La masturbation solitaire, le don et l’utilitarisme

Une discussion a agité récemment les milieux Maussiens sur le thème : peut-on se donner à soi-même ? Oui, ont répondu certains en se référant à la masturbation. Mais celle-ci est-elle de l’ordre du don ? Ne serait-elle pas plutôt du côté de l’utilitarisme ? Ceux qui veulent se faire une idée sur la question trouveront ici un argumentaire fouillé.

Un jour où il se masturbait sur la place publique, il s’écria : « Plût au ciel qu’il suffît aussi de se frotter le ventre pour ne pas avoir faim !  » [1].

Diogène de Sinope, dit le cynique, l’un des philosophes antiques les plus fameux du courant éponyme, illustre par cette action rapportée par Diogène Laërce tout le paradoxe d’une pratique sexuelle marquée traditionnellement du sceau du retrait [2] et du secret [3]. Dans l’ombre de la pratique secrète, elle porte en elle le germe du matérialisme hédoniste le plus radical mais aussi celui de la liberté imaginative la plus extrême tout en renonçant à l’encadrement et au contrôle du social. Ce « Socrate devenu fou » [4], d’après Platon, met en lumière, au sein même du plus éclairé des théâtres sociaux, la place publique, lieu du Marché et de la présence de l’Etat, comme un blanc inouï dans l’éternel spectacle du social.

Une faim sans fins ?

Son acte et son énoncé en formes de jeux de mots (se « frotter le ventre » pour ne plus avoir faim) peuvent se comprendre simplement :
L’aiguillon sexuel et le plaisir sexuel associé à sa satisfaction peuvent être rassasiés de manière autosuffisante par soi-même.
Il n’en va pas de même, hélas, du ventre puisque l’échange est au centre de nos rapports à la nourriture. Il faut rentrer en rapport avec la nourriture (et non pas juste se frotter le ventre) et donc rentrer dans un échange avec l’autre, les autres.
Mais ces interprétations semblent nous laisser sur notre faim… puisque si la faim de nourriture (vitale) et la faim de plaisirs (dits « naturels ») sont comparables, malgré cette divergence première, alors la conclusion de ce pied-de-nez antique nous renvoie par association à une sorte d’économie du sexuel comme toujours insaisissable [5]. Explications : si l’on peut manger pour vivre, l’on peut tout aussi bien vivre pour manger. Et la pratique de la masturbation solitaire, traditionnellement dans le secret de son retrait, ne pouvait « rendre des comptes » éthiques au social. En faisant apparaitre au grand jour ce secret qui traditionnellement n’apparaît pas dans le social en tant qu’acte privé, privé du social donc, on fait apparaître de manière transgressive la possibilité du plaisir pris sans la présence de l’autre, ou plutôt, sans l’autre au sens de l’autre sujet réel et agissant d’une relation – puisque dans le cadre de nos fantasmes, nous dirigeons toutes les opérations suivant le bon vouloir de nos fantaisies [6].

Le Retour sans investissement

D’utilitariste à première vue, puisque recherchant la satisfaction égoïste et matérielle de l’individu, la masturbation trahit cette « cause » en deux points [7] :
elle ne veut pas « rendre des comptes » au social (on peut se masturber autant de fois que l’on veut en respectant le secret, secret que trahit Diogène cyniquement, pour les besoins de sa démonstration de spontanéité et de retour à un état qu’il estime « de nature »).
elle base sa satisfaction sur un « retour sur investissement » ¬- voire un « retour sans investissement » - immatériel et in-quantifiable. Le matérialisme radical de Diogène n’exclut donc pas un rejet de l’utilitarisme culturel.
Transformant les mœurs comme la monnaie, [il] sacrifia les lois à la nature, nous rapporte Diogène Laërce. Sous cet angle, il ne serait peut être pas complètement impensable de considérer que le philosophe défendait en creux, derrière les paraboles inabouties et les actes insensés d’autres types de rapports entre les individus, au sein du social, que ceux de l’argent et de l’utilitarisme.

Le faux Monnayeur

A l’évidence, les énoncés paradoxaux, les paradoxes théâtralisés du cynique dessinent de leur ombre un cheminement, une quête destinée à retrouver l’homme dans son destin « naturel », vrai et spontané. Un sens naturel et spontané de relations interindividuelles ? A la fois obligatoire et libre, dans le calcul (intérêt) et l’aimance ? Peut être quelque chose ressemblant à d’antiques modes de rapports entre les hommes et les femmes dans les sociétés dites premières. D’aucuns [8] pensent à un contrat tacite matérialiste et hédoniste interindividuel. Possible. Pensable aussi : un rejet du monde s’éloignant jour après jour un peu plus du « Donner/Recevoir/Rendre » qui devait encore faire entendre ses échos de manières traditionnelles mais très présentes dans les récitations homériques et des rites religieux toujours vivants. Paradoxe, non, quand on se masturbe « solitairement » en public ? Quand on refuse le « donner » et que l’on se le donne à soi-même de peur de se « faire avoir [9] ? » Car oui, la masturbation solitaire échappe au don. Comme elle échappe à l’utilitarisme. Elle est un retrait. Une absence. Un blanc. De l’utilitarisme comme du don. Dans ce blanc, cette suspension de sens, de jugement donné par le don et le regard d’autrui. Elle est la part inconnue, vacante, totalement libre d’aller, de venir, de se poursuivre, de s’arrêter, totalement soustraite aux contraintes. Elle contient en elle tous les possibles de l’imagination. C’est la pratique idéale pour Diogène. Car paradoxalement, il donne à voir aux Athéniens… et de cette bien curieuse manière, va faire leur faire un don.

Le don sans don de Diogène

Mais que l’on « donne à voir » le spectacle du tout venant qui, lui, se masturbe sans doute en privé, sur la scène du public, alors peut être le théâtre social s’effondre dans la confusion engendrée par le transgressif, devant le don paradoxal de Diogène. Un don cynique. Un don de chien qui aboie un retour au temps où l’on «  caresse ceux qui (me) donnent, aboie contre ceux qui ne (me) donnent pas, et où l’on mort ceux qui sont méchants » [10]. Un don de chien, encore fidèle aux temps archaïques.
Et le contre-don pédagogique qu’il appelle peut-être de ses vœux est peut être bien là, dans une envie de résurgence fantasmée d’une société grecque originelle. Celle d’avant l’argent frappé, d’avant l’invention de la cité hoplitique puis d’Alexandre, d’avant les liens de citoyenneté et entre étrangers-hors liens tribaux plus « resserrés » - une socialité primaire du « génos » [11]  ? Pourtant, si l’on considère que Diogène, en se masturbant en public sur la place du marché, a fait œuvre de philosophe pédagogue, refusant la « petite » ou « fausse » monnaie de relations calculées par le marché et le jeu social de la cité, des cités entre elles dans le Grand Jeu d’Alexandre-le-Grand, on peut peut-être peindre ce passage à l’acte comme un aboiement de plus pour évoquer un retour à une société plus « archaïque », plus « spontanée », basée sur le « Donner/Recevoir/Rendre ».

Masturbation et utilitarisme

Rappelons que « sans nous soucier de nuances superflues, (nous) qualifions d’utilitariste toute doctrine qui repose sur l’affirmation que les sujets humains sont régis par la logique égoïste du calcul des plaisirs et des peines, ou encore par leur seul intérêt, et qu’il est bon qu’il en soit ainsi parce qu’il n’existe pas d’autre fondement possible aux normes éthiques que la loi du bonheur des individus ou de la collectivité des individus » [12]. Depuis Diogène et le questionnement opéré par sa masturbation en public, la masturbation, en Occident, a connu plus d’un rapport avec l’utilitarisme ; à tel point que l’on peut supposer, après d’autres [13], que la masturbation solitaire a pu éventuellement devenir une problématique au sens foucaldien. Notamment depuis l’avènement de l’Utilitarisme généralisé en Occident, puis depuis l’avènement du (néo ?)-libéralisme sur la totalité du monde globalisé contemporain. Et c’est à l’aune du « donner, recevoir, rendre » que nous prenons la mesure de cette approche problématique de la masturbation dessinée à (très) grands traits.

I LE « DONNER »


I.I Masturbation et le donner-recevoir-rendre maussien

Car à l’aune du « donner/ recevoir/ rendre » nous tenterons de dessiner en positif le présupposé et hypothétique projet de Diogène tout en évoquant la relation de la masturbation solitaire et de l’utilitarisme [14]. Pour Mauss, le paradigme du don apparaît comme ce « roc » qui résiste à tous les assauts du soupçon et bel et bien ce qui résiste aux variations des temps et de l’espace en anthropologie [15]. Pour A. Caillé et les intervenants et amis du MAUSS (mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), la validité première de ce paradigme du don dans toutes les sociétés « premières » étudiées et sa résistance à l’utilitarisme dans les sociétés modernes relèvent d’une (si ce n’est la) loi majeure de la relation sociale [16]. Majeure en ce sens qu’elle est « totale » [17], mobilisant tous les champs de connaissances et d’interactions humaines. Et c’est Mauss qui en eut l’intuition première. Prenant notamment appui sur l’observation des pratiques de « Kula » en Nouvelle-Guinée et de « Potlatch » dans les sociétés chinooks – indienne – du nord-ouest de l’Amérique, Mauss établit les trois temps, les trois pulsations du paradigme du don qui font et donnent le sens du rapport à l’autre, du rapport social : donner, recevoir, rendre.

Don premier

Grâce à « Kula et Potlatch », il précise que le paradigme du don tient autant de l’âgon, de la lutte concurrentielle que de l’alliance, de la paix. On donne pour obliger. Obliger l’autre qui doit remercier puis rendre pour rétablir l’équilibre d’une dette toujours réactivée. Le don tenant de la lutte comme de la paix, elle est mouvement et stabilisation du rapport humain – d’où, peut-être, son ambivalence dans les langues germaniques du sens de « Gift », don et poison. A. Caillé, J. Godbout et les intervenants du Mauss, redécouvrant, après quelques années d’éclipse dans les débats intellectuels, l’apport fondamental de Mauss aux Sciences Sociales, creusent un sillon original et profond en sociologie et anthropologie contemporaines, entre sociologie classique et microsociologie.
A. Caillé notamment recense les quatre pôles fondamentaux du paradigme du don [18] :
il est libre et obligatoire révélant une acceptation libre, une adhésion à une prise de risque, une inconditionnelle conditionnalité.
Il fait appel à l’intérêt comme à l’ « aimance » (néologisme entre attraction et amour, permettant de mettre à distance la notion d’amour dans sa vision chrétienne ou sentimentale), mêlant calcul égoïste et spontanéité et oubli de ce calcul.

La masturbation hors don

Revenons à notre masturbation solitaire. Rejetant l’interaction, la masturbation rejette le temps « transcendant » par excellence du paradigme du don. Car c’est dans la première pulsation que s’amorce la « spirale » [19] du don et l’« étrange principe d’alternance » [20] qui donne du sens social dans un principe d’« incrémentation ». Le don rejeté est le don par excellence, le don épiphanique de la naissance [21] dans le cadre d’une relation par pénétration sexuelle hétérosexuelle menée jusqu’au terme dit « naturel ». Parallèlement, elle rejette également le don du plaisir associé qui, lui, peut se trouver dans toutes relations sexuelles. Elle ne donne du plaisir qu’à un seul sujet auto-suffisant qui n’est redevable qu’à lui-même. Pour autant, la masturbation, allant chercher sa raison d’être dans l’égoïsme et le matérialisme, prend tout de même ses rêves pour des réalités et organise sa satisfaction sur des simulacres, hors matérialité [22]. Sur de la fiction. Elle réarrange le social suivant son bon vouloir. Libertaire, elle se permet de fantasmer sur la femme ou le mari du voisin, le Président de la République, sa femme ou le journaliste du journal télévisé sans rendre de compte. En ce sens, ne désirant pas de social stable, elle congédie tous les rapports usuels. De classes, hiérarchiques, de mœurs etc. [23]

La Liberté premiere du don

Déséquilibre équilibré d’une dette toujours active entre les individus [24], les sociétés et les générations, les deux parties engagées dans le don, entretiennent le paradigme anti-utilitariste car les parties engagées ne mettent pas fin à la boucle… [25]
en faisant définitivement leurs comptes
ou en mettant fin au don par « peur de se faire avoir » [26].

Sortant de la boucle et de cet abandon dans le possible risque du non-retour, les liens deviennent ceux de la guerre… ou du contrat. La masturbation solitaire, hors-boucle, ressemble à celle de Diogène le faux-monnayeur, qui rejette tout autant ceux qui font leur compte comme ceux qui ont « peur de se faire avoir ». Le seul élément qui nous fait penser que Diogène était aussi un satiriste est qu’il se portait sur la place publique pour rappeler à tous la liberté première de rentrer dans le lien, dans le paradigme du don. Liberté qui conditionne l’abandon à ce risque fondamental qu’est le lien dans le don. Un Amor fati du lien en quelque sorte. Une paradoxale injonction d’adhésion libre.

I.II La masturbation et l’utilitarisme

Pour la Chrétienté occidentale d’avant les Lumières, la masturbation solitaire est un péché, soit, mais qui ne recueille pas (toutes) les faveurs des foudres dispensées par les grands docteurs et moralistes de l’Eglise Catholique [27]. Elle est un péché contre-nature, soit. Mais elle partage cette qualité avec toutes les pratiques qui viennent contrecarrer le plan de Dieu, très explicite dans la Bible, s’agissant de la multiplication des hommes – suite au péché originel. Autrement dit, avec notamment le coïtus interromptus, la sodomie. Et cette dernière pratique est véritablement au cœur du dispositif de la culture de l’aveu [28]. Pour la masturbation, un péché plus grave encore vient parfois s’additionner à ce premier péché contre-nature, c’est le péché de concupiscence. Pour autant, la masturbation solitaire, même si elle est condamnée, ne représente pas encore un vrai problème systématique. Puisqu’elle est encore cachée, secrète, asociale, elle ne représente pas un point d’obsession particulier puisque toute l’attention est consacrée à la procréation et à son refus. Elle est condamnable parce qu’elle ne conduit pas à la procréation mais on ne prend pas en compte le plaisir induit par ces « mollities » [29]. Et l’on étudie avec soin les contextes et l’intention du masturbateur pour établir des degrés du péché et pour finalement ne pas toujours condamner la masturbation comme un péché mortel (pollution nocturne, non concupiscence) et parfois la considérer juste comme un simple péché véniel [30].

La masturbation de l’homo oeconomicus

Avec les Lumières, l’irruption de la raison triomphante, l’homo œconomicus occidental a organisé un monde libéral où la transcendance divine fut bannie et le contrat devenu un modèle de relation. Ce système où le paradigme du don fut écrasé, notamment dans son troisième terme (le « rendre », puisqu’assimilé dans la même séquence au « recevoir » [31]), s’est étendu au XXe siècle à l’ensemble des sociétés de la planète. Le renouveau de l’étude de Mauss, notamment grâce au MAUSS, a permis d’établir et de peindre une histoire de l’utilitarisme de plus en plus complète [32] – et hors le Marxisme et le structuralisme qui peuvent souvent se penser comme des utilitarismes. Avec la culture de l’aveu développée depuis le Moyen Âge, la sexualité est devenue un vrai pan de connaissance humaine que la religion notamment avait révélé et inventé. Ce champ de connaissance inventé, dans le cadre de la société libérale du XIXe siècle, va prendre une importance considérable, et la masturbation va devenir une vraie problématique au sens foucaldien. C’est la thèse de certains historiens et sociologue de « genre » tels que Laqueur.

La grande peur

Révélée par le langage et l’aveu, la masturbation sort de l’ombre et devient un enjeu majeur du contrôle social. Elle échappe au grand recensement des objets du monde et à la « libération » des liens traditionnels [33]. Elle échappe au commerce comme elle échappe à la démocratie. Elle échappe à l’échange et représente donc un danger. De multiples ouvrages recensent l’histoire de cette « grande peur en Occident » et décrivent le mécanisme : on identifie la masturbation, on la sort de du noir. On l’éclaire et on la terrorise. Ou plutôt on terrorise ses pratiquants sous couvert de médecine, de scientificité… et surtout de marché puisqu’il s’agit toujours de vendre des potions, des poudres, des outils, des aliments (voire… des cornflakes pour le bon Dr Kellog [34]), des opérations chirurgicales épouvantables ou des instruments raffinés de torture ou de remise au pas social. Cette grande peur s’étendra de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle [35] et, sans conteste, on peut penser que, dans sa tentative d’arraisonnement de cette pratique, l’homo œconomicus a tenté de mesurer le bonheur, le plaisir et le « rendement » (autrement dit le rapport matériel entre une activité et la production). L’étalonnage forcé du sexuel ne pouvait pas oublier la masturbation qu’il a fallu débusquer de son trou de souris, du gris et du noir du très privé. Les médecins, les pasteurs quand ils se faisaient scientifiques (comme Darwin) ne pouvaient pas oublier que la reproduction est, d’un point de vue utilitariste, une production, et qu’elle est stimulée par un plaisir égoïste. Autrement dit, un petit plaisir égoïste permettant de maximiser le bonheur humain général. L’utilitarisme le plus strict.

Illustrations schizophréniques

La masturbation solitaire étant un petit plaisir égoïste ne permettant pas cette maximisation du bonheur général, il a bien fallu, comme elle était apparue dans la lumière des réalités publiques, la traiter comme une déviance. Et ce, dans une société d’une pudibonderie extrême et d’un besoin de rapport codé par le contrat. A titre d’illustrations, on pouvait, au plus grand moment de cette grande peur, préconiser aux jeune garçons le bordel ou le mariage plus précoce pour échapper au vice [36] ; pour les femmes, l’hystérie, comprise comme une maladie nerveuse engendrée par une inadéquation physique dans l’appréciation normative de la pénétration vaginale (soit qu’elle en manquait, en qualité ou en quantité à cause d’une mauvaise hygiène conjugale, soit qu’elle s’adonnait au « vice »), devenait une maladie exponentiellement partagée et que l’on a tenté de guérir… par la masturbation (manuelle chez le médecin puis instrumentale avec un godemichet électrique) [37]. La schizophrénie menaçait l’individu car il était coincé entre le puritanisme et le marché. Entre le devoir d’aveu, la culpabilité et l’autre devoir : se mettre au même pas que celui du contrat. Tout était caché mais encadré. Et cet encadrement se manifestait dans des fenêtres particulières. Comme la peur diffuse de la masturbation qui engendrait, on se le disait à cette époque, de terribles maladies dégénérescentes (jusqu’à la mort dans d’atroces souffrances), menaçait tout un chacun, elle permettait un sévère contrôle social. Le don de soi était obligatoire, perdant ainsi tout rapport avec le paradigme du don.

II LE « RECEVOIR »


II.I Masturbation et le recevoir maussien

Dans la masturbation solitaire, je ne donne qu’à moi-même et la réception ne concerne que moi-même.
La réception et le plaisir physique sont liés à un ressenti physique d’une caresse que quelqu’un d’autre aurait pu me procurer mais que je ne donne qu’à moi-même. Elle ne donne aucun sens. Ou juste fantasmatique. Comme une convocation de caresses d’une première fois, véritablement réelle cette fois-là. Elle n’opère aucune réflexivité. Autrement dit, elle ne donne pas d’identité sociale au pratiquant. Ou peut-être si elle donne une identité, elle donne juste le sentiment d’exister. Mais cette existence n’a pas encore de forme liée à la confrontation à autrui. Elle est un « je suis » qui ne va pas plus loin que cette affirmation gratuite d’un sujet qui se pressent exister. En ce sens, on comprend que Freud associera la pratique avec le « ça » et dont l’adulte devra recouvrir du « surmoi » pour avoir un « moi ». Diogène, en ce sens, présente le « ça » au « surmoi » de la place de la cité, faisant œuvre de terroriste sacrilège. La masturbation est première conscience de soi et elle est l’expression d’un principe de liberté pleine et entière.

La Masturbation solitaire, un simulacre du don

Elle me libère du lien en un sens mais me rattache à lui car elle le fait vivre de manière fantasmatique. Je peux, en me masturbant, rêver faire l’amour à un être disparu, mort, n’existant pas, plus, pas encore, bref imaginaire ; etc. Elle fait apparaître le don sans risque. Elle évacue le risque car, de ma liberté totale, je dispose. Mais elle pose en elle-même les limites d’un reflet imaginaire d’une situation qui pourrait être réelle. Si elle ne veut pas du lien, elle n’en libère pas. Et dans ce cadre fantasmatique permet de rêver à des liens affectifs où le donner/recevoir/rendre prendrait leur place. On peut rêver avoir une dette positive avec un tel ou une telle. Elle libère de la possibilité du poison tout en pensant trouver une image du don. La masturbation n’empêche pas la théâtralité du recevoir dans un simulacre puisque c’est un don que l’on fait à soi-même.

La Masturbation solitaire, un jeu sur le don ?

Cette théâtralité du recevoir est même le cœur du processus puisque c’est le simulacre plus ou moins réussi qui donne toute la réalité au plaisir solitaire. On partage avec des invocations irréelles des dons qu’on aimerait faire ou recevoir parfois en toute réalité. On joue à mettre en scène des situations paradigmatiques du don. Dans des séquences entières. Ou dans des séquences tronquées [38]. A nous d’assumer, sans les inconvénients, les séquences des vécus fantasmés. La masturbation vue comme un jeu infantile d’appropriation des possibles, c’est d’ailleurs la thèse de Freud qui y voyait comme un passage obligé du principe de plaisir avant qu’il ne rencontre celui de réalité et comme l’expression d’une tension entre les deux [39]. Enfin, la masturbation questionne notre mode de compréhension de ce que nous appelons la réalité. Faisant appel à des images non validées par le jugement des autres, elle refuse le corps de l’autre tout en l’appelant dans un jeu d’apparitions non incarnées. Contradictoire, elle n’en est pas moins l’expression de notre irréductibilité première de sujet libre [40]. Libre de jouer… ou pas.

II.II La Masturbation et le mythe de la rareté

La masturbation, dans l’histoire de sa pratique en Occident, comme dans la problématique foucaldienne que l’on peut analyser depuis l’avènement du libéralisme utilitariste, a rapport avec les mythes de l’abondance comme de la rareté. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Diogène lance son « Plût au ciel … ». Parce que, comme le « manger », le sexuel, mais dans une moindre mesure, oscille toujours entre besoin et envie. A telle mesure qu’il est parfois difficile de se maintenir dans la tempérance, idéal traditionnel grec. L’hybris étant parfois au coin de la bouche du mythe comme de la rue, Diogène met à nu les contradictions sur la place publique entre le discours très traditionnel et la réalité qu’il tente d’éprouver dans une sorte de libre « naturalité », une « spontanéité » qu’il pense « archaïque ». Ce qui faisait peur aux docteurs de l’Église quand ils analysaient les péchés représentés par la masturbation, c’était le péché transcendant. La masturbation allait contre l’ordre de Dieu. Contre la réalisation de la nature divine qui devait se matérialiser sur terre. L’ordre était clair. Il fallait se reproduire. Le plaisir était en cadeau. Ou plutôt c’était l’emballage [41] dans la conception maussienne du don. C’était ce qui se surajoute à la matérialité du don et qui motive son retour (le « hau » ?) continuel dans une dette sans mesure. Bien évidemment, le don de Dieu qui est la continuité de l’espèce est un don si écrasant que la dette est inextinguible. Faire de la recherche du seul plaisir égoïste une quête et vous voilà prendre l’emballage pour le cadeau. Prendre la rareté pour de l’abondance. L’abondance du plaisir à portée de main, vous ignorez le prix (sans montant et à jamais écrasant) du Don de Dieu. L’absence de prise de conscience du mythe de la rareté était au cœur de l’analyse des péchés chrétiens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’analyse du contexte et de l’intentionnalité était au cœur de la culture de l’aveu.

La Masturbation solitaire et le mythe de l’abondance [42]

Comme la masturbation solitaire est incontrôlable, et depuis qu’on la faite sortir du bois sombre et privé qu’elle hantait, on l’a suspectée d’être une dépense inconsidérée de plaisir, de sperme pour les garçons et d’imagination pour les petites filles. Depuis l’avènement de l’Utilitarisme du XVIIIe siècle, nul doute que l’on ait voulu la mesurer, la compter, la contrôler. Subordonner l’élan sexuel aux besoins d’ordre du marché libéral, voilà qui était devenu nécessaire. Et de l’avis de tous les auteurs, ce n’est pas l’Église catholique qui fut la plus répressive [43]. Mais bel et bien tous ceux à qui l’économie importait. Il était honteux qu’on puisse s’abstenir du social et par là-même du marché. La masturbation était une source d’abondance irrationnelle hors le marché, qui lui est rationnellement et éternellement croissant. Une concurrence déloyale en somme. Il fallait l’encadrer et faire revenir ou advenir la masturbation dans le monde. On employa la voie de la culpabilisation… et du commerce. Par le fait de charlatans, auteurs de pamphlets sulfureux [44], la masturbation allait devenir la mère de tous les maux physiques et médicaux cette fois. Le religieux ne suffisant pas pour que l’on se sente concerné, il fallait du concret, du rationnel. La déchéance physique attendait tous ceux qui ne voulaient pas jouer le jeu de l’utilitarisme. L’abondance ne devait contrecarrer la rareté dans le marché et uniquement dans le marché. Toute autre abondance devait être conspuée. On peut d’ailleurs, de ce fait, comprendre pourquoi le marché va main dans la main avec le puritanisme. Le puritain discourt sur la rareté [45], voire l’élection (prédestination). Le commerçant, lui, pourvoit au stockage et au commerce [46], et discourt sur l’abondance (signe d’élection). Ils ont donc besoin l’un de l’autre. Sur les liens entre masturbation et imagination non utilitariste, on pourra se reporter utilement à l’imagerie pornographique des femmes se masturbant ou simulant la masturbation avec une œuvre littéraire à la main [47]

II.III La masturbation et le mythe de l’égalité

Dans son histoire de la sexualité, Foucault fait la démonstration que le mythe de l’égalité se développe au sein du couple conjugal hétérosexuel sur une très longue période allant de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Il montre, notamment grâce à la problématique de l’amour entre garçons, que l’amour chrétien entre hommes et femmes va reprendre ce thème jusqu’à nos jours. Ce mythe de l’égalité va renforcer à nos yeux la peur provoquée par la masturbation au XIXe siècle. Comme l’utilitarisme peut être vu comme l’un des formidables moteurs de création de la démocratie représentative moderne, il peut également être vu comme un moteur de cet égalitarisme dans les relations interindividuelles affectives. La résistance à cet égalitarisme après la « naissance de l’individu moderne » peut se trouver par ailleurs peut-être plus visible dans les comportements féminins que masculins [48] (ce qui n’empêche pas les hommes d’avoir un rôle dans cette résistance). Mais les chercheurs du MAUSS, dans leur quête du paradigme du don, y compris dans les sociétés modernes, établissent sans conteste la présence d’une résistance à l’arasement utilitariste et à l’égalitarisme dans les comportements traditionnels des mères, des femmes. A l’origine du don primordial, celui de la naissance, elle résisterait à une sorte de productivisme du monde plutôt marqué par le masculin, disons dans son acception de genre traditionnelle [49] [50]. De sorte que, et c’est notre hypothèse, au moment du grand arraisonnement du monde par la raison et l’utilitarisme occidental, la masturbation représente un angle mort dangereux d’où l’on peut ressusciter, à l’instar de Diogène, un fantasme de paradigme du don primordial.


III LE « RENDRE »


La masturbation solitaire, même si elle se théâtralise dans la réception au même, ne saurait « rendre ». Elle est condamnée aux deux séquences du donner et du recevoir. Et encore… dans leurs versions égoïstes et non partageables qui ne donnent pas prise au « rendre maussien ». Car c’est dans le « rendre » dans le paradigme du don que l’on peut éprouver la boucle complète qui donne un sens « total » au social. Au vrai, si le don est l’acte fondateur, le rendre est l’acte d’adhésion au mythe de l’éternel retour du « roc » anthropologique [51].

III.I La masturbation hors du rendre maussien


Car le rendre peut se fondre dans le don quand on ne sait plus où le don premier a débuté. Quand le don premier établit une boucle sur plusieurs générations ou sur plusieurs collectivités spatiales. Il est bien difficile alors de bien segmenter les séquences et de ne plus voir qu’un seul mouvement. C’est le reproche que font d’ailleurs les maussiens à Lévi-Strauss quand lui ne parle que d’échanges d’objet et de femmes [52]. Le mot échange, dans ce qu’il a de binaire, ne saurait donner toute l’amplitude aux trois séquences bien cernées. Si le rendre de la masturbation solitaire n’existe pas et que l’individu, seul face à ses fantasmes éprouve sa totale autonomie face aux autres et au social, il ne peut pas logiquement éprouver ce que le rendre veut dire dans le paradigme du don : l’étrange principe d’alternance, la dette positive toujours réitérée et jamais cassée, l’épreuve de l’âgon et de l’alliance, de la liberté ressentie dans l’adhésion au premier sens social donné par le don [53]. Le pratiquant ne peut donc vivre ce que d’aucuns appellent la démocratie directe [54] archaïque – si elle a jamais eue lieu.

III.II La nouvelle masturbation utilitariste


Depuis la fin de la grande peur concernant la masturbation solitaire, disons, dans son appauvrissement et sa lente déchéance dans le courant du XXe siècle, seules quelques théories psychologiques d’inspiration freudienne résistent encore aux changements d’appréciation dans les sociétés occidentales [55] et maintenant globalisées depuis la fin du siècle dernier. Elles en font encore une pratique purement infantile qui ne devrait pas dépasser la date de péremption, l’âge adulte arrivé. Sans oublier les Églises qui sont toujours réticentes à ne plus en parler mais qui, de mauvaise grâce, n’en parlent quasiment plus [56]. On pourrait croire que cette dé-problématisation progressive marquait la fin des relations entre la pratique de la masturbation et l’utilitarisme. Mais non. Le rideau aurait pu à nouveau tomber mollement sur les pieds d’une pratique oubliée et à nouveau réalisée dans un secret relatif. Tout au contraire. L’utilitarisme poursuivant son œuvre d’aplatissement du don archaïque aux deux séquences du donner/recevoir, réduisant le temps du rendre et le faisant se fondre dans le recevoir immédiat s’est remis en chasse de la pratique de la masturbation, flairant encore et toujours un filon.

L’étalon hédoniste

Cette fois, le néo-libéralisme néo-utilitariste libère depuis une quarantaine d’années, non plus seulement des liens de lieu de vie, des temps de vie, mais il libère également des liens encore demeurés dans une logique relativement archaïque du don [57]. La première libération avait permis l’émergence de la démocratie et du marché. La deuxième, l’atomisation du corps social, l’émergence de la société de consommation mais également le souci de soi… autant que le « soi » se trouve dans le marché et le public non dans un « angle mort » de l’utilitarisme. Libération contre consommation. Le nouvel hédonisme se repaît d’une libération en croissance perpétuelle, ne supportant pas l’attente de sa satisfaction non ajournable (mort du « rendre » puisque l’on paye, on n’est pas tenu au rendre [58]), qui suppose le recensement méthodique des plaisirs et son recodage dans une logique consumériste. Il faut « aider Coca-cola à vendre son produit et […] vendre du temps de cerveau disponible. » [P. Le Lay, 2004]. Et pour cela, ne pas lésiner sur le principe de plaisir en simulacre [59]. Autrement dit, il faut produire du divertissement et de la représentation dans une société du spectacle, flirtant toujours avec « l’hyper réel » baudrillardien. Revenons à notre masturbation. L’utilitarisme l’avait pourchassée, rendue visible pour lui vendre, via la culpabilisation des antidotes, des poudres de perlimpinpin pour faire passer des codes de comportements très contraignants – le bordel, le mariage, le coït, la pénétration, vaginale de préférence, la position du missionnaire... L’utilitarisme de la société de consommation va la rendre visible en lui offrant, cette fois, une nouvelle virginité.

La masturbation libérée et mesurée

On va la libérer, la mesurer et la mettre en mouvement sur le grand marché. On va changer le nom des vieux godemichés [60], on va établir des normes de comportements acceptés socialement et à intérioriser cet état d’esprit, cet « éthos ». On va parler car parler libère. On va dire « ce n’est pas sale ». On va dire « c’est de ton âge ». Ou on va parler de « libération des mœurs ». On va même parler de « révolution » pour dire que l’on peut en parler à tous tout le temps. On va penser que le plaisir sexuel est à la disposition de tous, tout le temps. Qu’il faut juste trouver le bon distributeur. Le bon commerçant. Qu’il s’achète. Qu’il se vend. Que, comme la firme du bon docteur Kellog (celui-là même qui inventait les cornflakes pour un régime diététique anti-masturbation et qui versait de l’acide chlorhydrique sur les clitoris des petites masturbatrices), un « produit n’est pas vendu tant qu’il n’est pas acheté ». Les deux faces de la même monnaie. Le flux tendu de la nouvelle consommation qui apparaît et disparaît au bon vouloir du consommateur dans l’immédiateté de son désir [61] [62]. On va dire que la masturbation solitaire, c’est un jeu, mais non pas un jeu mortifère à arrêter à un certain âge. Mais un jeu à continuer à deux ou à trois ou plus… ou tout seul. A cet égard, les anciens vibromasseurs, inventés pour soigner les femmes de leur hystérie imaginaire, vont reprendre du service [63]… Pourvu qu’on libère, que l’on en parle et qu’on le place sur la place publique et surtout le marché, dans les magazines, les revues, les livres, la TV, le net... Les femmes sont à l’honneur de cette libération. Elles sont libérées et mesurées dans leur masturbation. Grâce à la mode récente des sex-toys. Les hommes se libèrent aussi. Grâce à la mode pornographique de l’hyper-réel [64].

III.III Du secret à l’utilitarisme

Entre le moine qui se masturbait en secret au XIIIe siècle, et que l’on soumettait à l’aveu pour établir le « curseur » de ses péchés, le bourgeois effrayé de voir son cerveau couler la nuit dans son sommeil au XIXe siècle et qui achetait la dernière trouvaille en poudre, en bordel, ou en opération chirurgicale, la femme qui ne trouvait pas de satisfaction dans la pénétration vaginale autant que conjugale et que l’on « soignait » avec villégiature dans les stations thermales et à qui le médecin pouvait prescrire des « massages pelviens » avec des vibromasseurs (5e appareil électroménager le plus vendu par correspondance aux USA au début du XXe siècle [65]), et la femme libérée qui achète son sex-toy en réunion « Tupperware » avec ses copines et qui en parle ensuite sur Facebook, il y a plusieurs pas. Pas qui racontent une problématique esquissée en forme de prise de contrôle d’un premier pas. Pas comme négation. Pas comme cheminement d’une prise de contrôle de la sexualité sous un ordre binaire. Un ordre qui fait entendre l’écho d’une mise au pas sur deux séquences exclusivement :
Le don monnayé.
Puis le recevoir égal au rendre.

CONCLUSION


Pratique hors du social tant qu’elle était secrète, la mise au pas de la masturbation, depuis qu’elle est devenue publique et mise sur le marché faussement transparent de la « libération/consommation » par la doctrine utilitariste, est assez problématique. Non pas que la doctrine investisse un domaine de lien, un domaine où s’exprime encore le paradigme du don. Car on l’a vu, la masturbation solitaire marque bien son domaine du retrait du social et de son refus d’engagement dans la confiance élémentaire et dans la spirale du don. Mais, là où l’inquiétude peut grandir, c’est dans le cheval de Troie que représente cette masturbation adoubée par le marché. Car la masturbation solitaire devenue publique n’est plus aussi solitaire. Elle devient narcissisme et fétichisme individuels tout autant que collectifs. Elle est un enfermement normatif dans une micro-socialité libérée mais non partageable de simulacres.
La masturbation de Diogène était une provocation cynique. Un éclair illuminant les tabous en place publique. On doutera qu’il en soit de même pour l’acceptation libérée, « mesurée » et enrôlée de la masturbation dans le monde globalisé de l’utilitarisme. Enfin, dans la sphère de l’affectivité conjugale et familiale qui est, de l’avis des chercheurs du MAUSS [66], une unité élémentaire de résistance à l’utilitarisme grâce à son système de « dette positive toujours réactualisée », on peut sans doute estimer légitimement que le marché, avec ce don en relation avec la libération sexuelle, donne un poison (de plus) aux vestiges de la société du don.

François Lamé est étudiant en sociologie à Nanterre (master 2). Il a rédigé ce travail sous la direction de Philippe Combessie.

BIBLIOGRAPHIE

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ARTICLES

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COULMONT B. hiver 2004, Technique et solitude (livres en note), Thomas W. Laqueur, Solitary sex : a cultural history of masturbation, Rachel P. Maines, The Technology of orgasm, in revue Labyrinthes num. 17.
FASSIN E. et MANGEOT Ph, printemps 2003, Le vice de la modernité, une histoire culturelle de la masturbation, entretien avec Thomas W. Laqueur, in revue Vacarme num. 23.
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// Article publié le 29 janvier 2010 Pour citer cet article : François Lamé, « La masturbation solitaire, le don et l’utilitarisme », Revue du MAUSS permanente, 29 janvier 2010 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?La-masturbation-solitaire-le-don
Notes

[1DIOGENE LAERCE, 1999, VIES ET DOCTRINES DES PHILOSOPHES ILLUSTRES, LE LIVRE DE POCHE.

[2Retrait qui motivera son association floue au coïtus interomptus depuis qu’Onan , lit-on dans la Bible, pratiquait une activité qui ne plaisait pas à Dieu. « Alors Judas dit à Onan : » Va vers la femme de ton frère. » Cependant Onan savait que la postérité ne serait pas la sienne et, à chaque à fois qu’il s’unissait à la femme de son frère, il laissait perdre terre pour ne pas donner une postérité à son frère. Ce qu’il faisait déplut à Yahvé, qui le fit mourir… ». Livre de la Genèse, XXVIII, 8-10.Traduction : Bible de Jérsualem, éditions du Cerf, 1986, page 69.

[3FASSIN E. ET MANGEOT PH, PRINTEMPS 2003, LE VICE DE LA MODERNITÉ, UNE HISTOIRE CULTURELLE DE LA MASTURBATION, ENTRETIEN AVEC THOMAS W. LAQUEUR, IN REVUE VACARME NUM. 23.

[4DIOGENE LAERCE, 1999, VIES ET DOCTRINES DES PHILOSOPHES ILLUSTRES, LE LIVRE DE POCHE.

[5D’où les prescriptions de diététiques et d’économie –au sens antique – étudiées par FOUCAULT dans son HISTOIRE DE LA SEXUALITÉ TOME 1 /LA VOLONTÉ DE SAVOIR ; TOME 2 / L’USAGE DES PLAISIRS, LE SOUCI DE SOI / TOME 3, Gallimard. Eviter l’Hybris. Se connaître soi-même et pratiquer la tempérance. En somme, mettre l’adage « De la mesure en toute chose » en pratique..

[6FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE.

[7On peut même se demander à la faveur de notre réflexion si les crimes imputés à Diogène et à sa famille concernant des activités de faux monnayeurs – et qui entraîneront leurs bannissements de Sinope et la fuite de Diogène vers Athènes – ne sont pas considérés comme des crimes « anti-utilitaristes » puisque dirigés contre la valeur symbolique de l’argent bafouée dans sa valeur de juste représentation des échanges. Autrement dit, Diogène et sa famille ne reconnaissant pas la valeur « transcendante » du « juste prix » et du « juste échange », ils sont bannis par la cité de Sinope, garante du marché et du maintien du respect dû à l’argent, droit régalien. Diogène, hors l’argent, hors l’échange, ne reconnaît aucune loi sociale pointe du doigt les paradoxes moraux (« je cherche l’homme » dit l’homme chien, la lanterne à la main dans les rues d’Athènes). Dans son matérialisme le plus radical, il maintient une sorte d’idéalisme, ce qui donne à ses aphorismes une tonalité toujours paradoxale. Son mode habituel d’éclairage philosophique suspend l’interprétation dans la confusion du paradoxe. Moraliste amoral il n’est ni nihiliste ni puritain.

[8ONFRAY M., 1990, CYNISMES, GRASSET ET FASQUEL

[9GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[10DIOGENE LAERCE, 1999, VIES ET DOCTRINES DES PHILOSOPHES ILLUSTRES, LE LIVRE DE POCHE.

[11Ceci, et c’est sans doute paradoxal, malgré son sens du cosmopolitisme.

[12CAILLE A., 2003, CRITIQUE DE LA RAISON UTILITAIRE, MANIFESTE DU MAUSS, La Découverte.

[13FASSIN E. ET MANGEOT PH, PRINTEMPS 2003, LE VICE DE LA MODERNITÉ, UNE HISTOIRE CULTURELLE DE LA MASTURBATION, ENTRETIEN AVEC THOMAS W. LAQUEUR, IN REVUE VACARME NUM. 23.6 – COULMONT B. hiver 2004, TECHNIQUE ET SOLITUDE (LIVRES EN NOTE), THOMAS W. LAQUEUR, SOLITARY SEX : A CULTURAL HISTORY OF MASTURBATION, RACHEL P. MAINES, THE TECHNOLOGY OF ORGASM, in revue Labyrinthes num. 17.

[14CAILLE A., 2003, CRITIQUE DE LA RAISON UTILITAIRE, MANIFESTE du MAUSS, La Découverte – MAUSS M., 2007, ESSAI SUR LE DON : FORME ET RAISON DE L’ÉCHANGE DANS LES SOCIÉTÉS ARCHAÏQUES, PUF.

[15MAUSS M., 2007, ESSAI SUR LE DON : FORME ET RAISON DE L’ÉCHANGE DANS LES SOCIÉTÉS ARCHAÏQUES, PUF. CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[16CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[17MAUSS M., 2007, ESSAI SUR LE DON : FORME ET RAISON DE L’ÉCHANGE DANS LES SOCIÉTÉS ARCHAÏQUES, PUF. CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[18CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[19GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[20GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[21Naissance au sens de « mise au monde » s’opposant ou se différanciant à tout le moins de la production.

[22FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE.

[23FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE.

[24GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[25GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[26GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[27STENGERS J. ET VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, POCKET.

[28FOUCAULT M., 1994, HISTOIRE DE LA SEXUALITÉ, TOME 1 /LA VOLONTÉ DE SAVOIR ; TOME 2 / L’USAGE DES PLAISIRS, LE SOUCI DE SOI / TOME 3, GALLIMARD.

[29C’est le terme employé pour décrire la masturbation au Moyen-Âge.

[30STENGERS J. et VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, Pocket.

[31GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE ;.

[32CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[33CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE. – GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE. - LAVAL C., 6.7.2009, L’UTILITARISME COMME REPRÉSENTATION SOCIALE DU LIEN HUMAIN, IN REVUE DU MAUSS PERMANENTE.

[34On renverra le lecteur au film d’Alan PARKER. Aux Bons soins du Docteur Kellog (The road to Wellville). 1994

[35STENGERS J. et VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, Pocket / BRENOT P., 1997, ELOGE DE LA MASTURBATION, ZULMA.

[36STENGERS J. et VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, Pocket / BRENOT P., 1997, ELOGE DE LA MASTURBATION, ZULMA.

[37MAINES R. P., 2009 (TRAD. FRANÇAISE), TECHNOLOGIES DE L’ORGASME, LE VIBROMASSEUR, « L’HYSTÉRIE » ET LA SATISFACTION SEXUELLE DES FEMMES, PAYOT.

[38FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE.

[39BRENOT P., 1997, ELOGE DE LA MASTURBATION, ZULMA.

[40FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE.

[41AU SUJET DE l’EMBALLAGE DANS LE PARADIGME DU DON : GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[42A PROPOS DE LA PROBLEMATIQUE MYTHE DE LA RARETE : CAILLE A. , 2001/2, AMBIGÜITES D’UNE CATEGORIE ANTHROPOLOGIQUE, LA RARETE RECONSIDEREE, IN REVUE DU MAUSS num 18- LA DÉCOUVERTE. -BAUDRILLARD J., 1970, LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION, DENOËL.

[43STENGERS J. et VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, Pocket – FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE. -FASSIN E. ET MANGEOT PH, PRINTEMPS 2003, LE VICE DE LA MODERNITÉ, UNE HISTOIRE CULTURELLE DE LA MASTURBATION, ENTRETIEN AVEC THOMAS W. LAQUEUR, IN REVUE VACARME NUM. 23.

[44STENGERS J. et VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, Pocket – FERRIER B., 1999, UN PLAISIR MAUDIT ENJEUX DE LA MASTURBATION, LA MUSARDINE. -FASSIN E. ET MANGEOT PH, PRINTEMPS 2003, LE VICE DE LA MODERNITÉ, UNE HISTOIRE CULTURELLE DE LA MASTURBATION, ENTRETIEN AVEC THOMAS W. LAQUEUR, IN REVUE VACARME NUM. 23.

[45LAVAL C., 6.7.2009, L’UTILITARISME COMME REPRÉSENTATION SOCIALE DU LIEN HUMAIN, IN REVUE DU MAUSS PERMANENTE.

[46CAILLE A., 2001/2, AMBIGÜITÉS D’UNE CATÉGORIE ANTHROPOLOGIQUE, LA RARETÉ RECONSIDÉRÉE, IN REVUE DU MAUSS num 18-

[47FASSIN E. ET MANGEOT PH, PRINTEMPS 2003, LE VICE DE LA MODERNITÉ, UNE HISTOIRE CULTURELLE DE LA MASTURBATION, ENTRETIEN AVEC THOMAS W. LAQUEUR, IN REVUE VACARME NUM. 23.

[48E. PULCINI DANS CHANIAL PH. (SOUS LA DIRECTION DE), 2008, LA SOCIÉTÉ VUE DU DON, MANUEL DE SOCIOLOGIE ANTI-UTILITARISTE APPLIQUÉE, LA DÉCOUVERTE.– GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE. ;

[49GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[50C’est d’ailleurs dans cette résistance que se trouvent les femmes lorsqu’elles se font elles-mêmes l’écho de la « naturalité » de leur genre. Voir BOZON M., 2002, SOCIOLOGIE DE LA SEXUALITÉ, NATHAN.

[51GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[52CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE.– GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[53CAILLE A., 2007, ANTHROPOLOGIE DU DON, LA DÉCOUVERTE ;

[54GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE. ;

[55BRENOT P., 1997, ELOGE DE LA MASTURBATION, ZULMA.

[56STENGERS J. ET VAN NECK A, 1998, HISTOIRE D’UNE GRANDE PEUR, LA MASTURBATION, POCKET.

[57LAVAL C., 6.7.2009, L’UTILITARISME COMME REPRÉSENTATION SOCIALE DU LIEN HUMAIN, IN REVUE DU MAUSS PERMANENTE.

[58GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE. ;

[59BAUDRILLARD J., 1970, LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION, DENOËL.

[60COULMONT B. 23 DÉCEMBRE 2006, LE VIBROMASSEUR-GODEMICHÉ : OBJET DE PLAISIR, IN REVUE MENSUELLE ESPACESTEMPS.NET.

[61BAUDRILLARD J., 1970, LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION, DENOËL.

[62Ce qui ne va pas sans une certaine valorisation de la « gratuité pure », du désintéressement pur. Sur ces thèmes, voir GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

[63MAINES R. P., 2009 (TRAD. FRANÇAISE), TECHNOLOGIES DE L’ORGASME, LE VIBROMASSEUR, « L’HYSTÉRIE » ET LA SATISFACTION SEXUELLE DES FEMMES, PAYOT.

[64BAUDRY PH, 1999, LA PORNOGRAPHIE ET SES IMAGES. POCKET

[65MAINES R. P., 2009 (TRAD. FRANÇAISE), TECHNOLOGIES DE L’ORGASME, LE VIBROMASSEUR, « L’HYSTÉRIE » ET LA SATISFACTION SEXUELLE DES FEMMES, PAYOT.

[66GODBOUT J. T., EN COLLABORATION AVEC ALAIN CAILLÉ, 2000, L’ESPRIT DU DON, LA DÉCOUVERTE.

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