P. Dardot, Ch. Laval, La nouvelle raison du monde

Essai sur la société néolibérale

Présentation de l’éditeur

Après la crise financière de 2007-2008, il est devenu banal de dénoncer l’absurdité d’un marché omniscient, omnipotent et autorégulateur. Cet ouvrage montre cependant que, loin de relever d’une pure « folie », ce chaos procède d’une rationalité dont l’action est souterraine, diffuse et globale. Cette rationalité, qui est la raison du capitalisme contemporain, est le néolibéralisme lui-même.
Explorant sa genèse doctrinale et les circonstances politiques et économiques de son déploiement, les auteurs lèvent les nombreux malentendus qui l’entourent : le néolibéralisme n’est ni un retour au libéralisme classique ni la restauration d’un capitalisme « pur » qui refermerait la longue parenthèse keynésienne. Commettre ce contresens, c’est ne pas comprendre ce qu’il y a précisément de nouveau dans le néolibéralisme. Son originalité tient plutôt d’un retournement que d’un retour : « Loin de voir dans le marché une donnée naturelle qui limiterait l’action de l’État, il se fixe pour objectif de construire le marché et de faire de l’entreprise le modèle du gouvernement des sujets. »
Par des voies multiples, le néolibéralisme s’est imposé comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse intacte aucune sphère de l’existence humaine, individuelle ou collective. Cette logique normative érode jusqu’à la conception classique de la démocratie. Elle introduit des formes inédites d’assujettissement qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit.
Seule l’intelligence de cette rationalité permettra de lui opposer une véritable résistance et d’ouvrir un autre avenir.

Table des matières

Remerciements - Introduction : Le néolibéralisme comme rationalité - Une idéologie du « laisser-faire » ? - Le piège de l’idéologie et le fétichisme de l’État La nature de la gouvernementalité - Problématiser la nouveauté du néolibéralisme - I / Des limites du gouvernement - 1. Mécanique sociale et rationalité des intérêts - La science de l’économie politique - Le sujet de l’intérêt - Les tensions entre l’intérêt et la morale - Le système des intérêts - Le gouvernement limité par la « marche des choses » - Le gouvernement par la connaissance des lois de la nature - 2. Progrès de l’histoire et uniformité de la nature humaine - Ce que veut dire « société civile » Société civile et histoire - La corruption du lien social - Les deux désirs chez Adam Smith - Les avatars ultérieurs du progressisme - 3. Le gouvernement limité par les droits de l’individu -Rousseau, Locke et la voie « juridico-déductive » - La fondation des droits individuels : de la théologie à la tautologie - Des droits naturels coupés du Créateur - La propriété de soi comme fondement du droit de propriété - La propriété après Locke - La nature du « pouvoir suprême » - Les limites du gouvernement - Le « grand art du gouvernement » - 4. Le gouvernement sous le contrôle de l’utilité - Critique du droit naturel comme principe de l’action publique - Le principe d’utilité, unique critère de l’action publique - Construire la spontanéité - La voie ouverte au réformisme social - 5. Crise du libéralisme et naissance du néolibéralisme - Une idéologie trop étroite -L’inquiétude précoce de Tocqueville et de Mill - La défense du libre marché - Contre la superstition étatique - La naissance du concurrentialisme fin-de-siècle - Le « nouveau libéralisme » et le « progrès social » - La double action de l’État selon Karl Polanyi - Le néolibéralisme et les discordances du libéralisme - II / La refondation intellectuelle - 6. Le colloque Walter Lippmann ou la réinvention du libéralisme - Contre le naturalisme libéral - L’originalité du néolibéralisme - L’agenda du libéralisme réinventé - Néolibéralisme et révolution capitaliste - Le règne de la loi Un gouvernement des élites - 7. L’ordolibéralisme entre « politique économique » et « politique de société » - L’« ordre » (Ordo) comme tâche politique - La légitimation de l’État par l’économie et son « supplément social » - L’ordre de concurrence et la « constitution économique » - Politique de « mise en ordre » et politique « régulatrice » - Le citoyen-consommateur et la « société de droit privé » - L’« économie sociale de marché » : les équivoques du « social » - La « politique de société » de l’ordolibéralisme - La petite entreprise comme remède à la prolétarisation - La « troisième voie » - 8. L’homme entrepreneurial Critique de l’interventionnisme - Une nouvelle conception du marché - Le marché et la connaissance - L’entrepreneurialité comme mode du gouvernement de soi - Former le nouvel entrepreneur de masse - L’universalité de l’homme-entreprise - 9. L’État fort gardien du droit privé - Ni laisser-faire… Ni « fins sociales » - L’« ordre spontané du marché » ou « catallaxie » - La « sphère garantie de liberté » et le droit des individus - Le « domaine légitime des activités gouvernementales » et la règle de l’État de droit - L’État fort plutôt que la démocratie - III / La nouvelle rationalité - 10. Le grand tournant - Une nouvelle régulation par la concurrence - Idéologie (1) : le « capitalisme libre » - Idéologie (2) : l’« État-providence » et la démoralisation des individus - Discipline (1) : un nouveau système de disciplines - Discipline (2) : l’obligation de choisir - Discipline (3) : la gestion néolibérale de l’entreprise - Rationalité (1) : la pratique des experts et des administrateurs -Rationalité (2) : la « troisième voie » de la gauche néolibérale - 11. Les origines ordolibérales de la construction européenne - Archéologie des principes du Traité constitutionnel européen - L’hégémonie de l’ordolibéralisme en RFA - La construction européenne sous influence - Vers la mise en concurrence des législations ? - 12. Le gouvernement entrepreneurial - De la « gouvernance d’entreprise » à la « gouvernance d’État » - Gouvernance mondiale sans gouvernement mondial - Le modèle de l’entreprise - L’hypothèse de l’acteur égoïste et rationnel - Le Public Choice et la nouvelle gestion publique - La concurrence au cœur de l’action publique - Une politique de gauche ? - Une technologie de contrôle - Managérialisme et démocratie politique - 13. La fabrique du sujet néolibéral - Le sujet pluriel et la séparation des sphères - La modélisation de la société par l’entreprise - La « culture d’entreprise » et la nouvelle subjectivité - L’entreprise de soi comme ethos de l’autovalorisation - Les « ascèses de la performance » et leurs techniques - Le « management de l’âme » et le management de l’entreprise - Le risque : une dimension d’existence et un style de vie imposé - « Accountability » - Le nouveau dispositif « performance/jouissance » - De l’efficacité à la performance - Les cliniques du néosujet - La souffrance au travail et l’autonomie contrariée - L’érosion de la personnalité - La démoralisation - La dépression généralisée - La désymbolisation - La « perversion ordinaire » - La jouissance de soi du néosujet - Le gouvernement du sujet néolibéral - Conclusion : L’épuisement de la démocratie libérale - Une rationalité a-démocratique - Un dispositif de nature stratégique - Inventer une autre gouvernementalité - Les « contre-conduites » comme pratiques de subjectivation - Index des noms - Index des concepts.

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// Article publié le 4 février 2009 Pour citer cet article : RDMP, « P. Dardot, Ch. Laval, La nouvelle raison du monde , Essai sur la société néolibérale », Revue du MAUSS permanente, 4 février 2009 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?P-Dardot-Ch-Laval-La-nouvelle
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