Manifeste pour une société conviviale, à propos de « De la convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir »

Une synthèse (en français, en anglais et en japonais) de l’ouvrage par en janvier 2011

Une présentation et une synthèse de l’ouvrage publié à La Découverte par Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche et Patrick Viveret.

Chers Amis [1],

Cela fait dix ans que nous avons lancé avec quelques amis [2] un « Argument » pour démarrer une approche qui ne soit pas seulement hétérodoxe et critique de la pensée dominante sur l’économie mais qui propose une pensée constructive propre à expliciter comment faire fonctionner un monde différent.

Je reviens vers vous en ce début 2011, avec l’idée d’Illich selon lequel, l’outil, c’est ce avec quoi nos activités construisent nos sociétés, notre monde et que cet outillage en devenant gigantesque, au lieu de servir l’humanité s’est mis à l’asservir. Il faut donc réformer l’outil pour que nos sociétés deviennent conviviales. Il faut pour cela que « tous saisissent qu’ils seraient plus heureux s’ils pouvaient travailler ensemble et prendre soin l’un de l’autre ».

Les lignes ouvertes par Illich ont convergé avec celles que nous avions tracées au cours des années et permettent, sur les acquis problématisés de nos travaux, de proposer un Manifeste pour une société conviviale .

Pour rappel nous avions problématisé notre démarche en premier dans cet Argument autour duquel nous avons réuni jusqu’à un millier de collègues, de professionnels et de citoyens impliqués dans plus de 60 pays. Ensuite, à l’issue du colloque de lancement réuni à Santiago du Chili en 2002 ont été présentés les fondements sur lesquels chercher à construire un savoir politique et éthique sur les activités économiques. Quatre blocs de connaissance ont alors été explorés principalement au cours de quatre colloques, deux furent tenus à Rennes, un à Bangkok et un à Dakar, dont la synthèse des résultats a été diffusée sous la forme de propos d’étape. Nous n’avons pu réunir un nouveau grand colloque sur la poursuite dans la ligne centrale de notre démarche. Toutefois, d’une part des opérations concrètes l’ont éclairée (ISBET et Teikei-AMAP) et d’autre part de petits colloques et finalement un colloque franco japonais assez important tenu à Tokyo, avec un travail collectif intense a amené nombre de ses participants a convenir, en partie en s’inspirant d’Illich, qu’au-delà du capitalisme et du socialisme on pouvait envisager de fonder le convivialisme.

Parmi les participants français, Alain Caille, Serge Latouche, Michel Renault, Patrick Viveret et moi-même publions un ouvrage en français en ce début janvier à la Découverte, « De la convivialité ». (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-De_la_convivialite-9782707167149.html).

Un ouvrage en japonais paraîtra dans les mois qui viennent avec des contributions d’autres intervenants japonais en particulier. Les signataires lançant le 12 juillet 2010 le convivialisme étaient : Hiroko Amemiya, Alain Caillé, Gilda Farrell, Marc Humbert, Kazumasa Kato, Katsumata Makoto, Yoshihiro Nakano, Michel Renault, Samuel Thirion, Serge Latouche, Osamu Nihitani, Yoshimitsu Sato, Eri Takahashi

Je vous invite à rejoindre ces premiers signataires et pour cela je vous mets en communication une sorte de synthèse des idées sorties de ce colloque et qui sont un peu plus explicites dans l’ouvrage à paraître le 20 janvier.

Marc Humbert

Télécharger ici la version du Manifeste en japonais :

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Manifeste pour une société conviviale

1- Poursuivre autrement la construction du monde commun

Les activités humaines ont construit et continuent de construire et de faire vivre des sociétés, habitant la Nature pour en faire un monde commun. Les modalités de ces activités, la manière dont elles sont organisées constituent un outil – multiple, aux composants à la fois matériels et immatériels- qui contribue, par ses caractéristiques, à déterminer certaines des « qualités » de ces sociétés, de leur fonctionnement présent et futur, et de leur insertion sur des territoires de notre planète, au sein de cet univers qui abrite notre commune humanité.

Après des millions d’années de déploiement en archipels, l’humanité a été réunie et bousculée par l’œuvre pluri-séculaire de la modernisation à vocation universaliste, commencée en Europe, affirmée avec les Lumières, sur des racines judéo-gréco-chrétiennes. La libération des énergies individuelles et le gouvernement du peuple par le peuple ont constitué un nouveau paradigme d’organisation résumé par le slogan du libre marché associé à la démocratie, paradigme qui a diffusé autour du globe et tend à s’imposer partout au nom des droits de l’homme et des bienfaits matériels promis par la mondialisation.

De ce type d’organisation a émergé une dynamique qui s’est emballée et dont les composants incontrôlés entraîneront l’humanité à sa perte si elle ne parvient pas à en changer, non seulement la vitesse, mais surtout la direction. Cela exige de réformer les processus actuellement à l’œuvre et d’engager des changements radicaux sans pour autant faire table rase de tout ce que la modernisation a apporté. Elle a permis un dépassement de l’obscurantisme liberticide et antidémocratique de certaines sociétés archaïques ; il est nécessaire que tous les individus disposent d’une certaine autonomie face aux traditions pour éviter le risque d’intégrisme qui conduit à la sclérose dès qu’elles exercent un contrôle social arbitraire et/ou religieux sur le peuple en dehors de tout processus démocratique participatif. La modernisation a permis également l’essor de la créativité et l’apparition de techniques améliorant de manière objective la qualité et la quantité de vie, faisant échapper à des calamités dites naturelles ; des sélections et réorientations sont nécessaires tout en poursuivant les processus qui, sans effets pervers, permettent d’achever la tâche de sortir de l’indigence matérielle et morale dont souffrent encore de nombreuses populations.

Les changements radicaux s’imposent principalement parce que les processus en œuvre sous le paradigme de la démocratie de marché ont constitué un outil qui est devenu hypertrophié. Au lieu de la servir, il asservit l’humanité en focalisant ses efforts vers un objectif de croissance illimitée. Bien qu’il soit tenu par ses prosélytes pour agir selon les lignes initialement définies de la démocratie et du libre marché, il lui a fallu, pour poursuivre cet objectif, s’éloigner de ces principes fondateurs.

2- Pour une société de partage refusant l’illusion du toujours plus

La progression vers toujours plus de production, condition permettant d’entraîner progressivement la prospérité pour tous est devenue, à partir d’un certain seuil, une illusion. Les peuples des sociétés qui ont passé ce seuil, poursuivent des rêves sans limites, qui les laissent avec des désirs jamais assouvis ; le confort matériel des « classes moyennes » et la liberté individuelle sans tabous, n’apportent pas le bonheur mais l’insatisfaction. Dans les sociétés « riches », l’indigence relative – celle des chômeurs et des travailleurs précaires- et l’indigence absolue – celle des exclus, sans abri, sans couverture sociale- n’ont pu être éradiquées. Les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches s’accroissent. Les projets de passage à une phase avancée de la globalisation, offrent en fait l’entrée dans une ère élitiste dite de la connaissance, avec la biogénétique, la cyber- et la trans-humanité pour un petit nombre de privilégiés dans les pays riches. Ils pourraient être rejoints par certaines classes supérieures dans les pays émergents (Chine, Inde, Brésil etc…). Ces pays n’ont pas atteint le seuil jusqu’où il est encore possible et nécessaire de sortir de la misère des populations nombreuses grâce à la croissance de la production. Toutefois les inégalités explosent dans ces pays. A l’échelon mondial, gardons à l’esprit que d’une part les populations en dessous du seuil de survie restent depuis les années soixante dix, de l’ordre du milliard de personnes, réparties un peu partout mais surtout dans les pays non émergents (notamment en Afrique subsaharienne), et que, d’autre part, la poursuite d’un rattrapage par les pays pauvres des conditions moyennes de consommation des pays riches devient explicitement illusoire ; les riches ont déjà épuisé la planète qui n’en peut plus : il faudrait 5 à 6 fois plus de ressources naturelles pour généraliser leur norme moyenne de consommation à l’ensemble de l’humanité. Sans parler des dégradations irréparables causées à cette planète ; elles sont le fruit de l’illusion de devenir maître de la Nature, en se pensant supérieur aux sociétés archaïques qui la respectaient, illusion qui perdure chez certains espérant encore une issue technique vers la cyber-humanité.

Faute de changer de direction l’humanité s’autodétruira où sera réduite à une élite installée sur une nouvelle arche. Un changement de direction exige un accord généralisé pour l’autolimitation de la croissance de la production et pour la mise en place d’une organisation qui ne dépende pas de la croissance pour assurer une répartition équitable des bienfaits de l’activité humaine.

3- Etablir une démocratie libre et ouverte promouvant le bien collectif

Pour que l’humanité puisse changer radicalement de direction avant de percevoir les signes assourdissants d’une catastrophe imminente, il faut que la mobilisation de la société civile continue sa montée en puissance pour faire une pression suffisante au changement des processus. Les Etats ont partout partie liée avec les puissances organisatrices de la croissance de la production marchande sans fin. Y compris dans les pays riches et prosélytes de la démocratie de marché, la démocratie tend à se réduire à un système d’une part d’élection périodique de représentants du peuple pris parmi le même petit groupe de politiciens et, d’autre part à des libertés individuelles étendues dans un univers envahi de messages conformateurs. L’Etat est devenu lui-même un outil de taille déraisonnable mais rationalisé et le gouvernement des hommes à cédé la place à la gouvernance des choses selon les principes de l’efficience de marché. Les élections sont concurrencées par les sondages d’opinion qui guident les leaders en quête du pouvoir et leurs campagnes sont orchestrées par des spécialistes de la publicité avec des slogans qui tendent à faire d’eux des « produits » politiques avec des labels (de « leur parti »). Un peu partout des oligarchies souvent techniciennes détiennent, parfois à tour de rôle, le contrôle de ces Etats. On est loin d’une ouverture pour l’implication libre du peuple et loin d’un processus de gouvernement du peuple par le peuple guidé par une philosophie morale et politique. On est tout aussi loin d’un libre marché.

La dernière très grande entreprise à avoir été démembrée conformément aux lois en faveur de la concurrence est ATT en 1984 : l’humanité – et les marchés- sont passés sous le contrôle, quasi monopolistique, de Google, de Microsoft et de Apple, de Monsanto et, oligopolistique, de quelques firmes dans la plupart des secteurs de la production immatérielle et matérielle, médias, banques, électronique, chimie, automobile, pharmacie etc. Leur gigantisme ne repose sur aucun argument technique, économique ou politique sérieux (mais justifie le soutien de l’Etat car too big to fail). Le moteur profond de leur survenue en est la recherche du profit accru pour les actionnaires qui, pour assurer leurs prérogatives, concèdent des rémunérations faramineuses aux dirigeants qu’ils nomment. Il faut donc les démembrer ; c’est le meilleur moyen pour que les productions soient plus conformes tant aux besoins du plus grand nombre qu’à l’intérêt collectif et que leurs dirigeants retrouvent des rémunérations plus basses, raisonnables et équitables, peut être relativement élevées en fonction des services rendus. En tout état de cause la démocratie n’est pas le mode de fonctionnement usuel des entreprises. Les monopoles à refuser sont aussi les monopoles radicaux, celui qui nous impose par exemple dans bien des villes d’utiliser l’automobile, ou nous imposerait de ne consommer que des aliments OGM. Le choix indispensable d’une priorité absolue aux transports en commun, de l’interdiction de l’usage non spécifique des véhicules automobiles dans les villes, le soutien à l’usage des vélos, l’extension de l’agriculture biologique etc…sont des choix qui ont une importance au moins aussi grande que celui de l’interdiction de fumer qui se généralise un peut partout dans les pays riches. Savoir se contenter de peu est une éthique de la simplicité connue universellement, aussi associée à Lao Tseu en Chine ou au bouddhisme zen au Japon.
Face au modèle dominant d’une démocratie oligarchique au service d’un marché monopolistique, il convient d’établir une démocratie libre et ouverte promouvant le bien collectif.

4- Organiser le « bien vivre ensemble »

L’établissement d’une telle démocratie véritable repose sur l’exercice possible par chacun d’une citoyenneté responsable qui participe directement à différents niveaux, et par des représentants élus, à la prise en charge et à la définition du bien collectif et donc à la redéfinition des directions et des processus. Faute de fonder ce politique sur du sacré et de l’immanent, il faut qu’il apparaisse comme juste, comme équitable. La première exigence est celle de l’appartenance à la même commune humanité, c’est-à-dire que les humains s’offrent les uns aux autres la reconnaissance de cette appartenance : cela impose d’organiser une vie digne pour chacun et donc en premier un accès inconditionnel de tous à la satisfaction des besoins essentiels - dont la traduction monétaire est contingente. Le lien social primaire, présent dans les sociétés archaïques et fondé sur la triple obligation de donner, recevoir, rendre doit être restauré ou plutôt à nouveau reconnu, si l’on veut maintenir cette commune humanité ; le sentiment de justice et d’équité pourra fonder la loyauté vis-à-vis des décisions collectives prises après délibération dans un espace public de confrontation pacifique. C’est un impératif à accepter à tous les échelons, du local au national et à l’international.

Le projet d’une société conviviale est de donner priorité à la société et d’en finir avec le désordre historique provoqué par la priorité donnée à l’économie. Cela signifie en particulier non seulement, exprimé en termes monétaires, un revenu minimum inconditionnel pour tous, mais plus largement une prise en compte, en priorité, de ce qui compte vraiment, c’est-à-dire de la vie -there is no wealth but life [3]-et non de ce que comptent en monnaie les marchés ou pseudo-marchés. Le sens du partage et de la coopération doivent guider la répartition des biens essentiels à la vie ensemble quand ils ne sont pas répartis au moment même de leur création comme c’est souvent le cas dans le cadre familial ou par les dons de la Nature : l’éducation des enfants à l’école est une extension, organisée collectivement, de l’éducation parentale et se poursuit par le partage de l’information et des connaissances ; l’éclairage public est une extension de même type des bienfaits du soleil comme tout ce qui aménage notre milieu de vie commune. Ces deux exemples définissent des biens publics à usage collectif. L’alimentation (par l’agriculture en particulier) et le logement, sont des biens tout aussi essentiels à la vie, et quoique d’usage plus individuel, doivent faire l’objet du même traitement différencié de celui des biens ordinaires. C’est cela prendre soin les uns des autres ; il faut aussi prendre soin dans nos différentes activités, de la Nature, dans son ensemble, qui est la source de toute vie, qu’on l’appelle patrimoine commun ou d’une autre manière et en tenir compte. La régulation des activités qui peuvent la dégrader irrémédiablement ne peut être laissée à des mécanismes de marchés ou de pseudo-marchés.

5- Organiser le « bien travailler ensemble »

L’ambition d’une société conviviale est de reconsidérer toute activité humaine dans sa dimension d’activité créatrice – prosaïque ou artistique – exercée de manière autonome, et fournissant des ressources qui contribuent pour leur part à nourrir la vie de la société. Nous serions plus heureux si nous pouvions « travailler ensemble et prendre soin les uns des autres » (Illich), c’est une condition de survie de l’humanité. La société a besoin de l’activité créatrice des hommes et de la nature qui font sa vie. Pour partager il faut au préalable avoir créé, dans une logique du travailler ou du « faire et vivre ensemble » et non dans celle de l’activité uniquement motivée par l’avoir pour soi (à quoi cela me sert ?) et par l’accumulation.

Les ressources sont un moyen de créer. La terre est une ressource qu’il faut souvent façonner pour en tirer d’autres ressources dont il sera possible d’obtenir les éléments nécessaires non pas pour l’abondance mais pour jouir ensemble du bonheur de la vie. Chaque étape de façonnage ou de création est celle d’une activité humaine entraînée et apprise à partir d’une « ressource » humaine, façonnée elle aussi. Au cours de l’organisation des activités de création et de partage des ressources il convient de tourner le dos à tous les processus d’exploitation. Nous devons faire cesser l’exploitation de l’humanité par des outils atteints de gigantisme tout autant que l’exploitation de l’homme par l’homme, dénoncée notamment par Marx. L’humanité doit mettre en place une organisation emboîtée reliant tous les niveaux, du local au mondial selon le principe de subsidiarité : il faut combiner l’autonomie individuelle, l’autonomie locale et l’autonomie nationale, avec les articulations et les coopérations nécessaires pour la gestion des problèmes individuels, inter-individuels, locaux, inter-locaux, nationaux, internationaux, planétaires, aux niveaux pertinents.

Certaines activités et leurs résultats sont partagés au moment de leur obtention ou sont constitués de ressources dont le partage doit être organisé selon des règles décidées en commun pour les raisons précisées plus haut. Pour une part, ces résultats sont des produits qui doivent cependant circuler depuis le lieu où ils ont été créés jusqu’au lieu où ils seront utilisés. Cette circulation concerne plus encore les « biens et services ordinaires » qui sont le lieu de pertinence d’un système de marché. Il faudra veiller à ce qu’il fonctionne effectivement comme un marché libre vis-à-vis du pouvoir de tout acteur n’ayant pas la légitimité des représentants de l’intérêt public. Bref on devra restaurer les différentes lois de la concurrence et les différentes normes et législations pour encadrer et réguler ces « marchés » comme cela était devenu le cas jusqu’aux années soixante-dix dans les pays industrialisés de l’époque. Il faudra en outre veiller à éviter les circulations allongées arbitrairement car en général motivées par une distorsion ; elles présentent un coût excessif en matière de préservation du patrimoine naturel. Une société conviviale privilégie les circuits courts en particulier dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation.

Manifesto for a convivial society

1- Building our common world further but differently

The human activities have built and are still building and maintaining societies, living in Nature to turn it into a common world. The modalities of these activities, the manner in which they are organised, form a tool (multiple, with both tangible and intangible components) which contributes, by its characteristics, to determine some of the « qualities » of these societies, of their present and future working, and of their insertion in territories of our planet, within this universe which shelters our common humanity.

After millions of years of deployment in archipelagos, the humanity was gathered and shattered by the pluri-secular work of modernisation with a universalistic vocation, initiated in Europe, asserted with the Enlightenment, on Judeo-Greco-Christian roots. The liberation of the individual energies and the government of the people by the people have formed a new paradigm of organisation summed up by the slogan of the free market associated with democracy, a paradigm which has diffused around the globe and tends to assert itself everywhere in the name of the human rights and of the material benefits promised by globalisation.

From this type of organisation emerged a dynamic which got out of hand and whose uncontrolled components will lead humanity to its loss if it cannot change not only the speed, but first and foremost the direction thereof. This requires reforming the processes currently at work and triggering radical changes without throwing away everything modernisation has provided. It has enabled to go beyond the liberticidal and antidemocratic obscurantism of some archaic societies ; all the individuals should enjoy some autonomy in front of traditions to avoid the risk of fundamentalism which leads to fossilisation when they exert an arbitrary and/or religious social control on the people outside any participative democratic process. Modernisation has also enabled the boom of creativity and the arrival of techniques improving objectively the quality and the quantity of life, thereby saving from so-called natural calamities ; selections and reorientations are necessary while pursuing the processes which, without pervert effects, enable to escape from the material and moral indigence still inflicted upon numerous populations.

The radical changes are essential, principally because the processes at play under the paradigm of market democracy have generated a tool which has eventually become hypertrophied. Instead of serving humanity, this tool enslaves it by focussing its endeavours towards an objective of unlimited growth. Although its proselytes claim it has been acting along the initially defined lines of democracy and of free market, it had, at the end of the day, to break away from its founding principles so as to meet this objective.

2- Sharing in society and rejecting the illusion of the « always more »

The progression towards steadily greater production, a condition for gradually driving prosperity for all has become, from a certain threshold, an illusion. The peoples of the societies who have gone beyond this threshold, pursue limitless dreams, leaving them with never satiated desires ; the material comfort of the « middle classes » and individual freedom without taboos, do not bring happiness but dissatisfaction. In « rich » societies, relative indigence (that of the unemployed and of the precarious workers) and absolute indigence (that of the excluded, homeless, without social cover) could not be eradicated. Inequalities between the poorest and the richest increase. The projects of switching to an advanced stage of globalisation have in fact turned into paving the way for a so-called knowledge era which is elitist, with biogenetics, cyber and trans-humanity for a happy few mainly in rich countries. They could be joined by certain upper classes in the emerging countries (China, India, Brazil etc...). These countries are still below the threshold up to where large populations can still and must be extracted from poverty thanks to the growth of production. However, inequalities explode in those countries. At the world level, let us keep in mind that, on the one hand, the populations below the survival threshold remain since the seventies of the order of one billion people, distributed a little everywhere but especially in the non-emerging countries (in particular in Sub-Saharan Africa), and that, on the other hand, trying to catch up in poor countries with the average consumption conditions of the rich countries is becoming explicitly illusory ; the rich have already exhausted the planet which cannot take it any longer : 5 to 6 times more natural resources would be necessary to extend their average consumption standard to all humanity. Not to mention the irretrievable degradations inflicted on this planet ; they are the fruit of the illusion of mastering Nature, by claiming superiority to the archaic societies who used to respect it, an illusion lasting among the ones who still hope for a technical transition towards cyber-humanity.

For want of changing direction, humanity will destroy itself or will be reduced to an elite perched on a new arch. A change of direction requires a widespread agreement for a self-limitation of production growth and to set up an organisation, which will not rely upon growth to perform a fair distribution of the benefits from human activity.

3- Setting up a free and open democracy promoting the collective good

For humanity to be able to change direction radically before it perceives the deafening signs of an imminent catastrophe, the mobilisation of civil society must still be going from strength to strength so as to weigh in sufficiently on the change of processes. Everywhere, States are hand in glove with the powers organising the endless growth of merchant production. Including in the rich and proselyte countries of market democracy, democracy tends to shrink to a system, on the one hand, of periodic elections of the people’s representatives taken from the same small group of politicians and, on the other hand, of extended individual freedoms in a world swamped with brainwashing messages. The State has itself become a tool of unreasonable size but rationalised and the government of men has left room to the governance of things according to the principles of market efficiency. Elections have to compete with opinion polls which guide the leaders longing for power and their campaigns are orchestrated by spin doctors with slogan which tend to turn them into political « products » bearing their « party » tags. Almost everywhere, oligarchies, often technicians, grasp, sometimes at their turn, the control of these Sates. We are far from an openness for a free involvement of the people and far from a people’s government by the people, guided by a moral and political philosophy. We are equally just as far from a free market.

The last major company which was dismembered pursuant to the laws in favour of competition was ATT in 1984 : humanity (and markets) are now controlled, in a quasi monopolistic manner, by Google, Microsoft and Apple, Monsanto and, in an oligopolistic way, by a few firms in most sectors of immaterial and material production, media, banks, electronics, chemistry, automotive, pharmacy, etc. Their gigantism does not rest on any serious technical, economic or political rationale (but justifies the State’s support since too big to fail). The underlying driving force of their occurrence is the search for increased profit for the shareholders who, to secure their prerogatives, grant tremendous remunerations to their appointed executives. They must hence be dismembered ; it is the best way for the productions to be more in compliance with the needs of the largest number of people as well as with collective interest and for their top executives to come back to lower, reasonable and fair remunerations which may still be relatively high according to the services rendered. All things considered, democracy is not the usual operating mode in companies. The monopolies we should refuse are also the radical monopolies, those which compel us for example to use a car in many cities or which would impose eating GMO foodstuffs exclusively. The indispensable choice of an absolute priority given to public transports, the ban of non specific usage of automotive vehicles in cities, supporting the use of bikes, the extension of biological agriculture etc... are choices whose importance is at least as major as that of non-smoking now becoming enforced almost everywhere in rich countries. To be content with little is an ethos of simplicity universally known, also associated with Lao Tse in China or Zen Buddhism in Japan.
In front of a dominant model which is an oligarchic democracy at the service of a monopolistic market it is relevant to set up a free and open democracy promoting the collective good.

4- Organising the “well-living together”

The establishment of such a true democracy rests on everyone being able to exert a responsible citizenship which directly takes part at different levels, and through elected representatives, in the management and the definition of the collective good and hence the review of the directions and of the processes. For want of being able to found such policy on the sacred and the immanent, it must still come across as just and fair. The first requirement is that of belonging to the same common humanity, that is to say the humans acknowledge one another as belonging to the group : this involves organising a decent life for everyone and hence first of all securing unconditional access for all to the satisfaction of the essential needs, with a contingent monetary consequence. The primary social link, present in archaic societies and founded on the threefold obligation of giving, receiving and giving back must be restored or rather acknowledged once again, so as to maintain said common humanity ; the feeling of justice and fairness will be able to form the basis of loyalty as regards the collective decisions made after deliberation in a public space of peaceful confrontation. Such imperative should be adhered to at all levels, locally, nationally and internationally.

The project of a convivial society is to give priority to society and to be done with the historical disorder caused by the priority given to economy. This means in particular not only, expressed in monetary terms, an unconditional minimum income for all, but more widely speaking, taking into consideration first and foremost what really counts, i.e. life (there is no wealth but life [4]) and not what is counted in monetary terms by the markets or pseudo-markets. The sense of share and cooperation must guide the distribution of the goods essential to living together when they are not distributed at the very time of their creation as they often are within the family framework or by the gifts of Nature : the education of children at school is an extension, organised collectively, of the parental education and further translates in information and knowledge sharing ; public lighting is a similar extension of the sun’s benefits, as anything which does up our common living conditions. Both these examples define public goods for collective usage. Food (through agriculture in particular) and housing are goods equally essential to life, and even if used more individually, must be treated apart from ordinary commodities. Such is the meaning of caring for one another ; in our various activities, we must also take care of Nature, as a whole, which is the source of all life, called common patrimony or similar and which we must take into account. The regulation of the activities which may degrade it irremediably cannot be left to market or pseudo-market mechanisms.

5- Organising the “well-working together”

The ambition of a convivial society is to reconsider any human activity in its dimension as a creative activity (either a prosaic or artistic activity), exerted autonomously, and supplying resources which contribute for their own part to feed the life of society. We would be happier if we could « work together and care for each other (Illich, 1973, p.50), it is a survival condition of humanity. Society needs the creative activity of men and of Nature to live on. Sharing presupposes creation, along a logic of the working or »doing and living together" and not that of an activity solely focused on getting something for oneself (what good is it to me ?) and on accumulating.

Resources are a means of creating. The Earth is a resource which must often be wrought so as to extract other resources from which we could get the elements necessary not to affluence but to enjoy altogether a blissful life. Each shaping or creation step is underpinned by a trained and learnt human activity from an equally shaped human « resource ». When organising creation and sharing activities of resources, we must turn our back to all exploitation processes. We must stop exploitation of humanity by tools become hypertrophied tools as well as the exploitation of man by man, denounced in particular by Karl Marx. Humanity must set up a nested organisation interlocking all levels from the local to the global one, according to the principle of subsidiarity : individual autonomy, local autonomy and national autonomy must be combined with the articulations and the cooperations needed to manage individual, inter-individual, local, inter-local, national, international, planetary issues, at the relevant levels.

Certain activities and their outcomes are shared as soon as obtained or are made of resources which must be shared according to jointly decided rules for the reasons stated above. For some of them, these outcomes are products that must however travel from their place of creation to their location of use. Such circulation pertains even more to the « ordinary goods and services » which form the relevant core for a market system. It shall operate effectively as a market freed from power effect from any actor deprived of the legitimacy of the representatives of the public interest. In short, we ought to restore the different laws of competition and the different standards and legislation to delineate and regulate these « markets »’ as it had become the case up to the Seventies in the industrialised countries of the time. We must also be sure to avoid arbitrarily elongated circulations since they are generally motivated by a distortion ; their costs are excessive in matter of natural patrimony preservation. A convivial society favours shorter circuits in particular in the field of agriculture and food.

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// Article publié le 20 janvier 2011 Pour citer cet article : Marc Humbert, « Manifeste pour une société conviviale, à propos de « De la convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir », Une synthèse (en français, en anglais et en japonais) de l’ouvrage par en janvier 2011 », Revue du MAUSS permanente, 20 janvier 2011 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Manifeste-pour-une-societe
Notes

[1A l’attention des membres du réseau PEKEA (Political and ethical knowledge on economic activites research programme), réseau et ONG consultative auprès des Nations unies.

[2Philippe Béraud, Pablo Diaz et Jean-Louis Perrault.

[3« Il n’y a pas d’autre richesse que la vie », John Ruskin, inspirateur de Gandhi.

[4John Ruskin, who inspired Gandhi.

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