Cerner la nature de l’argent. Un des enjeux majeurs de la catastrophe chypriote

Une partie des dettes ne sera jamais remboursée

Le 28 mars 2013, après plus de dix longues journées de blocage des comptes bancaires de toutes les banques du pays, le gouvernement chypriote décide du scénario qui sera finalement appliqué pour éviter la faillite du système bancaire , sur base du plan de l’Union européenne :

  • Dans les deux plus importantes banques du pays, les dépôts bancaires en dessous de 100.000,00 euros (montant garanti dans toutes les banques de l’Union européenne), seront exemptés de toute ponction financière.
  • Par contre, les sommes déposées au delà de 100.000,00 euros, seront transférées vers une nouvelle institution bancaire. Une partie conséquente de ces dépôts (entre 20 et 40% est-il estimé dans un premier temps… ensuite l’estimation porte jusqu’à 60% !) ne sera jamais remboursée aux déposants, mais ponctionnée (et censée rapporter 5,8 milliards d’euros) pour rembourser les créances des deux banques précitées, arrivant à échéance. Il sera possible ainsi d’éviter la faillite pure et simple du système bancaire chypriote. C’est à ces conditions que l’Union européenne accepte in extremis d’accorder un prêt de dix milliards d’euros lui aussi indispensable, pour financer les banques endettées.

Jeudi 11 avril 2013, coup de théâtre : le porte-parole du gouvernement chypriote, Christos Stylianides, annonce que Chypre devra trouver 6 milliards d’euros supplémentaires aux chiffres initialement annoncés, soit plus de 75% du PIB au total. En avril 2013, Chypre pourrait ne pas pouvoir payer ses fonctionnaires et retraités .

La crise chypriote est la nième étape catastrophique d’un long processus de désendettement mondial, qui loin d’être terminé, n’en n’est encore qu’à ses débuts : des milliers de milliards de dollars d’actifs inscrits au bilan de banques, de fonds de pension et d’assurances, d’entreprises et d’États sont surévalués sur la planète.

Depuis 2007-2008, l’humanité commence à vivre la prise de conscience de l’immensité d’illusions dans lesquelles elle s’était enfermée depuis des décennies. L’heure est au retour à la prise en compte des valeurs économiques réelles : non seulement, il n’est plus possible de continuer de surévaluer nombre d’actifs bilantaires, mais corrélativement, il est par ailleurs devenu tout aussi impossible de croire qu’il sera envisageable un jour de rembourser toutes les dettes accumulées : lorsque l’endettement des États, des entreprises et des particuliers atteint un point tel qu’ils ne peuvent plus rembourser, ils sont soit acculés à la faillite, soit, lorsque c’est possible, acculés à restructurer leur dette : une partie de celle-ci ne sera alors remboursée qu’après les délais initialement prévus, voire ne sera plus remboursée du tout ! Le cas le plus spectaculaire connu par le public est celui de la Grèce, dont il a été décidé en octobre 2011 que 50% de la dette de l’État détenue par des banques privées serait purement et simplement annulée.

Une partie importante des dettes mondiales ne sera donc jamais remboursée . En contre partie, il y aura donc toutes sortes de créanciers, de personnes physiques, d’institutions, de banques,… qui devront accepter de perdre cet argent dont ils étaient les propriétaires.

Quelles sont les origines de ces déséquilibres majeurs et comment y remédier durablement ?

Une des causes généralement méconnue à la base des déséquilibres majeurs de l’organisme économique.

Les causes de la croissance sans fin des valeurs financières illusoires que le monde a connue ces dernières années, sont multiples et complexes.
Une des causes les plus profondes à la base de cette tragédie sociale et économique, habituellement tout à fait inconnue des économistes, concerne la problématique de l’accumulation excessives de capitaux non « consommés » au sein de l’organisme économique . Je ne ferai qu’effleurer ce concept dans cet essai.

Dans tout organisme vivant, coexistent nécessairement, dans un équilibre relatif, à la fois des processus « constructeurs » et des « processus déconstructeurs » de substances organiques. Par exemple, on trouve dans l’organisme humain, des tissus ou organes produisant continuellement des globules rouges et d’autres les détruisant constamment ; il en est de même au niveau du tissu osseux, dont des éléments sont en permanence produits et d’autres détruits. Le métabolisme de tout organisme vivant est constitué du processus de l’anabolisme (élaboration, construction et renouvellement des tissus) et de celui du catabolisme (déconstruction et dégradation des tissus de l’organisme). S’il se produit un excès d’un processus constructeur (par exemple un excès de production de globules rouges) ou un excès du processus destructeur de substance organique, apparaît la maladie au sein d’un organisme vivant. Un déséquilibre trop marqué en faveur d’un processus d’accumulation-construction ou de dégradation-déconstruction, peut conduire à la mort de l’organisme. Les deux types de déséquilibres peuvent coexister au sein d’un même organisme : à la fois un excès de processus d’élaboration d’un certain type de substance organique, et un excès d’un processus de dégradation d’un autre type de substance organique.
L’organisme économique étant un organisme vivant et non pas une machine, il est soumis aux mêmes lois nécessaires s’appliquant à tout organisme vivant : aux processus permanents de création de capitaux (ou de toute autre valeur économique d’ailleurs) correspondent nécessairement, au sein de cet organisme, des processus continuels de consommation-destruction de capitaux dans un relatif équilibre d’ensemble. En particulier, l’accumulation de capitaux non productifs au sein de l’organisme social (c’est-à-dire des capitaux non mis en œuvre et non consommés, par exemple pour créer des moyens de production permettant d’augmenter la production de biens et de services, ou pour financer la vie de l’esprit (l’éducation, la santé, etc.)) doit nécessairement produire des états de déséquilibres économiques plus ou moins graves. Ceci est notamment le cas lorsque des capitaux sont fixés dans des biens fonciers sans en augmenter la productivité .

La douloureuse crise chypriote exige de l’humanité qu’elle se penche sur la question suivante : comment introduire dans le système économique mondial, un processus permanent (et non pas ponctuel) de restructuration (réduction) des dettes excédentaires du système (c’est-à-dire corrélativement aussi les capitaux excédentaires non productifs), pour ne plus en arriver à des accumulations aux risques explosifs, et ce, sans détruire l’économie elle-même, voire en assainissant l’économie (puisque la surévaluation des actifs bilantaires est déjà en soi symptomatique d’un état de maladie) ?

Les cris d’indignation et de révolte de la population chypriote montrent à quel point notre incompréhension de la nature des processus économiques, et de la nature de l’argent en particulier, est grande et produit des effets dramatiques.

Quelques exemples de situations concrètes à Chypre

Tentons de montrer, par quelques exemples de situations concrètes possibles telles qu’elles ont pu être vécues à Chypre, quelles directions emprunter pour améliorer notre compréhension de la nature de l’argent et sa régulation :

Exemple 1

Un particulier chypriote est contraint de déménager pour cause de santé. Il vient de revendre sa seule maison d’habitation pour 220.000,00 euros qui sont déposés sur un compte bancaire ouvert à son nom, pendant une très courte période. Cette somme est destinée, quelques jours à peine plus tard, à être versée au vendeur d’une maison dont le prix a été fixé à 250.000,00 euros (30.000,00 euros ont déjà été versés à titre d’acompte). Or, à peine les 220.000,00 euros versés sur son compte, le gouvernement chypriote bloque tous les comptes bancaires… Une dizaine de jours plus tard environ, ce particulier apprend que sur les 220.000 euros initiaux, 120.000,00 euros seront transférés vers une nouvelle banque, et qu’environ 40% de ceux-ci seront ponctionnés pour rembourser les dettes du système bancaire chypriote, soit 48.000,00 euros !
Voici notre particulier dans une situation cauchemardesque : par le contrat de vente, il est engagé contractuellement à verser dans un délai déterminé les 220.000 euros restant au vendeur de la maison. Or dans l’immédiat, il ne dispose que des 100.000,00 euros qui n’ont pas été bloqués par le gouvernement. Lorsque seront débloqués 60% des 120.000 euros restant, il ne disposera au total que de 172.000,00 euros et devra trouver 48.000,00 euros en quelques jours seulement pour honorer le contrat d’achat de la maison…
Si seulement il trouve cette somme (un nouvel emprunt par exemple), il sera néanmoins contraint de la rembourser progressivement pendant des années ! Il faut se représenter concrètement l’horreur au quotidien d’une telle situation, qui peut fragiliser, voire ruiner durablement une famille, sur une base parfaitement arbitraire et injuste. Certes, il est incontournable de réduire les excédents de dettes qui se sont accumulées au sein du système économique et financier mondial… mais est-ce la bonne manière ?

Exemple 2

Imaginons le cas d’une entreprise qui se trouve dans une situation comparable à celle du particulier de l’exemple 1. Cette entreprise vient d’emprunter 220.000,00 euros versés très momentanément sur son compte bancaire. Cette somme est destinée à réaliser l’acquisition d’un bien d’investissement, une machine-outil par exemple, dont elle a signé le contrat d’achat.

Deux cas de figure principaux peuvent se présenter si l’État chypriote ponctionne 48.000,00 euros :

  • L’entreprise doit faire face à un soudain problème de trésorerie (par exemple en cas de perte de l’acompte versé lors de la commande de la machine que cette entreprise n’a plus la capacité financière d’acquérir…) et finit par tomber en faillite. Alors qu’elle était peut-être très bien gérée, cette entreprise qui produisait des biens et services répondant à des besoins réels, est condamnée à disparaître. Il s’agit d’une perte pour tout l’organisme social.
  • L’entreprise ne fait pas faillite mais doit faire face à des pertes importantes. Celles-ci finiront par être répercutées d’une façon ou d’une autre sur le restant de l’organisme social : soit par une tendance à l’augmentation des prix, soit par une tendance à la baisse de ses coûts de production (baisse des revenus des travailleurs, par exemple).

Exemple 3

L’exemple 3 est d’une nature tout à fait différente des deux précédents. Le détenteur d’une somme de 220.000,00 euros la dépose sur un compte bancaire chypriote. Il n’a pas besoin de cet argent à court, moyen et long terme, ni pour sa famille (logement, etc.) ni pour une activité économique productive.

Faisons en outre l’hypothèse qu’un certain pourcentage de toutes les sommes d’argent déposées par les épargnants sur les comptes des banques chypriotes, disons 40% (!), ne soient pas utilisées en vue d’investissements productifs socialement et économiquement (production de biens et de services réels répondant aux besoins de la population). Il s’agit de sommes qui sont par exemple prêtées par la banque ou placées dans des sociétés d’investissement qui les utilisent pour :

  1. Spéculer sur le prix de denrées alimentaires ;
  2. Ou encore spéculer sur les valeurs d’actions boursières…
  3. Peut-être sont elles investies dans l’acquisition de biens fonciers, de terres agricoles sans toutefois qu’il n’y ait une augmentation de la production agricole, en contrepartie [1]


En vertu de la ponction de 40% des dépôts bancaires au dessus de 100.000,00 euros décidée par le gouvernement chypriote, quelles seraient les conséquences sociales relatives à ce cas particulier  ?

Vu du côté du détenteur de cette somme, cette ponction ne met objectivement aucunement à mal un processus de production économique en cours (par exemple une entreprise gérée par le propriétaire de ces dépôts qui aurait besoin de ces capitaux), ni ses besoins familiaux.
Vu du côté de l’usage qu’en fait la banque, si après ponction du gouvernement chypriote celle-ci décidait de réduire principalement les capitaux mis à la disposition d’investissements non productifs, voire nuisibles d’un point de vue économique (voir les trois exemples cités ci-dessus), aucun processus répondant à l’intérêt collectif ne serait mis à mal. Dans un tel cas spécifique, la ponction réalisée sur les capitaux déposés dans les banques, serait au contraire plutôt bénéfique pour l’organisme social.

Alors que l’état du système économique et financier mondial exige de procéder à la réduction globale des dettes (par restructurations et/ou annulations), ces exemples et situations concrètes montrent qu’il existe des modes de réduction de la dette particulièrement dommageables d’un point de vue social, et d’autres au contraire qui ne le sont pas, voire qui sont bénéfiques.

Ils sont destructeurs ou au contraire bénéfiques d’un point de vue social, selon des situations concrètes, qui nécessitent de distinguer en quelque sorte différentes « qualités » de l’argent déposé dans les banques.
De l’argent déposé avec pour finalité un investissement dans des moyens de production mis en œuvre par des personnes capables, en vue de répondre à des besoins sociaux, est qualitativement de nature tout à fait différente de l’argent placé sans plus dans une banque, qui l’utilise en vue de l’acquisition de biens fonciers, par exemple, avec un simple objectif spéculatif (augmenter la valeur purement financière de l’actif sous-jacent sans rien apporter à l’économie réelle – dans un tel cas, ce placement pourrait avoir effet d’augmenter la valeur du bien acquis, mais il s’agirait d’une augmentation s’avérant en définitive fictive et relevant de l’économie virtuelle ).

Dans ce sens, la décision prise par le gouvernement chypriote à la demande de l’Union européenne est particulièrement aveugle ; elle ne prend aucunement en considération ces différences qualitatives relatives à l’argent déposé sur les comptes bancaires et les situations spécifiques y afférentes. Seuls importent aux yeux des décideurs, des aspects quantitatifs macro-économiques, ainsi que des aspects règlementaires, tous abstraits et déconnectés de la réalité. Or, les différences qualitatives de détail sont extrêmement déterminantes pour la bonne santé de l’économie.

Discerner les différentes qualités d’argent et les gérer de manière différenciée : une nécessité

Si l’on veut éviter à l’avenir la reproduction de catastrophes humaines et financières comme à Chypre, il sera aussi nécessaire d’élaborer des concepts et des méthodes de travail permettant d’appréhender les différentes qualités de l’argent et de sa circulation effective au sein de l’organisme social. Alors, il sera possible d’agir finement au sein de la vie économique pour en rétablir la santé.

Dans deux articles antérieurs, nous avons déjà insisté sur l’appréhension à la fois subtile et exacte des processus économiques réels que permettent les associations économiques . Il s’agit de groupements de producteurs, distributeurs et consommateurs actifs dans les diverses branches de l’économie. C’est à de telles associations, notamment, que devrait aussi échoir la responsabilité de déterminer à quelles personnes doivent être accordés des prêts, ainsi que leurs modalités pratiques (durée, montant…) et leurs finalités, sur base notamment aussi des facultés-capacités individuelles des emprunteurs mises au service de besoins collectifs, et pas seulement selon les seuls critères actuels des banques, fondés principalement sur les capacités financières des emprunteurs. Il s’agit d’orienter les flux de capitaux, notamment en vue de la création et du maintien de moyens de productions répondant à des besoins réels, tels qu’ils peuvent être pleinement perçus au sein d’associations économiques ainsi constituées. Il deviendrait dès lors de plus en plus impossible que ne se constitue et ne s’amplifie une économie virtuelle fondée sur la circulation de valeurs économiques fictives, rongeant et absorbant de l’intérieur toutes les forces vives de l’organisme social, telle une gigantesque et monstrueuse tumeur cancéreuse.

Une autre piste de recherche permettant de différencier plusieurs « qualités d’argent » et de les gérer de manière spécifique selon leur nature, consiste appréhender les concepts « d’argent d’achat » (ou de consommation), « d’argent de prêt », et « d’argent de contribution » (« ou de don »), ainsi que la notion « d’argent vieillissant » (un argent qui perd sa valeur après une certaine période (date de péremption) ; cette notion n’est pas à confondre avec le concept de monnaie fondante de Silvio Gesell ).
Argent d’achat, de prêt, de don et argent vieillissant font partie intégrante en permanence de la vie économique réelle, mais ces concepts étant inconnus du public, ils ne peuvent être mis en œuvre pour discerner qualitativement les divers flux d’argent y correspondant, et encore moins pour les gérer concrètement chacun selon leurs particularités. Tout est confondu et mélangé dans la façon actuelle de gérer des flux d’argent de nature complètement différente.
Nous n’avons fait que mentionner l’existence de cette piste visant à différencier les diverses qualités de l’argent sans la fonder et la présenter ici. De longs développements seraient nécessaires, incluant aussi la question de la production et de la destruction de la monnaie .

La croissance sans fin de dettes et de capitaux (non consommés, donc non « détruits » par une « consommation » ad hoc) est une absolue impossibilité. Tenter néanmoins de réaliser une telle accumulation absurde engendre nécessairement des processus morbides au sein de l’organisme social global, pouvant conduire à sa destruction.

En comprenant et en maîtrisant de mieux en mieux les concepts relatifs aux diverses qualités de l’argent, il deviendra possible, par le biais des associations économiques de producteurs, distributeurs et consommateurs, de trouver le chemin permettant d’organiser un processus conscient et permanent d’orientation, d’utilisation et de consommation des capitaux (et donc de réduction des dettes y afférentes), tel qu’il doit nécessairement se réaliser au sein de l’organisme social, si nous voulons en assurer l’équilibre interne et la santé.

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// Article publié le 18 avril 2013 Pour citer cet article : Stéphane Lejoly, « Cerner la nature de l’argent. Un des enjeux majeurs de la catastrophe chypriote  », Revue du MAUSS permanente, 18 avril 2013 [en ligne].
http://www.journaldumauss.net/./?Cerner-la-nature-de-l-argent-Un
Notes

[1Des placements de capitaux réalisés dans des biens fonciers conduisent (dans un premier temps) à une pression à la hausse du prix de ces biens fonciers (augmentation de valeurs qui seront inscrites à l’actif du patrimoine personnes propriétaires). Si ces investissements ne concourent pas parallèlement à une augmentation de la production agricole (par exemple en réalisant des aménagements du terrain, ou encore en y installant un système d’irrigation, etc.), l’augmentation de la valeur de ces biens fonciers s’avérera en définitive fictive et mensongère au sein de l’économie. Le processus malsain qui se développe est le suivant : l’augmentation du prix des biens fonciers impacte directement ou indirectement le prix des produits agricoles à la hausse (augmentation de loyers, des rentes, des emprunts et des dettes consentis pour réaliser les acquisitions…) (sauf dans le cas d’investissements permettant d’augmenter la production ou sa valorisation). Et l’augmentation des prix de la production agricole exerce à son tour une pression globale à la hausse des prix (inflation) et donc à la perte de valeur de l’argent. Au niveau macro-économique global, la tendance à la hausse de la valeur des biens fonciers résultant d’une augmentation de leur demande et du nombre de leurs acquisitions, est contrebalancée à la longue par la tendance à la perte de la valeur de l’argent qui en résulte, lorsque ces investissements n’amènent pas d’augmentation de la production agricole y afférente.

  1. Seule une réflexion superficielle, ou alors une réflexion spéculative à court terme et radicalement antisociale peut espérer trouver un « intérêt » dans des opérations de ce type : le spéculateur tentera de revendre ces biens fonciers dès que leur prix aura suffisamment augmenté. Dans sa conscience, les conséquences dommageables à moyen et à long terme pour l’organisme social global liées à ses actes sont sans importance.
  2. Notons encore que lorsqu’un nombre suffisamment important de détenteurs de capitaux prend conscience du caractère fictif de l’augmentation des valeurs des biens fonciers, ou si ceux-ci décident simultanément de revendre ces biens dans l’espoir de réaliser une plus-value après augmentations de valeurs, se produit l’éclatement d’une bulle financière : les biens fonciers et autres actifs mis plus ou moins simultanément en vente, ne trouvent plus suffisamment d’acquéreurs et perdent soudainement une partie de leur valeur. Certes, ce processus d’éclatement de bulles financières conduit à revenir à des valeurs économiques plus « véridiques » mais demeure néanmoins globalement pathogène et chaotique : des dommages sociaux et économiques ont été occasionnés à nombre de particuliers, d’entreprises et à l’organisme social global, qui ont du subir des effets inflationnistes, ou qui n’ont plus de possibilité d’accès au droit d’usage de certains moyens de production devenus hors de prix (c’est le cas, par exemple, de nombreux jeunes agriculteurs compétents qui ne peuvent plus accéder aux terres agricoles dont les prix sont devenus trop élevés).
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