La résistance du Parc Gezi à Istanbul et le monde du don-contredon

Nous publions, dans une traduction de Youri Valk, ce résumé en anglais d’un article turc analysant les manifestations du Parc Gezi à Istanbul selon le prisme du paradigme du don. A.C.

La résistance du Parc Gezi à Istanbul et le monde du don-contredon

Dr. Ömer Turan

Université Bilgi d’Istanbul, omer.turan@bilgi.edu.tr

Cet article tente de relire la Résistance du Parc Gezi de Juin 2013 à Istanbul, en allant au-delà des conceptions habituelles et des slogans scandés par les manifestants. Cette tentative n’ignore pas les moments d’affrontements avec la police, mais se concentre principalement sur la manière dont le Parc Gezi a été un terrain d’expérimentation pendant une période de deux semaines (1er juin au 15 juin) – période durant laquelle il n’y a pas au d’intervention de police.

Cette étude analyse les expériences menées dans le Parc, de même que les forums post-Gezi qui ont pris place dans différents quartiers de la ville, en s’appuyant sur la perspective anthropologique du don-contredon. Dans ce cadre, les imaginaires alternatifs, appréhendées à partir de points de vue différents, sont interprétés selon le paradigme du don. Dans la lignée de Marcel Mauss et de Jacques Godbout, et de la littérature du don-contredon, l’hypothèse principale de cet article est que le paradigme du don nous aide grandement à conceptualiser l’imaginaire alternatif créé collectivement pendant la Résistance de Gezi.

L’article comprend trois sections. Il commence par une présentation du contexte historique du Square Taksim. Cette section contient une brève présentation du Plan Prost de 1939 et la signification de Taksim et du Parc Gezi concernant l’implantation d’un nouveau type d’urbanisme à Istanbul. De plus, cette section traite des interprétations possibles de l’appui personnel du Premier Ministre Erdoğan en faveur de la construction d’un centre commercial, reproduisant un entrepôt d’artillerie démoli. On y explique que le changement du projet de mosquée Taksim au milieu des années 1990 en une reproduction d’entrepôt fonctionnant comme un centre commercial, représente bien la transformation de la politique Islamiste en Turquie, et sa cooptation par l’ordre néolibéral.

La seconde section souligne que Gezi était un mouvement de protestation, incluant beaucoup de néophytes en politique, qui se retrouvaient pour la première fois dans les rues pour manifester. En ce sens, bon nombre de manifestants de Gezi n’étaient pas anti-capitalistes. Il est démontré que le monde du don-contredon nous aide à comprendre et à conceptualiser l’alternative qui s’est installée à Gezi durant deux semaines, avec le soutien de ces manifestants récemment politisés. En suivant la perspective de l’Essai sur le don de Mauss et de L’esprit du don de Godbout, deux idées apparaissent comme les principales contributions de la littérature du don-contredon. D’une part, les dons sont des liens importants dans la société moderne, et l’approche utilitariste échoue à comprendre la société moderne dans sa complexité. D’autre part, dans le monde moderne, le don-contredon est un outil essentiel pour que les gens puissent à la fois construire et exprimer leurs identités.

La troisième section, la plus longue, est basée sur l’observation participante à Gezi et des entretiens approfondis conduits par la suite. Cette section décrit différents exemples de don-contredon à Gezi. Elle commence par faire une distinction entre le don-contredon et la solidarité, qui est basée sur un besoin immédiat et une utilisation simultanée. Dans ce cadre, l’acte de prodiguer des soins pour atténuer les effets des gaz lacrymogènes, lorsque l’activiste qui soigne est également en position d’être touché, correspond à la solidarité. Lorsque dix boîtes du même médicament sont données à une infirmerie de fortune, ceci est considéré comme un don, car il n’y a pas nécessité d’une utilisation simultanée. Cette section raconte comment certains activistes ont pu vivre à Gezi pendant des jours sans dépenser d’argent. Les dons de nourriture et d’ustensiles de cuisine sont les premiers faits évoqués dans
la section. Puis, différentes unités informelles installées à Gezi, à savoir la librairie, l’infirmerie et la brigade de pompiers sont présentées comme des collectivités construites sur des relations de don-contredon. Cette section évoque également l’esprit, le hau, accompagnant les liens du don. Elle montre la situation extraordinaire, créée par la brutalité de la violence policière, et l’esprit de résistance, à la fois à la violence de la police et au plan du gouvernement pour détruire le parc, comme les principales composantes de cet esprit.

[Texte complet en turc : “Gezi Parkı Direnişi ve Armağan Dünyası”, Toplumsal Tarih, no 238, October 2013, pp. 62-73]

// Article publié le 23 juin 2014 Pour citer cet article : Dr. Ömer Turan, « La résistance du Parc Gezi à Istanbul et le monde du don-contredon », Revue du MAUSS permanente, 23 juin 2014 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?La-resistance-du-Parc-Gezi-a
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