Le moment global des sciences sociales

« Globalisation » et « mondialisation », ces termes sont devenus depuis une vingtaine d’années des éléments-clés du lexique politique, économique et politique ainsi que du vocabulaire des sciences humaines et sociales. Pourtant, leur usage – faut-il d’ailleurs distinguer les deux termes ? – non seulement est loin d’être clair, mais il présente de surcroît la particularité de se dispenser le plus souvent de toute explication conceptuelle. Les sciences humaines et sociales ont donc du mal à éclairer les mutations, de toute évidence décisives, qui nous affectent. Une des raisons essentielles est qu’elles en sont elles-mêmes et au premier chef affectées. Sans trop s’en apercevoir, elles se sont elles aussi « globalisées » ou « mondialisées ». C’est ce processus de globalisation des diverses disciplines qui composent les sciences humaines et sociales qu’on tente de décrire et d’analyser ici. Car comment les sciences humaines et sociales pourraient-elles penser la globalisation, dans toutes ses dimensions et dans tous ses effets, si elles ne savent pas penser en même temps leur globalisation [1] ?

Depuis les années 1960 est apparue, dans certains secteurs des sciences humaines et sociales, une prise de conscience de la transformation spatiale du monde. On en trouve les échos chez Arnold Toynbee [1961 [2]], Marshall McLuhan [1962], Wilbert Moore [1966] ou Kostas Axelos [1964] par exemple. Cependant, ce n’est véritablement qu’à partir du milieu des années 1980 que cette prise de conscience s’impose dans les sciences humaines et sociales anglophones – anthropologie et sociologie – avant de se diffuser sur l’ensemble de la planète académique par l’intermédiaire du substantif globalization et de l’adjectif global. Cette « découverte » du « global » a évidemment profondément transformé notre vocabulaire et notre vision du monde, mais elle a eu aussi un impact important sur les contours des différentes sciences sociales ainsi que sur leurs relations réciproques. L’impression d’assister à la naissance d’un nouveau monde appelait une reconfiguration du paysage académique et à la recherche d’une ou de nouvelles sciences, de manière analogue à ce qui s’est passé au début du XIXe siècle avec la naissance de la société industrielle.

À la suite d’un colloque international que nous avions organisé conjointement en 2005 autour de la question « Une théorie sociologique générale est-elle possible (ou souhaitable ?) à l’heure de la mondialisation ? », auquel avaient également participé des spécialistes du global comme Saskia Sassen et Roland Robertson [3], il nous a paru opportun de prolonger l’expérience en envisageant cette fois-ci de manière spécifique le thème de la globalisation sous l’angle épistémologique pour tenter de prendre en compte les transformations disciplinaires auxquelles son apparition a donné lieu. Si cette évolution n’a pas pris forme de manière similaire ni selon la même intensité dans tous les pays, elle a, semble-t-il, toujours entraîné une certaine tendance au rapprochement entre les fractions des disciplines concernées par l’apparition de ce nouvel objet, favorisant, au moins sur le plan des discours et des références utilisées, une interdisciplinarité croissante. Se pose alors la question de savoir ce que peut être le global ainsi que les concepts, les théories et les approches qui peuvent rendre compte de ce nouvel objet. Par ailleurs, la définition même du nouveau courant d’études qui prétend s’en emparer est lui-même un enjeu : existe-t-il des global studies ? Si oui, sont-elles formées par le rassemblement de fractions disciplinaires jouant l’interdisciplinarité, ou bien constituent-elles d’ores et déjà une nouvelle discipline ?

Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons organisé à Paris du 23 au 25 septembre 2010, dans le cadre du laboratoire Sophiapol de l’Université Paris-Ouest Nanterre et avec l’aide du département des sciences sociales de l’Unesco, une conférence internationale à laquelle avaient été conviés une vingtaine de contributeurs, sociologues, anthropologues, historiens, géographes et philosophes de renom. Ce colloque avait bien évidemment une visée pluridisciplinaire : il se proposait de rassembler des chercheurs issus de la sociologie mais aussi de l’anthropologie, de la philosophie, de l’histoire et de la géographie. Il se présentait également comme interdisciplinaire puisqu’il s’agissait d’appréhender non seulement l’impact de la conscience du « global » sur les disciplines existantes" mais également les passerelles entre disciplines lancées par la découverte de l’objet commun « global », qu’elles consistent à penser ensemble à partir de perspectives ou de socles différents ou bien à rêver à la constitution d’une nouvelle discipline, les global studies.

Les contributions présentées lors de cette conférence constituent le cœur de cet ouvrage. Pour l’organisation du colloque, nous avions envoyé à tous les participants un argumentaire suivi d’un ensemble de questions générales susceptibles de servir de base à leur intervention : les fondateurs de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie, de la géographie possédaient-ils une vision du global ? Où se trouve le global ? Le global est-il un concept adéquat ou simplement une dénomination qui appelle la conceptualisation ? Apparemment interdisciplinaire et irréductible à la question des frontières, le global est-il postnational et postdisciplinaire ? Le global pourrait-il être le cœur d’une théorie générale ?

Il est évident que toutes les questions posées au préalable n’ont pu être traitées, que toutes les perspectives n’ont pu être suivies et que l’ambition d’un véritable panorama des réflexions sur ces thématiques nécessiterait non seulement la démultiplication des intervenants mais aussi la prise en compte de ces chercheurs et de ces chercheuses qui, dans l’ensemble du monde de la recherche non occidental, proposent des pistes de réflexion nouvelles et sont des acteurs à part entière de la globalisation des sciences humaines et sociales. Néanmoins, aussi limitée que puisse être l’entreprise, il semblait important de proposer au lecteur français un rapide état des lieux des débats en cours sur la question du global. Ce n’est pas la première tentative de ce genre. Il y a quelques années, Michel Wieviorka avait également rassemblé un collège de chercheurs sur le thème de la mutation des sciences sociales et plusieurs sections de l’ouvrage issu de ce rassemblement [Wieviorka, 2007] étaient consacrées à la mondialisation. Certains des auteurs qui y avaient participé sont également présents ici, y compris Michel Wieviorka lui-même. Cependant, notre but est ici un peu différent, notamment parce que l’objet de notre ouvrage est expressément centré sur la question de la saisie et des effets du global et non sur l’évolution en tant que telle des sciences sociales. À partir de ce point de départ, nous nous sommes fixé un objectif pluriel :

- proposer un point sur les lectures académiques du global ;

- étudier la façon dont certaines disciplines, ou fractions de ces disciplines, des sciences humaines et sociales ont appréhendé le global et potentiellement transformé la discipline en question ou appelé à la constitution d’une nouvelle discipline dont le cœur ne serait pas organisé autour d’une méthode mais d’un objet spécifique ;

- offrir au lecteur français un grand nombre de textes écrits par des chercheurs étrangers de réputation mondiale dont certains sont peu connus en France ou encore inaccessibles en langue française ;

- enfin, contribuer à la structuration du débat français sur la question du global, moins à partir de la question définitionnelle qu’à partir du débat sur l’inter- et la transdisciplinarité, afin de participer aux réflexions qui s’engagent actuellement à propos de la structuration française – cursus, diplômes, structures institutionnelles, collections éditoriales, récompenses, revues… – des « études globales ».

Tournant ou moment global ?

La mode des tournants (turns) disciplinaires est loin d’être nouvelle. Si le « tournant linguistique » des années 1970 est peut-être celui qui a fait couler le plus d’encre, notamment au sein de la discipline historique, il n’est pas le seul. On peut mentionner, pêle-mêle, tout en étant certains d’en oublier plus d’un, les tournants historique, épistémologique, spatial, culturel, postmoderne, transnational, wébérien etc. Généralement, le « tournant » s’apparente à un appel à la prise en compte d’une démarche épistémologique ou méthodologique nouvelle ou considérée comme trop peu développée afin d’en faire un élément structurant de la discipline en tant que telle. Dans cette perspective, que penser du « tournant global » ?

L’expression n’est pas nouvelle. Dès 2001 (ce qui ne signifie en rien qu’elle n’apparaît pas plus tôt), on peut en repérer l’usage aussi bien chez le sociologue Roland Robertson [2001], par ailleurs l’un des pionniers des travaux sur la globalisation, que sous la plume du spécialiste de littérature et de théorie critique Christian Moraru [2001], mais qui n’en use, il est vrai, que dans le titre de son article. Depuis, sans que s’enclenche d’ailleurs un mécanisme de « cumulativité » des références (reprise des occurrences antérieures et de citations de leurs auteurs), l’expression circule, sans doute en raison de sa simplicité et de son apparente transparence sémantique. Le spécialiste danois des études internationales Ulf Hedetoft [2003 ; 2005] embrasse sous ce syntagme aussi bien le processus de décloisonnement des États et l’obligation qui est désormais la leur de se tourner vers le monde entier que l’inflexion que subissent, depuis une vingtaine d’années, les études internationales en direction d’une prise en compte plus importante des phénomènes ne relevant pas exclusivement des relations entre États [voir aussi Chandler, 2009]. On peut toutefois en trouver également une acception assez rudimentaire, où le « tournant global » n’est finalement rien d’autre qu’une prise en compte du monde. Dans l’article introductif qu’il rédige pour un récent numéro spécial de la revue Work and Occupations, consacré aux sociologies du travail dans le « Sud », Michael Burawoy [2009] considère ainsi le « tournant global » comme le fait de se tourner vers le monde pour mettre en œuvre le travail de comparaison. Une vision plus intéressante se trouve chez l’historienne Rosemarie Zagarri [2011] lorsqu’elle tente d’envisager de quelle façon l’adoption d’une perspective « globale » – ici comprise comme transnationale et circulatoire – permet de jeter un œil neuf sur la formation de la République américaine à la fin du XVIIIe siècle. Le « tournant global » peut alors être envisagé comme un complexe de dimensions indissociablement théoriques, empiriques, conceptuelles et disciplinaires menant à une reformulation complète de certaines disciplines comme la sociologie :

« Bien entendu, il existe une très grande quantité de thèmes et de problèmes associés au tournant global. Par ailleurs, il faut insister sur un point : le tournant global ne peut être réduit à un simple aspect parmi d’autres de la sociologie contemporaine. Que l’on utilise ou nom le terme spécifique de globalisation, un nombre croissant d’individus relevant d’une grande variété de disciplines considèrent actuellement, même s’ils en font état de façon différente, que nous vivons dans une ère ou une époque globale. Cela entraîne également la remise en cause de beaucoup d’hypothèses et de perspectives canoniques ; la formation d’un intérêt nouveau, sociologiquement informé, pour l’histoire globale, ainsi que l’émergence d’une histoire sociologique qui rejette la sociologie conventionnelle, centrée sur la société, de la majeure partie du XXe siècle. Toutefois, évoquer la fin de la sociétalité en sociologie ne signifie pas nécessairement souscrire à la thèse de la fin de l’État-nation » [Robertson, 2001, p. 468].


Considéré sous l’angle triple de la spatialisation, de la connectivité et de la longue distance, le « tournant global » peut être alors clairement distingué de la grande majorité des « tournants » précédents et de leur nature éphémère pour acquérir la force d’un véritable « moment » dont la simultanéité dans plusieurs disciplines est moins l’effet d’une mode passagère que d’une transformation en profondeur de certaines fractions de la discipline. De la sorte, il est possible d’étudier ce moment sous deux dimensions : l’une diachronique, afin de repérer, pour chacune des disciplines – et de manière différenciée selon les pays concernés – la temporalité spécifique de sa « globalisation » ; l’autre synchronique, pour identifier aussi bien la concomitance de l’apparition et du succès des thématiques globales que l’interpénétration progressive des références et des réflexions entre les différentes fractions « globalisées » des disciplines. En effet – et ce même si les milieux académiques français n’ont pas été les plus actifs en la matière –, cette concomitance a en partie débouché sur une mise en commun transdisciplinaire des analyses du global, les années 1990 étant caractérisées par la discussion d’un grand nombre de nouveaux concepts résolument transdisciplinaires par des auteurs relevant de disciplines différentes qui, en se lisant et en se citant, ont largement contribué à la mise en place d’un nouvel espace académique. La composition des comités de rédaction des principales revues dans ce domaine ayant vu le jour au cours des années 1990 montre clairement cette absence d’ancrage disciplinaire clair au profit d’une large pluridisciplinarité mêlant géographes, politistes, sociologues, anthropologues, philosophes, spécialistes des relations internationales et économiques.

Par ailleurs, ce moment global, qui commence véritablement à se structurer à la fin des années 1980 et au début des années 1990, correspond également à une période de transformations fondamentales : chute du mur de Berlin, éclatement de l’URSS, indépendance de nombreux pays issus de l’ancien bloc soviétique, première guerre du Golfe, mais aussi apparition de nouvelles techniques informatiques et de télécommunication telles que le lancement de la version 3.0 de Windows en 1990 ou l’invention du world wide web par Tim Berners-Lee en 1991 [Friedman, 2010]. Le monde qui surgit des quarante-cinq années de l’après-guerre, celles de la Guerre froide, de la coexistence pacifique et, plus généralement, d’une division binaire ou ternaire, est alors l’objet d’un grand nombre de théories relatives à la direction qui sera la sienne à l’avenir : fin de l’histoire, choc des civilisations, Djihad vs McWorld [4] etc. La référence à la globalisation désigne alors tout à la fois la prise en compte de changements manifestes et l’apparente promesse d’une explication desdits changements. Elle n’exclut nullement la critique des usages académiques des termes associés à la globalisation – mondialisation, transnationalisme, cosmopolitisme, globalité, déterritorialisation etc. –, voire la remise en cause d’une trop grande fixation sur le « global » en tant que tel. Ainsi, si une première phase des travaux sur la globalisation a eu tendance à mettre l’accent sur l’existence d’un niveau global – pas nécessairement mondial dans l’étendue, mais supérieur aux niveaux local, régional, national, voire continental –, en présupposant une forte autonomie des logiques et des processus correspondants, il est assez vite apparu que les dimensions du local comme du national ne pouvaient être laissées de côté et qu’il était absolument impossible en tout cas de considérer qu’il existait un niveau séparé et indépendant qui serait celui du global. Si Robertson [1994 ; 1995] en appelle assez rapidement, dès le milieu des années 1990, à prendre en compte ce qu’il nomme le « glocal » conçu comme l’interaction réciproque, localement, entre des dynamiques locale, nationale et transnationale, ce n’est qu’assez récemment que les global studies ont réévalué l’importance du local dans la compréhension de ce que l’on appelle de manière générique le global.

Comment caractériser ce moment ? Cette « globalisation des disciplines », ici saisie comme le défi que leur pose la prise en compte du « global », qui est souvent une prise en compte du « spatial », a parfois favorisé des objectifs contradictoires. En effet, dans certains cas, global avait le sens de général. Mais il pouvait aussi signifier plus simplement mondial. D’autres usages envisagent plutôt les dimensions du relationnel et du connectif, sans nécessairement que cela implique une échelle mondiale. Enfin, pour certaines fractions du monde international de la recherche, l’insistance sur le global s’inscrit dans une prise en compte du non occidental. Selon la définition qui en était alors donnée, la « globalisation » appelait des réponses différentes : l’insistance sur la singularité des trajectoires spatio-temporelles au risque de leur incommensurabilité, la résurrection au sein des disciplines de l’espoir de parvenir un jour à une théorie générale au risque d’une vision macroscopique trop englobante, ou encore la promotion de nouvelles versions des disciplines canoniques : sociologie globale, anthropologie ou ethnologie globale, histoire globale ou connectée, géohistoire…

Il s’agit moins ici de saisir le sens du « global » – où se trouve-t-il ? comment l’étudier ? s’agit-il d’une dimension spatiale supérieure ou d’un niveau d’interprétation des données ? – que de partir à la recherche des transformations que sa « découverte » a provoquées au sein des sciences humaines et sociales : naissance de nouveaux concepts, rapprochements entre disciplines, remise en cause des traditions théoriques précédentes, apparition de nouveaux mouvements académiques remettant en question la domination occidentale : black, cultural, postcolonial, subaltern studies etc.

Le non-débat français

En France, la prise en compte du global comme ensemble de questions, d’objets, de mises en relation, de thématiques, plutôt que comme niveau spatial du réel, s’opère de manière assez paradoxale. En effet, la contribution de nombreux auteurs français ou francophones – Paul Otlet [1935], François Perroux [1964], Fernand Braudel [1979], Henri Lefebvre [1998] – à la constitution d’un premier lexique global, parce que disparate, dispersée et non cumulative, n’a pas débouché sur l’apparition d’un espace académique structuré par des réflexions communes, des programmes de recherche, des tentatives de synthèse des connaissances acquises ou des points de divergence. Elle n’a pas favorisé la mise en œuvre collaborative d’une relative décompartimentation disciplinaire au profit non d’une réorganisation totale des disciplines mais d’une combinaison non exclusive de certaines fractions de ces dernières.

Plusieurs éléments témoignent de cette situation qu’il semble moins pertinent d’analyser en termes de « retard » que sous l’angle d’une réticence, voire d’une résistance à l’acclimatation des global studies. On peut tout d’abord citer la part réduite des travaux de sciences humaines et sociales consacrés de près ou de loin – que l’angle soit empirique ou épistémologique – au global, et ce apparemment y compris parmi les plus jeunes chercheurs. Cet état de fait est vraisemblablement lié à la quasi-absence d’enseignements spécifiques sur cette question dans l’enseignement supérieur français [5]. Par ailleurs, les auteurs phares des global studies sont encore pour la plupart assez peu connus en France. Si les noms d’Arjun Appadurai [2001], Ulrich Beck [2003], Saskia Sassen [1998 ; 2009], Immanuel Wallerstein [2006] ou Zygmunt Bauman [2000] occupent une place de choix dans les citations et si leurs travaux sont pour la plupart traduits en français ; si ceux de Kenneth Pomeranz [2010], Dipesh Chakrabarty [2009], Ulf Hannerz [2010], John Urry [2005] ou Sanjay Subrahmanyam [2012] retiennent suffisamment l’attention des éditeurs pour passer le cap de la traduction, il n’en est pas encore de même pour des auteurs reconnus mondialement pour leurs travaux ou leurs synthèses sur le global : Nina Glick-Schiller [1994], Patrick Manning [2003], Peggy Levitt [2001], Robin Cohen et Paul Kennedy [2007], pour ne citer qu’eux. La célébrité française d’un David Harvey doit plus à ses recherches sur la ville [2012] qu’à ses écrits sur la postmodernité [1989] ou le cosmopolitisme [2009], toujours inaccessibles en français [6]. Certains cas sont encore plus paradoxaux : que dire de l’absence d’édition en français des travaux de l’anthropologue Jonathan Friedman [7], spécialiste des systèmes mondiaux, alors qu’il enseigne la moitié de l’année à l’École des hautes études en sciences sociales ? Là encore, l’absence de lieux dédiés à cette tâche constitue un élément d’explication non négligeable, auquel il faudrait ajouter la réticence générale de la plupart des éditeurs [8] à mettre en œuvre des traductions dont le rapport coût-bénéfices est souvent jugé défavorable.

Il n’existe à l’heure actuelle, dans le paysage éditorial français, pratiquement aucune collection spécifiquement consacrée à cette thématique. Les éditions L’Harmattan hébergent une collection intitulée « Globalisation et sciences sociales », dirigée par Bernard Hours, mais les titres parus dans cette collection se concentrent généralement soit sur la dimension économique du phénomène soit sur des case studies menées par des anthropologues ou des économistes [9]. Non seulement les dimensions politique et culturelle semblent être absentes, mais toute la partie épistémologique et conceptuelle des global studies est évacuée [10]. Cette absence se prolonge également dans l’organisation thématique des associations professionnelles : l’Association française de sociologie (AFS) et l’Association française de science politique (AFSP), pour ne citer qu’elles, ne comptent aucun réseau thématique (RT) spécifique sur le global [11]. Le cas des revues est tout aussi emblématique. Alors que les années 1990 et 2000 ont vu dans le monde académique anglo-saxon une prolifération de titres comportant les mots « global » ou « world » [12], l’espace des revues françaises n’a guère évolué dans ce sens. Si certaines d’entre elles (Cultures et conflits, Critique internationale, Mouvements, Cybergéo, les Annales SSH, la Revue européenne des migrations internationales entre autres) ont été plus attentives que bien d’autres au global, il n’en existe aucune qui se consacre spécifiquement à cette question. À une exception récente près : la création en 2012, sous l’égide de l’histoire des relations internationales, de la revue d’histoire Monde(s) [13].

De manière générale, les occasions pour les chercheurs travaillant dans ce cadre de se rencontrer et d’échanger sont relativement rares, surtout quand il s’agit de dépasser les frontières disciplinaires. Quand le débat s’amorce, il est souvent limité, dans le meilleur des cas, à la question disciplinaire. Le cas de l’histoire globale est ici assez emblématique. Si la démarche associée à cette expression n’est pas véritablement nouvelle [Lombard, 1990], elle ne rencontre en France un intérêt croissant qu’à partir de la publication de l’ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau [2004] consacré aux traites négrières. Depuis, l’histoire globale a connu une popularité académique croissante, mais les réflexions et les débats consacrés à cette démarche ont souvent été cantonnés aux cercles d’historiens ou aux milieux des spécialistes de la question traitée. Ainsi, la revue Le Débat [2009] a récemment consacré un numéro au thème « Écrire l’histoire du monde », avec des contributions de Krzysztof Pomian, François Hartog, Olivier Pétré-Grenouilleau, Christian Grataloup, Immanuel Wallerstein, Serge Gruzinski ou Alain Testart, mais la focale présentée est alors majoritairement celle de l’histoire – et un peu de la géographie – globale.

On ne peut pourtant pas considérer qu’il n’existe aucune production française dans ce domaine. S’il est impossible ici de lister l’ensemble des travaux qui relèvent de manière plus ou moins évidente des problématiques du global, il est tout à fait clair que des contributions importantes sur ces questions émanent de fractions plus ou moins grandes de l’anthropologie [14], de la géographie [15], de l’histoire [16] ou de la sociologie [17]. Par ailleurs, certaines synthèses envisagent assez clairement l’impact pluridisciplinaire du travail sur le global [18].

Comment expliquer ce paradoxe d’une richesse individuelle ou bien collective par fractions de discipline et, par ailleurs, d’une grande difficulté à faire émerger la cristallisation transdisciplinaire qui semble aller de pair avec la construction du « global », dans toutes ses dimensions les plus complexes, comme objet d’étude ? Deux éléments paraissent importants. D’une part, lors de la naissance académique de la grille de lecture de la globalisation, au début des années 1990, la « mondialisation » a été majoritairement perçue comme étant soit un phénomène purement économique et financier, soit la manifestation d’un impérialisme culturel américain menaçant la singularité des cultures nationales. Cette double perception économique et homogénéisante a vraisemblablement contribué à cantonner, dans un premier temps, les réactions académiques à la rhétorique de la dénonciation. Par ailleurs, l’organisation même de l’enseignement supérieur et de la recherche en France a largement fonctionné jusqu’ici comme une entrave à la possibilité de faire surgir des pôles de structuration pluri-, inter- ou transdisciplinaires autour de l’objet « global ». En effet, le caractère fondamentalement « disciplinaire » des études universitaires en France, où les cursus peuvent difficilement se croiser et peuvent au mieux s’additionner dans une bi-disciplinarité qui n’est souvent qu’une juxtaposition de logiques disciplinaires, empêche largement la constitution de rassemblements de chercheurs et d’enseignants autour de ces questions, sans même évoquer l’éventuelle formation de cursus spécifiques résolument transdisciplinaires. Même les associations professionnelles ne favorisent guère la transdisciplinarité puisqu’elles se constituent résolument autour d’une discipline. Autant d’éléments qui, pour l’instant tout du moins, ne plaident guère en faveur de l’optimisme pour la mise en place, en France, d’un réseau de chercheurs partageant un intérêt – plus ou moins grand, plus ou moins déterminé – pour les global studies.

Une nouvelle articulation spatio-temporelle

Nous le sentons ou le pressentons tous : l’échelle et le rythme du monde ont radicalement changé. Nous ne pourrons plus continuer à le décrire, à l’analyser ni à envisager les possibles qu’il offre sans modifier au moins la focale des sciences humaines et sociales qui se sont structurées et formées dans le cadre et dans la perspective des États-nations. Non que ceux-ci soient devenus caducs, mais ils doivent être désormais situés dans un contexte spatial et temporel plus vaste, plus riche et plus complexe. Il ne s’agit sans doute pas de passer des sciences sociales nationales et sociétales à des sciences sociales qui seraient une fois pour toutes globales, mais plutôt de réussir à penser ce moment global des sciences sociales dans lequel nous nous trouvons afin de réfléchir aux compatibilités entre ces deux formes historiques, ainsi qu’aux reformulations, aux relectures de la tradition et aux nouvelles hypothèses qu’engage ce type de chantier. À l’heure actuelle, bien souvent, il existe une opposition, voire un conflit entre ces deux formes, dans les méthodes, dans les visées ou dans les valeurs qui y sont associées. La croyance en la simple existence de deux échelons distincts majeurs (national et global, avec tous leurs échelons intermédiaires ou inférieurs) peut laisser penser qu’une coexistence pourrait suffire, à l’image de la coexistence entre les théories de la relativité, restreinte ou générale, et la théorie quantique, l’une et l’autre reconnues comme valides mais à des échelons différents. Pourtant, depuis plusieurs décennies, des chercheurs sont en quête de la « grande théorie » qui permettra de concilier les deux mécaniques. Voilà le défi que les sciences humaines et sociales doivent désormais savoir affronter : prendre la mesure du tournant et du moment global pour espérer produire à l’avenir des hypothèses fructueuses sur les différents modes de spatialisation et de temporalisation du social. Espérons que le présent livre y contribuera.

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// Article publié le 11 mars 2013 Pour citer cet article : Alain Caillé et Stéphane Dufoix, « Le moment global des sciences sociales », Revue du MAUSS permanente, 11 mars 2013 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Le-moment-global-des-sciences
Notes

[1Nous voudrions remercier, pour son aide à l’organisation du colloque ayant donné lieu aux textes qui composent cet ouvrage, la division sciences sociales et humaines de l’Unesco, et en particulier son chef d’équipe, Moufida Goucha et son assistante Kristina Balalovska. Tous nos remerciements vont également à Sylvie Malsan pour toute la compétence et la patience dont elle a fait preuve dans la mise en forme du manuscrit final.

[2En particulier p. 94-96 et Toynbee [1972, p. 65-69].

[3Un certain nombre des contributions présentées lors de ce colloque qui s’est tenu au Centre Malher du 12 au 14 juin 2003, ont été publiées dans la Revue du Mauss semestrielle, n° 24, 2e semestre 2001. Les interventions de Saskia Sassen et de Roland Robertson n’avaient pas été publiées.

[4Pour les références bibliographiques, voir, dans ce même ouvrage, le chapitre écrit par Stéphane Dufoix.

[5Encore une fois, si on laisse de côté les cours sur les aspects strictement économiques ou financiers de la mondialisation. Parmi les exceptions notables, mentionnons à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) l’enseignement de Jonathan Friedman sur l’anthropologie des systèmes mondiaux et celui de Geoffrey Pleyers et Luis Lopez sur la sociologie de la globalisation, ainsi que le tout nouveau séminaire « Ethnographie globale de la mondialisation » proposé par Laurent Berger à partir de mars 2013. Dans le master Pratiques de l’interdisciplinarité dans les sciences sociales de l’École normale supérieure, Blaise Wilfert-Portal anime un cours consacré à « Histoire et sciences sociales : la mondialisation ». Lamia Missaoui a un séminaire sur le thème de la mondialisation à l’université de Versailles-Saint-Quentin, Laurent Jeanpierre enseigne la sociologie de la mondialisation à l’Université Paris VIII tandis que Stéphane Dufoix propose à l’université de Paris-Ouest-La Défense un enseignement sur les sciences sociales et la globalisation.

[6Signalons, malgré tout, la publication en français, en 2008, de Géographies de la domination [Harvey, 2008].

[7Friedman et Ekholm-Friedman [2008a ; 2008b].

[8Certains éditeurs comme les éditions Amsterdam ou Les Prairies ordinaires se sont malgré tout fait connaître grâce à une politique ambitieuse de traductions d’auteurs dont les préoccupations rejoignent souvent la question du global.

[9Y compris, malgré son titre, Castelli et Hours [2011].

[10L’un des auteurs de cette introduction (Stéphane Dufoix) est actuellement impliqué avec le sociologue Vincenzo Cicchelli dans la mise en place d’un projet de collection spécifiquement consacré à la question du global qui devrait voir le jour aux éditions Amsterdam.

[11Le RT n° 2 de l’AFS, « Sociologie des migrations et production de l’altérité », animé par Laurence Roulleau-Berger, Monika Salzbrunn et Adelina Miranda, s’occupe en partie de cette thématique via la question du transnational.

[12Citons pêle-mêle : Journal of World History (1990), Global Networks (2001), Global Journal of Humanities (2002), World History Connected (2003), Globalizations (2004), Journal of Global History (2006), Globality Studies Journal (2006), New Global Studies (2007), Journal of Critical Globalisation Studies (2009)…

[13Le premier numéro, paru au printemps 2012, est consacré au débat transnational, le second, à paraître en novembre 2012, aux empires, et le troisième à l’invention des continents. Signalons également que le premier numéro de la revue Socio, à paraître à l’hiver 2013, s’intitule « Penser global ».

[14Abélès [2008], Hours et Sélim [2010], Assayag [2010], Galibert [2006], Berger [2004 ; 2012].

[15Grataloup [2007 ; 2011], Lévy [2008], Ghorra-Gobin [2006], Wackermann [2011].

[16Pétré-Grenouilleau [2004], Testot [2008], Bertrand [2011], Norel [2009], Testot et Norel [2012], Gruzinski [2004 ; 2012], Douki et Minard [2007], Iriye et Saunier [2009].

[17Wagner [2007], Zarifian [2004], Cicchelli [2012], Sapiro [2009], Francq et Pleyers [2007], Boschetti [2010], Dezalay et Garth [2002], Roulleau-Berger [2011], Tarrius et Missaoui [2000], Wieviorka [2008].

[18Voir en particulier Beaujard, Berger et Norel [2010], Lecler [2013].

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