Un parcours philosophique et politique franco-américain, via Castoriadis, Lefort et Gorz etc.

L’entretien qui suit fut initié par un jeune étudiant qui m’a contacté en 2011 et ne connaissait rien de cette brève biographie. Il était tombé par hasard sur un livre que j’avais publié en 2002 qui portait un titre que je trouvais parlant mais qui, en effet, supposait déjà des connaissances politiques et marxistes : The Specter of Democracy. Ma thèse était énoncée dans ce titre : Marx aurait dû parler du spectre de la démocratie, et si on lisait bien non seulement « le Manifeste » mais l’histoire dont la théorie de Marx devait être l’expression, on aurait compris que l’horizon qui se profilait déjà en 1848 promettait la démocratie. D.H.

Militant du mouvement des droits civiques aux Texas dans les années 1960, puis anti-Vietnam, évidemment (mais sans réfléchir au rapport des deux), je suis venu à Paris en 1966 où j’espérais trouver la vraie théorie révolutionnaire qui ferait sens de mes protestations et de mes convictions morales. Ce n’était pas simple ; j’étais naïf. Par exemple, je me suis fait refouler au guichet de la Fête de l’Humanité bien que me réclamant de l’universalité de la lutte (et de mon portefeuilles vide). Mais j’ai eu beaucoup de chance, j’ai rencontré des gens de gauche de tous bords et jouissais d’une certaine liberté dans la cour des intellectuels du fait de mon américanité francophone. En même temps, je n’étais pas un sociologue qui cataloguait les diverses tendances ; je n’étais pas venu en spectateur. Ainsi, par des articles et des livres écrits dans des revues aussi diverses qu’Esprit ou L’Homme et la société, Les Temps modernes ou les Études, Lettre internationale ou Critique, et aussi par une présence dans les médias, je participais à cette vie intellectuelle et politique française qui me nourrissait, ce dont témoigne une petite œuvre franco-américaine commencée par une note parue en 1967 dans Esprit sur les syndicats agricoles aux Texas, et poursuivie depuis. Œuvre de dilettante, favorisée ou imposée par cette bi-nationalité – conjuguée à une longue immersion dans le monde germanique à partir de l’école de Francfort –, j’ai publié livres et textes de philosophie (surtout « De Marx à Kant » (PUF), d’histoire (surtout « Aux origines de la pensée politique américaine ») et des commentaires politiques (écrits en français, « La démocratie à l’épreuve. Chroniques américaines ») ; j’ai participé à des débats universitaires qui cherchaient à faire comprendre aux uns et aux autres (par ex, Weber/Durkheim, ou bien à un autre niveau, Castoriadis/Lefort) ; et j’ai commenté la politique quotidienne (récemment quinze mois d’interventions tous les mercredis matins à Radio-Canada jusqu’aux élections de novembre 2012).
L’entretien qui suit fut initié par un jeune étudiant qui m’a contacté en 2011 et ne connaissait rien de cette brève biographie. Il était tombé par hasard sur un livre que j’avais publié en 2002 qui portait un titre que je trouvais parlant mais qui, en effet, supposait déjà des connaissances politiques et marxistes : The Specter of Democracy. Ma thèse était énoncée dans ce titre : Marx aurait dû parler du spectre de la démocratie, et si on lisait bien non seulement « le Manifeste » mais l’histoire dont la théorie de Marx devait être l’expression, on aurait compris que l’horizon qui se profilait déjà en 1848 promettait la démocratie.
Or ma belle thèse philosophique (étayée par une relecture des révolutions américaine et française) aurait pu être entendue dans la mouvance antitotalitaire et surtout après 1989, mais entre temps il y a eu le 11 Septembre, il y a eu l’Iraq, il y avait l’enlisement à l’étranger et le blocage aux États-Unis malgré (ou à cause de) l’élection de Barack Obama. Donc, comme beaucoup, comme moi, ce jeune étudiant, Doug Larocca, cherchait le nord, ou du moins un compas pour s’orienter. Il me mettait au défi de clarifier ma thèse puis de la confronter aux conditions actuelles.
L’entretien qui suit est rédigé et raccourci pour un public américain qui ne pouvait pas connaître et encore moins s’intéresser aux bagarres entre intellectuels français. Pourtant, lors de notre conversation, il fallait que je les présente dans leurs grandes lignes à Doug Larocca. Il y a des raccourcis, surtout concernant Lefort, Castoriadis, la revue Esprit… et moi-même, qui n’ai pas voulu trop centrer l’entretien sur ma propre expérience. Il ne s’agit donc pas ici d’un témoignage historique mais plutôt d’une contribution aux débats chez une certaine gauche américaine qui cherche à naître.
Je ne connaissais pas la revue « Platypus » avant cet entretien ; on m’a expliqué que le titre se réfère au fait que Friedrich Engels, du temps de son dogmatisme dialectique, qui coïncidait avec ses délires idéologiques-matérialistes, était convaincu – a priori ! – que l’existence de ces bêtes qui ont des traits appartenant aussi bien aux oiseaux qu’aux mammifères résultait d’un canard. Autrement dit, notre actuel « Platypus » se veut non seulement anti-idéaliste mais antidogmatique. C’est dans cet esprit que je me suis prêté à l’entretien qui suit.

http://platypus1917.org/2012/10/01/petrified-relations-must-be-forced-to-dance-interview-with-dick-howard/

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// Article publié le 27 mars 2013 Pour citer cet article : Dick Howard, « Un parcours philosophique et politique franco-américain, via Castoriadis, Lefort et Gorz etc. », Revue du MAUSS permanente, 27 mars 2013 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Un-parcours-philosophique-et
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