Dé-battre l’Europe

Plus personne en Europe ne sait où elle va. De plus en plus, on peut craindre que ce ne soit vers le pire : toujours plus de déclin économique, de récession et de chômage. Autant de facteurs de risque d’explosions incontrôlées. À commencer par celle de l’euro et de l’Union europèenne elle-même. Les mesures de soutien in extremis de l’euro succèdent aux mesures désespérées, non pensées, non anticipées et inadaptées. Chacun s’accorde désormais à reconnaître l’évidence : le caractère insoutenable de l’écart entre la sphère de la souveraineté monétaire, pensée en termes purement techniques et financiers, et celle de la souveraineté politique. Une souveraineté politique d’ailleurs largement introuvable, diluée dans l’opacité des lobbies actifs autour de la commission européenne et des règles de procédure, d’une part, et les rencontres et alliances plus ou moins informelles entre chefs des États qui comptent ou croient compter, de l’autre. Avec, à la fin, l’Allemagne qui décide. Et qui gagne. Pour l’instant. Pour pas très longtemps encore, puisqu’elle risque à tout moment d’être emportée à son tour par la récession générale que plus personne ne sait comment conjurer en raison justement de l’impossibilité actuelle de faire émerger une souveraineté politique européenne effective et de l’articuler à la souveraineté monétaire.
Curieusement, alors que les analyses économiques ou financières de la situation sont légion et que chaque expert y va de son opinion, on ne lit rien – et ce fait est particulièrement symptomatique et inquiétant- sur l’essentiel, sur le projet politique européen.
On doit donc être reconnaissant à Jürgen Habermas d’appeler à la reprise de la discussion parmi les peuples des vingt-sept sur la nature de ce projet de création d’une entité politique supra-nationale. Comment devons-nous l’entendre ? C’est en écho à ce texte d’Habermas, rejoint par la philosophe Julian Nida-Rümelin et l’économiste Peter Bofinger que nous avons décidé d’ouvrir dans La Revue du MAUSS permanente (qui inaugure ainsi sa nouvelle formule) un dossier consacré au débat politique sur l’Europe. Nous l’initions, grâce à son traducteur Christian Bouchindomme, par la reprise du texte d’Habermas et par la réponse que lui a apportée Étienne Balibar, saluant l’initiative mais rappelant à juste titre qu’on ne peut pas faire comme si ce débat n’aurait pas dû avoir lieu il y a des années de cela, et comme s’il n’était pas d’ores et déjà avorté. Par ailleurs, il faut se demander si c’est bien à l’échelle des Vingt-sept qu’un tel débat pourrait et devrait en effet voir le jour, ou s’il ne faut pas viser une échelle politique beaucoup plus restreinte et cohérente. À titre de rappel nous reprenons ici un texte de Alain Caillé et Ahmet Insel, publié en janvier 2003 dans Libération, qui plaidait en ce sens. Toutes les réactions à ces trois premiers textes seront bien venues.

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// Article publié le 12 septembre 2012 Pour citer cet article : Alain Caillé, « Dé-battre l’Europe », Revue du MAUSS permanente, 12 septembre 2012 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?De-battre-l-Europe
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