Le retour de Pan / Il ritorno di Pan

Le retour de Pan [1]

Ce texte est né d’un jeu, gratuit et grave comme un jeu d’enfant : une heure pour écrire un retour. J’ai sollicité le fil de ma mémoire qui a relié le retour à Matera au retour de Pan, et m’a projetée dans le futur proche : Matera a été choisie comme capitale européenne de la culture pour 2019. Ses fragiles signaux de sagesse transmis de la préhistoire jusqu’à nous, seront-ils recueillis et compris ?

J’ai peur

Sapevo che saresti tornata !
Angelo m’accueille à la gare avec un sourire entendu : il était sûr que je reviendrais. C’est lui qui m’a appris à nager et à repérer l’étoile polaire. Il sait que je ne peux pas rester trop longtemps loin de Matera. J’y ai passé les plus belles vacances de mon enfance dans la famille de mon père. Sa pauvreté m’habite, les dalles des rues accompagnent mes pas, les fleurs de câpriers qui fleurissent sur les murs parlent à mon âme, les petits faucons qui sillonnent le ciel de juillet me relient au cosmos, la vallée du torrent Gravina et le labyrinthe des Sassi sont le lieu récurrent de mes rêves.

Mais cette fois-ci j’ai peur. Les crédits - et les touristes - vont déferler sur Matera. Que va-t-il rester de l’enchantement ?

Casa Cava

« Angelo [2], c’est quoi pour toi la culture ? – Un bien grand mot. »
Il ralentit le pas. « Si on rapporte l’importance d’une culture à la distance qui la sépare de la nature, on va accorder plus de prix à ce qui est jugé « supérieur » et on négligera l’origine naturelle. Selon ces calculs, les Materani n’ont pas grand chose à proposer : ceux qui ont voulu s’illustrer sur cette échelle se sont contentés de reproduire ce qui se faisait ailleurs car nous sommes capables nous aussi de suivre une mode, la meilleure et la pire.

Mais si nous mettons sous le mot « culture » le « culte », la qualité du rapport convivial qui nous relie à la nature et aux voisins passés, présents et futurs, nous pouvons offrir des solutions originales. »

Asservissement de la nature et des hommes ou respectueuse collaboration ? Ce choix culturel de base est déterminant. Pendant qu’ailleurs des orgueilleux s’arrogeaient le droit de tout plier à leurs désirs, ici le peuple inventait une beauté paradoxale, en s’alliant étroitement à la montagne, à cette vallée qui dans la nuit des temps était submergée par la mer.

Quand l’eau s’est retirée, elle a laissé des rochers percés de cavités. Depuis la préhistoire, nos ancêtres ont continué son œuvre : toute une ville a été creusée en deux amphithéâtres ouverts sur la vallée et séparés par l’éperon de la cathédrale. Ces Sassi tant décriés avant d’être reconnus patrimoine de l’Unesco, constituent un écosystème adapté, tièdes l’hiver, frais l’été, ménageant des rues et des places où les voisins se retrouvaient, près de la fontaine ou du four à pain.

Angelo explique : « Ailleurs, on construit, on accumule, on s’élève - à Matera on a creusé, évidé. Cela change la perception du monde. La dernière fois, tu es allée à la « Casa Cava », l’ancienne carrière au milieu de la ville devenue auditorium ? aucun architecte ne pouvait concevoir l’espace créé par les tailleurs de pierre qui, en suivant le fil de la roche, ont sculpté des draperies, des arcs, des perspectives et des passages imprévus… comme l’intérieur d’un vaste crâne où bouillonnent maintenant les émotions collectives. »

Qui sommes-nous ?

Sur le Corso, nous rencontrons Matteo, le plus jeune de notre longue génération, Lucia et leur fille Elena qui observe et comprend tout. Ils sont aussi invités chez Caterina, ma « cousine jumelle ». Elle cuisine les produits de son jardin, sublimés par les plantes sauvages. La conversation reprend : « Argile a peur de voir Matera exposée aux feux de la rampe et toi, Caterina, comment vois-tu ce titre éphémère de capitale ? - Mes enfants, Rossella en particulier, se sont beaucoup investis dans cette candidature. Il s’agissait de racheter des siècles d’infériorité en considérant d’un regard nouveau ce que nous avons en commun et qui finalement a été jugé digne d’intérêt. Dans notre voisinage, nous voyons ce que nous pouvons créer ensemble, en fidélité avec ce que nous sommes »

Matteo, à l’oreille fine, interroge : « Oui mais qui sommes-nous ? des rebelles ou des conformistes désespérément soumis ? » La douce Lucia, prête à réagir devant tout abus de pouvoir, répond : « Nous sommes le peuple de Lucanie quand, du vieux appuyé sur sa canne au bébé dans sa poussette, nous manifestons contre le projet d’enfouir chez nous des déchets nucléaires…Mais, avec ce titre de Capitale, le danger est en nous, dans la tentation de nous soumettre aux mésusages de la société de consommation. Nous ne voulons pas voir que la bougeotte, le gaspillage de l’eau ou le jetable mettent à sac le futur. »

La flamme de Lucia entre en résonance avec une rébellion restée gravée dans la mémoire collective. Le comte Tramontano a voulu édifier au début du XVIe siècle un château fortifié pour se protéger de la plèbe qu’il voulait asservie à ses désirs. Mais le château n’a jamais été fini : le seigneur a été trucidé derrière la cathédrale dans une ruelle qui conserve le nom de « via del Riscatto », la rue du rachat. Les touristes qui réservent leur admiration pour les signes d’autorité, regrettent que le château soit resté inachevé…

C’pp d’str’zz !  

Caterina me demande : « C’est vrai que tu as refusé d’être marquise ? » J’éclate de rire : « Vous en savez peut-être plus que moi. » Il y a bien 60 ans, le marquis de Venusio, allait dissiper à Naples les bénéfices de son latifondo que notre grand père régisseur engrangeait scrupuleusement, sac de blé par sac de blé, poire après poire. Le clergé de la zone forma le dessein de sauver le nom et le patrimoine en mariant le fils à la petite française qui avait l’air solide et qui se plaisait tant à Matera. Je voyais bien les attentions de la tante religieuse, supérieure d’un grand orphelinat, je les attribuais au désir de me voir entrer dans son ordre. Si j’avais capté ses projets matrimoniaux, j’aurais opposé la même résistance tranquille, mais cela ne m’avait pas effleurée. Quand le noble gamin descendait dans la cour, les cousins et voisins cessaient de jouer et partaient en courant dans la vallée de la Gravina...
Ma mère n’a dit le fin mot de l’histoire que quelques vingt ans plus tard, une fois mon destin familial assuré. Cela éclairait pour moi plusieurs étrangetés : le trousseau magnifiquement brodé par les orphelines (il sert encore dans les grandes.occasions), les interrogatoires façon Jeanne d’Arc par les dignitaires de l’Église locale, l’accueil à Pérouse dans la haute société ombrienne… Mais de souvenir du prétendant, point. Je me demande ce que mon père, ouvrier émigré en France, plus digne qu’un prince, avait pu penser de ce projet. Selon moi il n’y a pas cru mais, plutôt que d’imposer le veto du pater familias, il me faisait confiance. De fait, je n’ai même pas eu à dire non : ma nature insoumise a parlé pour moi.

Les Venusio ont quitté Matera. Le grand palais où notre famille occupait la partie inférieure, le beau palais amarré au Sasso Caveoso, a été vendu. C’est maintenant un hôtel.

Angelo commente : « Tu aurais été bien logée ». « C’pp d’str’zz  ! » ponctue Elena du haut de ses 5 ans. Interjection intraduisible :que vient faire ici une autruche ahurie ? Elle nous projette tous dans la lumière d’un rire plus accueillant qu’un vaste palais. 

Une langue secrète

C’est la fonction première de cette langue : unir, dans une connivence secrète ceux qui sont capables de rire des m’as-tu vu et de la vie même, qui ne se montre pas toujours tendre ni raisonnable. Le plus souvent, le sens m’échappe car les cousins tenaient à me transmettre l’italien « toscan » mais parfois je saisis le gag et je me retrouve alors complice, surprise… comme nez à nez avec une autruche.

Une autre fonction de cette langue pratiquement sans voyelles, c’est d’accompagner avec le tamburello et la cupa-cupa (un cylindre creux où résonne une corde), le rythme indomptable de la tarentelle : c’è c’adabballà turn’turn anè’nnanè, allez, mon âme, il faut danser et tourner... Je n’ai pas réussi à maîtriser l’idiome mais la danse, la plus ancienne des danses connues, celle qu’il vaut mieux danser pieds nus pour sentir l’énergie qui vient du sol, celle qui a la réputation de faire sortir de la catalepsie, cette exaltante folie m’est bel et bien entrée dans les veines.

Les temps de la soumission

Après le rire, nous savourons le plaisir d’être ensemble. Angelo se tait intensément. Nous respectons le temps de maturation de ses pensées. Une profonde inspiration et :

« Matera est un bon endroit pour donner sens et continuité au monde. Mais ce monde s’effondre sous l’action des dirigeants qui ne pensent qu’à accroître leur pouvoir. Tout ce qu’ils touchent devient marchandise, source de profit et d’inégalité. Ils font de la culture, soit un luxe réservé à l’élite, soit une entreprise massive d’abrutissement. Ils dressent les uns contre les autres les individus et les pays dans la course aux ressources. Il est difficile, quand tout manque, de repousser leurs promesses et plus difficile encore d’y renoncer une fois le pli pris. La séduction de l’argent est plus aliénante que la violence. Le comte Tramontano a été vaincu, le fascisme aussi mais Hubris triomphe encore sous le masque du capitalisme.

Le fascisme nous a laissés dans une misère insoutenable. C’était la faute de l’accaparement des terres, de l’exploitation des paysans, de la surpopulation, mais le nouveau pouvoir d’en haut trouva plus facile d’accuser les Sassi et décida de les murer. Les habitants, relogés dans des quartiers neufs, n’eurent pas voix au chapitre : les règles du jeu politique étaient trop éloignées de leur mentalité. Après leur départ, des « voisinages » entiers sont devenus des hôtels d’une beauté à couper le souffle. On a appliqué les solutions trouvées par nos ancêtres, inattendues dans leur fidélité aux irrégularités du relief et somptueuses dans le dépouillement des formes. Sauf que toute cette beauté est désormais réservée à une clientèle richissime et exigeante, par exemple en termes de consommation d’eau… Le peuple a été dépouillé de son pays. »

Et maintenant ?

Angelo accepte le petit verre de limoncello que lui tend Caterina puis reprend :
« Ici comme partout, l’american way of life se répand mais notre originalité peut resurgir dans le goût de la légèreté - une loggia, des fils tirés qui font la transparence d’une broderie -, dans le goût des choses que l’on appelle « pauvres » parce qu’elles sont à la portée de tous. Pour l’essentiel, nous avons le pain, les lentilles, les olives, l’origan. Pour la folie, nous avons le char triomphal de la Bruna, tout en papier mâché, dépecé chaque année dans une catharsis rituelle. Et, paradoxe extrême, nous trouvons dans l’épuisement, la force de déchaîner la tarentelle.

Tu fais bien, Caterina de réunir le voisinage. C’est ensemble qu’il faut répertorier les besoins avec les moyens d’y répondre. Et pour les désirs, il est temps d’écouter Dante : Orientons nos aspirations vers ce qui s’accroît dans le partage, dans la beauté, l’amitié, la culture au bon sens du mot [3]. Le profit fait courir tout le monde sur une fausse piste.

Puisque une autre voie doit se réinventer, nous, les derniers engagés dans l’impasse, nous nous retrouvons en avance par rapport aux champions actuels : au moins nous échappons à l’illusion qu’un seul modèle est possible. Ne nous laissons pas impressionner par la mode mortifère du sans gêne désinhibé. Souvent les paysans sont capables d’aimer l’effort de vivre : mettons-nous à leur école. »

Le Grand Pan

Matteo se concentre pour creuser à son tour : « Cette terre se souvient d’avoir été la Grande Grèce. Nous sommes les héritiers de Pythagore qui enseignait près d’ici, à Métaponte. Dans son école, les nombres servaient pour comprendre la musique et les étoiles, pas pour violer la terre, les atomes et les gênes.

Ce n’est pas pour rien que les gens d’ici disent que le Christ s’est arrêté à Éboli, au Sud de Naples. Au fond, nous sommes restés païens. Notre dieu caché c’est PAN, le dieu de la nature qui relie tout ce qui vit, le dieu du rire qui magnifie les paradoxes, le dieu de la musique pastorale. À l’aube de l’ère chrétienne, on a fait courir le bruit que le grand Pan était mort : Mensonge ! il n’était que prisonnier d’Hubris, l’insatiable désir de pouvoir, la quête effrénée de supériorité, ce délire que les anciens Grecs redoutaient plus que tout. En cessant de la nommer, nous lui avons laissé le champ libre.
Entrons en Résistance contre Hubris  ! Libérons Pan et retrouvons avec lui, la vis comica et poetica qui relie tous les êtres vivants au cosmos. Là où nous sommes. »

Envoi

Je vois que le pire n’est pas certain. Le choix de Matera et des autres belles villes annoncées peut signifier :
* soit une attaque aux derniers bastions de résistance afin de les entraîner dans le trou noir de la consommation sous l’étiquette « pittoresque »
* soit la reconnaissance d’une façon plus attentive d’être au monde sur la terre de Pan, la nouvelle Pangea. Cet Espace Terrestre n’’a pas besoin de Capitales où se concentre le pouvoir (Melina Mercouri n’employait pas ce terme) mais de Foyers variés, originaux par fidélité et ouverts par amitié. Un an pour attirer l’attention sur l’originalité d’une ville, voilà une démarche plus féconde que des compétitions dévoreuses de ressources et génératrices de frustrations .

Matera, Foyer de Pangea ? Il faut trouver le moyen de rallier à cette bonne nouvelle les Materani eux-mêmes et puis les potentiels touristes. Prévenons-les : si vous décidez de venir, ne dites pas que vous allez « faire » Matera, (verbe trop proche de « déféquer »). Le site n’est pas fait pour accueillir des foules. L’eau est rare. Dépouillez-vous de toute arrogance.

Et toi, ami sensible à ce message - la vie est un jeu à qui perd gagne où la pauvreté peut se changer en subtil art de vivre - la meilleure façon de le prouver, c’est de t’en inspirer là où tu es. Sur toute la Terre, il y a des chemins qui rétablissent le contact avec la nuit des temps. Partout, il est possible de libérer Pan et avec lui la poésie qui relie tous les êtres vivants au cosmos. Pan signifie tout. Il peut prendre toutes les formes et se rit de tout dogme. L’imaginaire fait feu de tout bois.

Francesca Di Marzio in Chanial alias Argile

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Il ritorno di Pan

Questo testo è nato da un gioco, gratuito e serio come il gioco dei bambini : un’ora per raccontare un ritorno. Ho sollecitato il filo della mia memoria che ha associato il ritorno a Matera col ritorno di Pan e poi mi ha priettata nel futuro prossimo : Matera è stata eletta capitale europea della cultura per il 2019. I suoi fragili messaggi di saggezza trasmessi dalla preistoria fino a oggi, saranno raccolti e capiti ?

Ho paura

« Sapevo che saresti tornata ! »
Alla stazione, Angelo mi accoglie col sorriso di chi la sa lunga. Tempo fa mi ha insegnato a nuotare e a ritrovare la stella polare. Sa che non posso stare a lungo fuori Matera : ci ho trascorso le più belle vacanze della mia infanzia. La sua povertà mi sorregge, le lastre delle strade accompagnano i miei piedi, i fiori di capperi che sorgono dai muri richiamano la mia anima, mentre i falchi grillai nel cielo di luglio la ricollegano al cosmo. La valle del torrente Gravina e il labirinto dei Sasssi sono i luoghi ricorrenti dei miei sogni...
Ma ora ho paura : arriveranno soldi e turisti. L’incanto potrà resistere ?

Casa Cava

« Angelo, [4] che cosa significa per te la cultura ? - Una parola !”
Rallentiamo il passo : « Se misuriamo l’importanza di una cultura secondo la distanza che la separa dalla natura, i Materani hanno poco da proporre : chi ha voluto illustrarsi su siffatta scala, si è accontentato di replicare quel che si faceva altrove. Anche noi siamo capaci di adeguarci alla moda, civile o incivile che sia.
Ma se intendiamo la cultura come “culto” alla natura, come qualità del rapporto che ci lega ai vicini del presente, del passato e del futuro, possiamo offrire soluzioni originali.”
Un tale orientamento cambia tutto. Mentre altrove i superbi pretendevano piegare tutto ai loro desideri, qui il popolo inventava una bellezza parasossale in adeguazione colla vallata abbandonata dal mare nella notte dei tempi. Fin dalla preistoria i nostri avi hanno assecondato il lavoro delle acque, scavando due anfiteatri separati dalle sperone della catedrale : i Sassi tanto denigrati prima di essere inseriti nel patrimonio dell’Unesco costituiscono un ecosistema tiepido d’inverno, fresco l’estate, con strade e piazzette dove il vicinato si ritrovava intorno al forno o alla fontana.
Angelo spiega : “Altrove, si costruisce, si erige, si accatasta - a Matera, si scava, si allarga il vuoto. Ne risulta una percezione del mondo diversa. Sei già andata alla “Casa Cava”, l’antica cava trasformata in auditorium ? : nessun architetto poteva concepire lo spazio creato dagli spaccapietra che, seguendo il filo della roccia, hanno creato drappeggi, archi pensili, scorci e passaggi imprevisti, come l’interno di un vasto cranio dove ora ribolle l’energia collettiva. »

Ma chi siamo ?

Sul Corso, incontriamo Matteo, il più giovane della nostra lunga generazione, Lucia e la loro bambina Elena, che osserva e capisce tutto... Sono anche loro invitati da Caterina, la mia « cugina gemella » che ci ha preparato, secondo l’alchimia ancestrale, prodotti dal suo piccolo podere, sublimati da aromi selvatici...
La conversazione riprende : « Argilla teme per Matera le luci della ribalta e tu, che ne pensi, Caterina ? - I miei figli, in particolare Rossella, si sono impegnati nella candidatura, col sentimento di riscattare secoli di inferiorità, considerando con occhio nuovo quel che abbiamo in comune. Nel vicinato, cerchiamo di sperimentare, rimanendo fedeli a quello che siamo. »
Matteo, dall’orecchio finissimo, interroga : « e chi siamo ?? ribelli o remissivi ?? »
La dolce Lucia, insofferente a ogni sopruso, risponde : « Il popolo lucano è se stesso quando insorge per resistere alle prepotenze, quando, come recentemente, dal vecchio appoggiato sulla canna al bimbo nel passeggino, manifestiamo contro la decisione di seppellire da noi scorie nucleari. Ma col titolo di Capitale, il pericolo è in noi, nella tentazione di sottometterci al consumismo. L’insoddisfazione smaniosa, lo spreco dell’acqua, i gesti troppo comodi dell’usa e getta saccheggiano il futuro e chi ci fa caso ? »
La fiamma di Lucia entra in risonanza con la memoria collettiva : il conte Tramontano ha voluto edificare, all’inizio del ’500, una fortezza per proteggersi dal popolo ch’egli pretendeva assoggettare. Il tiranno fu ucciso in una viuzza lungo la cattedrale che si chiama tuttora Via del Riscatto. Il castello rimase incompiuto e solo qualche turista rimpiange che non sia stato operativo...

C’p’ d’ str ’zz’ 
 
Caterina mi chiede : « È vero che hai rifiutato di essere marchesa ? » Scoppio a ridere : « io non c’entro ! » 60 anni fa, il marchese di Venusio, scialava a Napoli i benefizi del latifondo che il nonno fattore risparmiava pera a pera, quasi grano dopo grano. Per salvare il nome e il patrimonio, il clero della zona nutrì l’idea di fare sposare il figlio con la francesina che sembrava abbastanza solida e si trovava tanto bene a Matera. Avvertivo le attenzioni di “Zia Monaca”, personaggio tutelare, superiora di un grande orfanatrofio ma le attribuivo al suo desiderio di vedermi entrare nel suo Ordine. Avrei accolto con la stessa resistenza tranquilla i suoi projetti matrimoniali ma non ci pensavo. Quando il marchesino capitava nel cortile, la frottola dei cugini e vicini interrompeva il gioco per darsi a scorribande nella valle della Gravina…
Mia madre svelò il segreto un vent’anni dopo, quando il mio destino familiare era ben delineato. Capii allora certe stranezze : il bel corredo ricamato dalle orfanelle ( serve tutt’ora nelle grandi occasioni), gli « nterrogatori » alla Giovanna d’Arco dalle Monacelle, il soggiorno a Perugia in una famiglia aristocratica... Ma del marchesino, non ho conservato l’ombra di un ricordo. Ripensandoci, mi chiedo con che occhio mio padre, operaio emigrato in Francia, più dignitoso di un principe, avrà visto quel progetto. Secondo me non ci ha creduto ma, piuttosto che imporre il suo veto, si fidava di me. E difatti, non ho avuto da pronunciarmi : la mia natura indomita si era espressa con evidenza, da sola !
I Venusio non sono più a Matera. Il vasto palazzo di cui la nostra famiglia occupava il pianterreno, è stato venduto ed è ora trasformato in albergo.
Angelo commenta : « Avresti avuto un bel alloggio – C’p’ d’ str ’zz’ » punteggia Elena. dall’alto dei suoi 5 anni. Che ci viene a fare questo struzzo beffardo ? L’interiezione intraducibile ci proietta tutti in un riso, più arioso ed accogliente che il palazzo più mirabile !

Un linguaggio quasi segreto

Quest’è la funzione della lingua materana : ravvicinare, in un’intesa segreta, chi è capace di deridere i prepotenti e la vita stessa, a volte prepotente anch’essa. In genere non capisco, perché i cugini ci tenevano a trasmettermi l’italiano « buono », ma ogni tanto, afferro qualche gag e mi ritrovo coinvolta, sorpresa... come davanti a uno struzzo !
L’altra funzione di questa lingua quasi senza vocali è di accompagnare, come la cupa-cupa e il tamburello, l’indomita tarantella : “c’adabballà turn’turn anè’nnanè”, ci tocca ballare, anima mia ! Non sono riuscita ad addomesticare la lingua, ma l’esaltante follia della più antica delle danze conosciute, la danza che si balla a piedi nudi per sentire l’énergia che sale dalla terra, la danza che dà la piena misura del suo potere alla frontiera della morte, la tarantella ha trovato la via delle mie vene.

Remissività ?

Finita la risata, assaporiamo il piacer di star insieme. Angelo tace visibilmente con maggior intensità. Rispettiamo i tempi di maturazione dei suoi pensieri. Una profonda ispirazione e :
« Matera è un posto giusto per dare senso e continuità al mondo. Ma questo mondo sta crollando sotto il peso dei dirigenti che cercano solo l’occasione di far crescere il loro potere. Nelle loro mani, tutto è merce. La cultura diventa sia un lusso di pochi, sia un consumo adatto ad allocchire le masse. Aizzano gli individui e i paesi gli uni contro gli altri nella corsa alle risorse. È difficile, quando tutto ci manca, resistere alle loro promesse di ricchezze. È ancora più difficile quando ci si è assuefatto. La faciloneria ti aliena più che la minaccia delle armi. Il conte Tramontano, i fascisti, sono stati sconfitti, ma Ubris rimane sotto la maschera del capitalismo.
Il fascismo ci ha lasciati in una miseria insostenibile. Veniva dall’incetta delle terre, dallo sfruttamento dei contadini, dalla sovrappopolazione, ma la democrazia cristiana scelse di accusare i Sassi e decise di murarli. Gli abitanti, alloggiati in caseggiati nuovi, non ebbero voce in capitolo : le regole del gioco politico erano troppo diverse dalla loro mentalità. Dopo la loro partenza, interi “vicinati” sono diventati alberghi d’una bellezza mozza fiato. Si sono seguite le soluzioni trovate dai nostri avi, inattese nella loro fedeltà alle irregolarità del rilievo e suntuose nello spazio lasciato spoglio. Solo che tanta bellezza è ormai riservata a clienti ricchi ed esigenti, per esempio riguardo il consumo dell’acqua... Il popolo è stato derubato dal propro paese.”

O risveglio ?

Angelo accetta da Caterina un bicchierino di limoncello poi riprende :
“A Matera come dappertutto, si dilaga l’« american way of life » ma la nostra originalità può risorgere nel valore dato al vuoto, alla leggerezza d’una loggia o di un ricamo trasparente, nel gusto per le cose dette « povere » perchè sono alla portata di tutti.
Per l’essenziale abbiamo il pane, le lenticchie, le olive, l’origano. Per la follia abbiamo il carro trionfale della Bruna fatto di carta pesta, strappato ogni anno con violenza catartica. E, paradosso estremo, troviamo nello sfinimento, la forza di scatenare la tarantella.
Fai bene, Caterina a radunare i vicini. Ci tocca fare insieme l’inventario dei bisogni con le soluzioni per soddisfarli. E per quel che riguarda i desideri, sarebbe ora di ascoltare Dante (Purg XV, 49-57) : orientiamo le nostre brame verso i beni che crescono quando sono condivisi, la bellezza, l’amicizia, la cultura nel senso vero, e lasciamo perdere la corsa al profitto egoistico.
Giacché una nuova via deve essere inventata, noi, ultimi ad esserci mossi nella direzione sbagliata, ci ritroviamo avanti rispetto ai campioni attuali perchè, almeno, non cadiamo nell’illusione che ci sia un’unico modello possibile. Non lasciamoci sopraffare dai comodacci deleteri. Bisogna amare una misurata fatica di vivere : i contadini spesso ci mostrano la strada ! »

Il grande Pan

Matteo, contagiato dall’estro profetico, scava : “ Qui siamo tuttora nella Magna Grecia, eredi spirituali di Pitagora che insegnava nella vicina Metaponto. Nella sua scuola, i numeri servivano per capire la musica e le stelle, non per violentare la terra, i geni e gli atomi.
La gente delle nostre parti ha buone ragioni per dire che « Cristo si è fermato ad Eboli ». Noi, in fondo, siamo rimasti pagani. Il nostro Dio nascosto è Pan, il dio del riso che unisce i contrari, il dio della natura, degli animali, e della musica pastorale. All’alba dell’era cristiana, s’è sparsa la voce : « Il gran Pan è morto » : Menzogna !! era soltanto fatto prigioniero da Ubris, l’insaziabile desiderio di potere, la spietata volontà di superiorità. Gli antichi Greci vedevano nei suoi eccessi il male assoluto. Cessando di nominarla, le abbiamo lasciato il campo libero.
Entriamo in Resistenza e liberiamo Pan ! Ritroviamo con lui la vis comica e poetica che ricollega tutti gli esseri viventi al cosmo. La dove siamo.”

Congedo

Mi sento rinfrancata : la scelta di Matera, e delle altre belle città nuovamente elencate, può essere capita diversamente. Può significare :
- sia un attacco agli ultimi centri di resistenza, una lusinga per farli entrare nel vortice del consumismo mondiale come merce sotto l’etichetta pittoresca,
- sia la riconoscenza di un modo più cauto di star al mondo, sulla terra de Pan, la nuova Pangea. Questo Spazio Terrestre, non richiede Capitali. Melina Mercuri all’origine dell’idea non usava questa parola. Non si tratta di concentrare un potere ma di proiettare l’attenzione durante un anno su vari Focolai di cultura, originali per fedeltà e aperti per amicizia. Un’usanza più rispettosa e feconda che non l’organizzazione di Giochi Olimpici distruttori di risorse e di generatori di frustrazioni.
Matera, Focolaio della nuova Pangea ? Bisogna comunicare la buona notizia prima ai Materani stessi e poi ai potenziali visitatori. Bisogna avvertirli : se decidete di venire, lasciate ogni pretesa, cercate di non sprecare e non inquinare. Tenete presente che l’acqua è preziosa.
E tu, amico lontano, se sei sensibile al messaggio di Matera - la vita è un paradossale vinciperdi e la povertà può diventare una sottile arte di vivere - applicalo là dove ti trovi ! Dappertutto , ci sono passaggi che ti mettono a contatto con la notte dei tempi. Dappertutto è possibile liberare Pan e la poesia che ricollega tutti gli esseri viventi al cosmo. Pan significa “tutto” e può assumere tutte le forme : un dio senza dogma, che bellezza !

Siamo tutti benvenuti in Pangea : Passaparola !

Francesca Di Marzio in Chanial alias Argilla

Grazie anche a Eva Almassy per il suo invito all’”Oulipo”, dove è nata la prime stesura di questo piccolo saggio.

// Article publié le 13 juillet 2017 Pour citer cet article : Francesca di Marzio, « Le retour de Pan / Il ritorno di Pan », Revue du MAUSS permanente, 13 juillet 2017 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Le-retour-de-Pan-Il-ritorno-di-Pan
Notes

[1Merci à Eva Almassy pour son invitation à « l’Oulipo », Ouvroir de Littérature Potentielle, où a été écrite la première version de ce petit essai.

[2Angelo signifie « messager », il représente ici tous les cousins qui nous ont initiés à Matera mon frère et moi.

[3Purgatoire, XV, 49-57

[4Angelo significa “messaggero”, sta qui per tutti i cugini che ci hanno iniziati, io e mio fratello, al vivere materano. Grazie a loro !

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