agacement et, effectivement, la moindre des choses, c’est que je m’en explique. Quel agacement ? Celui de voir se reproduire aujourd’hui les erreurs qui, à mon avis, ont conduit au résultat que l’on connaît, à savoir l’élection de Sarkozy et la débandade à gauche. Quelles erreurs ?

Avant tout, ce serait une erreur que de soutenir par avance Royal sans prendre vraiment le temps d’analyser les raisons de sa défaite. La même erreur qu’en 2002 ! Que s’est-il passé en 2002 suite à la défaite de la gauche dès le premier tour ? Jospin, avec un style dramatique, voire tragique, a commencé par concentrer sur sa personne la responsabilité de l’échec. Le PS est reparti comme si de rien n’était, se contentant tout au plus de rejeter, comme une patate chaude, la faute sur les électeurs de gauche n’ayant pas voté pour son candidat. Ca a été très efficace, puisque cette culpabilisation (qui est en partie une auto-culpabilisation) a produit le vote « utile » de 2007. Sauf que ce vote n’est pas apparu si utile, puisqu’il n’a pas produit de victoire et a même conduit à l’affaiblissement des autres forces de gauche réformiste.

En 2007, ce serait cette fois-ci la faute du Parti socialiste, incapable de l’effort nécessaire pour faire passer sa propre candidate. Qu’il y ait de lourds problèmes au PS, impossible de ne pas le reconnaître aujourd’hui, mais ça ne suffit pas pour dédouaner Royal et son équipe de campagne de toute responsabilité.

Effectivement, on peut se demander si S. Royal avait raison contre le PS, voire contre tous les partis de gauche réunis, mais, quelle que soit la réponse, elle nous oblige à prendre acte d’un décalage, d’une opposition parfois, entre d’un côté la candidate, la figure officielle de la gauche aux élections présidentielles, et de l’autre les institutions et les militants de cette même gauche. C’est un véritable problème, qu’on ne réglera pas en relançant, à partir de sondages et de plans médias, la candidature de Royal. Ce mode de sélection du candidat a certainement déjà fait beaucoup de mal à gauche, ne serait-ce qu’au PS.

Ce serait une véritable erreur, par souci d’efficacité, de laisser ainsi de côté les partis et les militants de gauche pour ensuite critiquer leur manque de soutien. C’est une erreur morale, en quelque sorte, puisqu’on demande aux militants et à une partie des électeurs de faire l’effort de transiger avec leurs convictions sans leur offrir de reconnaissance en retour, en leur demandant d’être de simples porte-drapeaux et colleurs d’affiche. C’est une erreur stratégique parce que les soutiens à la candidate se feront moins volontaires et moins puissants.

Je vois bien une idée qui se dessine dans votre propos, et qui me fait un peu peur, l’idée suivant laquelle, pour parvenir à séduire les classes populaires, il faudrait passer par-dessus les militants de gauche (des classes moyennes trop soucieuses de pureté intellectuelle, d’abord attachés à la défense de leurs propres intérêts et qui seraient depuis longtemps coupées des intérêts des ouvriers et des chômeurs). Je suis tout à fait d’accord s’il s’agit de dire que le véritable problème, pour la gauche aujourd’hui, est de retrouver les classes populaires. Mais ça ne se fera pas sans que soient prises en compte les forces humaines qui composent aujourd’hui ses partis et différents mouvements, par exemple en leur imposant par avance un candidat.

Peut-être sommes-nous en train d’assister à l’américanisation complète de notre vie politique, déjà finalisée à droite et, malgré quelques soubresauts, en train de l’être à gauche ? Dans cette optique, les militants doivent se cantonner autant que possible au rôle de supporters de leur candidat fétiche, avec un seul parti pour chaque camp. Dans ces conditions, l’unité inconditionnelle à gauche derrière la candidate préférée des Français apparaîtrait comme la seule solution pour battre Sarkozy. Il faudrait accepter les nouvelles règles du jeu pour ce qu’elles sont, en évitant de faire les belles âmes qui laissent Sarkozy au pouvoir.

Ca apparaît si simple ! Et pourtant, je doute que cette manière de faire fonctionne. À choisir à nouveau une telle stratégie, on ne fera que suivre la droite sur un terrain où elle est de toute façon plus efficace. D’abord parce que cette manière de faire de la politique est plus naturelle à droite qu’à gauche (l’UMP a cette qualité, qui peut faire envie, d’avoir pour premiers principes l’ordre et l’autorité, et au fond de ne pas trop s’embarrasser de pluralité ni de démocratie). Ensuite parce que la gauche présente un candidat nettement moins fort médiatiquement. L’élection présidentielle, hélas, pose la question des capacités personnelles du candidat. À mon sens, les compétences techniques sont de toute façon assez secondaires : il faut être capable, en termes de rhétorique et de charisme, de battre l’adversaire. Je suis désolé, mais sur ce plan-là, N. Sarkozy est bien meilleur. Il y a toute la différence entre un avocat et un énarque, entre celui habitué à défendre n’importe quelle cause avec une apparente conviction et le premier de la classe formé à gérer et administrer.

Il est possible que les autres candidats (Fabius, Strauss-Kahn, etc.) ne soient pas meilleurs sur ce point. Hé bien dans ce cas, ne misons pas d’abord sur la personnalité du candidat, mais bien plutôt sur les projets, sur les valeurs, sur les convictions des gens de gauche, militants compris. Un candidat qui sait avoir derrière lui le soutien et la force de milliers d’hommes et de femmes, qui entend représenter ce qu’ils sont et qui se dépasse dans ce rôle, peut – j’en suis persuadé – dépasser ses propres capacités personnelles. Il est possible que Royal tienne ce rôle, ça dépend d’elle. Mais il est possible que ce soit quelqu’un d’autre et le choix de la personne doit rester une question secondaire. Au moins pour l’instant !

Pour finir, il faut éviter de surinterpréter ce sondage en considérant immédiatement, 5 ans par avance, qu’il n’y a d’autre choix pour la gauche de se mettre en rang derrière la même candidate. Ce type de sondage représente d’abord une question imposée et ne dit rien sur la force de conviction de ceux qui y répondent. En l’occurrence, ici, la réponse majoritaire signifie certainement un pis-aller, un « faute de mieux » et ne donne aucune autre perspective.

Le sondage en question ne signifie pas l’adhésion du peuple de gauche au projet de Royal et c’est tout de même un vrai souci. À un moment donné, le vote utile ne fonctionne plus, les électeurs ne peuvent pas voter indéfiniment à contrecœur. Je pense que Sarkozy a beaucoup plus bénéficié d’un vote de conviction que Royal, et c’est peut-être là le nœud de tous nos problèmes. Il a su, mieux que son adversaire, représenter un projet consistant, c’est-à-dire des valeurs claires, cohérentes, d’abord, et dont on sait qu’elles vont être mises en pratique ensuite.

Le travail, à gauche, est à faire dans ce sens. Un travail de pensée notamment. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, parlons du « quoi » avant de penser au « qui ».

Amitiés,

Fabien

Les idées avant la personne (D. Peyrat)

Cher Fabien,

Je suis d’accord avec beaucoup de choses que vous dites. Mais pas toutes, néanmoins.

Vous raisonnez comme si nous étions confrontés à une sorte d’offensive concertée pour relancer la candidature de Ségolène Royal en 2012. Offensive prématurée et dépourvue de sens, bien entendu. car, je suis d’accord, ce qui compte, avant la personne, ce sont les idées.

Sauf que, pardonnez-moi, mais ce n’est pas du tout, pas du tout, le « film » qui vient de se dérouler sous nos yeux. Ce à quoi nous assistons, depuis le lendemain de l’élection, c’est à une offensive de personnalités diverses du PS et d’ailleurs pour dégommer la candidate qui a réuni 17 millions de voix au 2° tour de l’élection… Livres (sortis dès les jours suivants la présidentielle — ce qui prouve qu’ils étaient écrits avant), tribunes libres dans Le Monde et Libération, diatribes violentes dans les médias, etc. Même Jospin, qui lui a carrément réussi à nous emmener dans un désastre total en avril 2002 (même pas présent au deuxième tour) n’avait pas réussi à susciter de telles réactions négatives après sa défaite, son départ précipité en pleine préparation des législatives et son hésitation — grotesque, et inquiétante — à appeler à voter Chirac contre Le Pen !

Il m’a donc paru curieux que certains réagissent à un sondage (qui ne fait que montrer que Ségolène reste très populaire dans l’électorat de gauche) sur le thème « Ca promet ! » (sous-entendu « vraiment ces idiots aiment perdre ! ») alors que cette offensive anti-Ségolène, sans précédent dans l’histoire récente de la gauche, aurait pu, tout autant, et même mieux, susciter un « Ca promet ! »

Je ne comprends pas comment on peut dire « les idées comptent plus que la personne » parce qu’est publié un sondage qui démontre qu’au moins dans l’électorat populaire les choses ne sont si simples que les anti-ségolenistes primaires veulent bien le dire (les 2 mails auxquels je réagissais ayant été écrits en réaction à ce sondage et à rien d’autre) juste après avoir assisté sans réaction particulière à la déferlante — sans précédent - d’attaques contre la personne de Ségolène qui vient de se produire de juin à octobre 2007.

Donc nous sommes d’accord : les idées comptent beaucoup. Plus que la personne. Pour ma part, j’ai appuyé la candidature de Ségolène, non pas par amour de sa personne, ni même à cause des sondages qui lui étaient favorables, mais parce qu’à mon avis elle a lancé quelques idées sur lesquelles une gauche un jour pourrait se reconstruire et disputer vraiment à la nouvelle droite la direction du pays. J’aimerais qu’on discute de cela.

Re-donc : ceux à qui un simple sondage favorable à Ségolène fait dresser les cheveux sur la tête, mais qui demeurèrent silencieux quand elle se faisait méthodiquement démolir par ses propres « camarades » de parti (y compris d’ailleurs durant la campagne elle-même), mettent un peu… la personne avant les idées.

Amitiés

Didier

Quelles responsabilités ? (F. Robertson)

Disons que ce qui fait peur dans le sondage en question, c’est le retour en arrière qu’il provoque, comme si on avait à nouveau à subir un cauchemar dont on pensait s’être débarrassé. Cette manière dont S. Royal a déjà été intronisée candidate du PS, et qui semble se remettre en route, a tout de même eu des effets particulièrement néfastes. Et Royal devrait tout de même une responsabilité, à mon sens, c’est d’éviter de trop jouer la carte médiatique. C’est un jeu qui s’est montré efficace mais qui se révélera encore plus risqué qu’hier, s’il conduit à laisser à la marge les débats mais aussi les forces militantes. Ne préjugeons de rien, mais il vous faut bien admettre que les réactions peu amènes qui peuvent suivre ce simple sondage en appellent à des problèmes bien réels, que la candidate, entre autres, a tout intérêt à prendre en compte. Ce soutien des Français, s’il est effectivement si fort, peut être une bien mauvaise nouvelle s’il n’est pas accompagné de conditions.

Sur les attaques personnelles envers Royal, ça me fait le même effet que vous. Tous ces règlements de compte personnels par livres interposés prennent bien sûr la place, notamment sur les étals des libraires, d’autres débats autrement utiles à la gauche à la refonte de son « logiciel ». On peut espérer que les représentants de la gauche reviennent un jour à des oppositions plus intéressantes… En attendant, au vu des livres sortis ou à sortir (on peut avoir un aperçu sans perdre trop de temps et sans débourser un cent ici : http://www.nonfiction.fr/article-118-la_chaude_affection_litteraire.htm), je remarque deux choses :

  1. Chacun s’efforce de montrer comment il n’a aucune part dans la défaite, comment les responsabilités, nécessairement, sont dans l’autre camp. Rancœur et ressentiment, véritables symptômes moraux de l’impuissance, semblent être aujourd’hui les passions dominantes des « élites » de gauche.
  2. Le ton est tout de même extrêmement négatif : L’impasse, Le grand cadavre, La défaite en chantant, La gauche la plus bête du monde, etc. Quel est l’effet d’ensemble ? Celui d’un grand exercice collectif d’autoflagellation. Chacun, en accusant les autres de la défaite, en prend implicitement la charge (la conséquence d’une bagarre générale à la récré, c’est que tout le monde est puni). Bel effet pervers non ?

En tout cas, je ne vois pas grand monde qui se montre capable d’accepter la charge collective de la défaite et de s’appuyer dessus pour se relancer vraiment dans la bataille politique. J’ose espérer que les luttes sociales à venir feront meilleure figure. Même s’il est difficile d’être très optimiste vu la situation actuelle, il peut y avoir quelques surprises.

Bien amicalement

Fabien

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// Article publié le 13 décembre 2007 Pour citer cet article : Didier Peyrat, Fabien Robertson, Jean-Louis Prat, « Vers une nouvelle candidature Royal ? », Revue du MAUSS permanente, 13 décembre 2007 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Vers-une-nouvelle-candidature
Notes

[1NDLR : Nous avons préféré laisser tel quel le côté « brut » du débat et nous en tenir à la correction des quelques fautes et à une présentation plus claire du dialogue..

[2Il me semble d’ailleurs, si je puis me permettre, que le Mauss pourrait, par exemple sur la base du livre collectif dirigé par Alain Caillé à La découverte, et aussi des travaux de Y. Sintomer, organiser une réflexion et un débat là-dessus.

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