Sibylle la douleur/Sibylle el dolor

Ayant pris connaissance du suicide de Sibylle Lacan en novembre 2013, nous avons publié l’article de Pura Cancina, « A propos d’Un père puzzle de Sibylle Lacan » le 19 janvier dernier : http://www.journaldumauss.net/?Un-pere-puzzle
Le jour même, je reçus un mail de remerciement de Christian Valas, compagnon de Sibylle pendant les 25 dernières années de sa vie. Il joignait à ce mail un texte écrit de sa main, quelques jours après la mort de Sibylle, pour raconter à ses amis et proches les circonstances dans lesquelles Sibylle s’est donné la mort la nuit du 7 au 8 novembre 2013. Nous publions le texte de Christian Valas avec l’autorisation de l’auteur.
Carina Basualdo

Sibylle la douleur

Novembre 2013

J’ai écrit ce petit texte pour raconter la souffrance de Sibylle.

Cela veut être aussi un témoignage pour qu’enfin cette maladie qui touche de nombreuses femmes trouve une solution médicale.

A partir de 2000 Sibylle a commencé à souffrir de Vulvodynie vous trouverez sur Internet toutes les descriptions de cette horreur dont personne ne semble se soucier

Elle avait donc des crises de douleurs violentes contre laquelle seul l’antidouleur « Topalgique » pour elle obtenait un arrêt pour 24 h. Nous avons fait le parcours de tous les centres anti douleur de Paris, sans résultat.

Elle était suivie par deux femmes médecins formidables qui lui ont donné beaucoup de leur temps.

Grâce à elles nous avons pu aller à Prague, Florence, Venise, et pendant les étés à Formentera dans la maison que son père lui avait donnée dans les années 70.

Fin 2012 nous étions à Amsterdam pour éviter d’être à Paris pour les « fêtes ».

Elle voulait écrire un troisième livre mais trop douloureusement atteinte et droguée, cela lui était impossible. Elle était à bout de force usée par ces douleurs et les médicaments

La dépression grave est survenue à partir du début 2013, et nous n’avons plus fait de projet. Elle me disait qu’elle ne s’en sortirait pas cette fois. J’étais persuadé du contraire, elle était d’un grand courage : luttant tous les jours et malgré ses souffrances elle me disait qu’elle ne se suiciderait pas. Elle a pris des anti-dépresseurs sans résultat.

Alors il y eut des hauts et des bas.

Le 31 octobre elle m’a demandé d’aller sur la tombe de son père. J’ai d’abord refusé car les morts et les chagrins sont dans nos têtes, puis comme elle insistait j’ai accepté pensant qu’elle voulait lui parler.

Le ciel était sombre il pleuvait nous avons acheté un bouquet de fleurs je l’ai laissée seule dans le cimetière.

Elle est ressortie en pleur, et en colère, d’avoir vue toutes les tombes fleuries et celle de son père comme abandonnée.

Nous nous sommes arrêtés devant la maison de Guitrancourt qui était toute éclairée, les gens étaient là à 100m du cimetière et ne s’étaient même pas déplacés pour poser une fleur.

Pendant le retour elle m’a dit qu’elle écrirait un texte dénonçant cet abandon. Dimanche 3 novembre nous étions comme toujours au Select pour le thé, elle a pris rendez-vous pour dîner jeudi 7 avec son ami écrivain François Meyronnis afin de lui parler de ce texte (que je n’ai pas trouvé). J’ai dormi chez elle les nuits du 5 au 7 ; le matin quand je suis parti en lui souhaitant une bonne soirée elle était calme, sans douleur.

Elle devait me retrouver chez moi vendredi 8 pour dîner. Inquiet vers 20h de ne pas la voir arriver je suis allé chez elle. Sibylle était sur son lit en robe de chambre couchée sur le dos comme souvent je l’ai vue, elle semblait dormir. Je l’ai prise dans mes bras pour la réveiller…

Elle n’est pas allée pas à son rendez-vous avec François.

J’avais chez moi une enveloppe à n’ouvrir que... Elle écrit le 7 janvier 2013 ’Si je me suicide, je veux que les circonstances de ma mort ne soient occultées en aucun cas.’ 

J’ai demandé à Catherine Millot de m’aider à obtenir que Sibylle puisse reposer à Montparnasse son village à Paris, ce qu’elle souhaitait absolument. C’est fait.

Avec son frère Thibaut, nous avons fait les dernières démarches, elle a été enterrée le mercredi 27 novembre.

Christian Valas

Sibylle el dolor

Noviembre de 2013

He escrito este pequeño texto para contar el sufrimiento de Sibylle.

También tiene que ser un testimonio para que, por fin, esta enfermedad que afecta a numerosas mujeres encuentre una solución médica.

Este texto no es una explicación del suicidio, Sibylle se llevó el misterio consigo.

A partir de 2000, Sibylle empezó a padecer vulvodinia –encontrarán en Internet todas las descripciones de este horror del que nadie parece preocuparse.

Tenía entonces crisis con dolores violentos contra los cuales solo el anti-dolor “Topalgique” le permitía un receso de 24 horas. Visitamos todos los centros anti-dolor de París, sin resultado.

La seguían dos doctoras estupendas que le dedicaron mucho de su tiempo.

Gracias a ellas, pudimos ir a Praga, Florencia, Venecia y los veranos a Formentera en la casa que su padre le había dado en los años 70.

A finales de 2012 estábamos en Ámsterdam para evitar pasar las “fiestas” en París.

Ella quería escribir un tercer libro pero, demasiado afectada y drogada, le era imposible. Se quedó sin fuerzas, agotada por los dolores y los medicamentos.

La depresión grave surgió a partir de principios de 2013 y ya no hicimos proyectos. Me decía que, esta vez, no lo superaría. Yo estaba convencido de lo contrario, ella tenía mucho coraje, luchando cada día y, a pesar de sus dolores, me decía que no se suicidaría. Tomó anti-depresivos, sin resultado.

Desde entonces hubo altibajos.

El 31 de octubre, me pidió que fuéramos a visitar la tumba de su padre. Primero me negué porque las muertes y las tristezas están en nuestras cabezas, luego, como insistía, acepté pensando que ella querría hablar con él.

El cielo estaba oscuro, llovía, compramos un ramo de flores, la dejé sola en el cementerio.

Salió de allí llorando, furiosa por haber visto todas las tumbas con flores menos la de su padre, como si estuviese abandonada.

Nos paramos delante de la casa de Guitrancourt que estaba con luz, la gente estaba ahí, a 100 metros del cementerio y no se había molestado en ir a dejar una flor. Mientras volvíamos, me dijo que escribiría un texto denunciando este abandono. El domingo 3 de noviembre estábamos, como siempre, en el Select tomando té, concertó una cena para el jueves 7 con su amigo escritor François Meyronnis para hablarle de este texto (que no he encontrado). Dormí en su casa las noches del 5 al 7 ; por la mañana cuando me fui, deseándole una buena cena, ella estaba tranquila, sin dolor.

Teníamos que encontrarnos en mi casa el viernes 8 para cenar. Preocupado, sobre las 20h, por no verla llegar, me fui a su casa. Sibylle estaba en bata, acostada sobre la espalda, tal como la veía a menudo, parecía que dormía. La abracé para despertarla...

No se presentó en su cita con François.

En mi casa, tenía un sobre que solo se debía abrir en caso de... Escribe el 7 de enero de 2013 : “Si me suicido, quiero que las circunstancias de mi muerte no se oculten en ningún caso.”

Le pedí a Catherine Millot que me ayudase a conseguir que Sibylle pueda descansar en Montparnasse, su pueblo en París, lo cual ella deseaba con fuerza. Está hecho. Tras los últimos trámites, fue enterrada el miércoles 27 de noviembre.

Christian Valas

// Article publié le 27 juin 2014 Pour citer cet article : Christian Valas, « Sibylle la douleur/Sibylle el dolor », Revue du MAUSS permanente, 27 juin 2014 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Sibylle-la-douleur-Sibylle-el
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